‹ Albert Samain: Essai de BibliographieChapitre 3 sur 7 · APRES EST · texte numérisé non relu

APRES EST

5 Lettre d'Albert Samain à Edmond Rocher. Voyez LE MANTEAU DU PASSÉ. Paris, Sansot, 1909. In-18.

La plus profonde influence que Samain ait subie est, dit le critique, celle du romantisme : « Vigny, Hugo, Musset, Chateaubriand, l’obsédèrent, et la mélancolie, la lassitude, d’un René, d’un Werther, d’un Rolla, se retrouvent chez lui, reflètent dans son âme leur nostalgie. Comme eux, Samain se plaint d’avoir trouvé la vie inférieure à ce qu’il espérait, et, comme eux, il se console de ses illusions évanouies en s’abandonnant au romanesque, à l’exotisme, au mirage des féeries, ou des paysages d’orient, à toutes ces délices du rêve, ou de la fantaisie, grâce auxquelles les disciples blasés de Victor Hugo entretenaient si manifiquement leur désespoir. Les rêves héroïques et pompeux, les évacations d’apothéose, les visions triomphales ou tragiques, voilà le romantisme de Samain, un romantisme de panache, un romantisme décoratif, déclamatoire, grandiloquent, qui nous gâte Au Jardin de l'Infante, et Le Chariot d'Or” ».

Or le romantisme n’est point le seul fardeau qui ait pesé sur le poète flamand : « Malheureusement pour lui, et pour nous, Samain a subi également la détestable influence du symbolisme * ». Albert de Bersaucourt, à vrai dire, ne limite pas nettement son « symbolisme ». C’est pourquoi il peut faire à Samain un reproche, je crois, assez partial : « Ces extravagances, ce galimatias, cette déformation artificielle, ces raffinements de mauvais goût, cette outrance puérile, cette névrose volontaire, cette laborieuse morbidesse, ces complications maladi-

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ves, ces préciosités saugrenues, ces images incongrues, bref, tout ce qui caractérise lune des plus mauvaises périodes de notre littérature, tout ce qui évoque le moment où la poésie française se déguisa en chienlit, vous le retrouverez dans Au Jardin de l'Infante, et, par exemple, dans Vision, L’Allée solitaire, ou dans Mon Cœur est comune un Hérode du Chariot d'Or’ ». Définir, en extension, le symbolisme comme la poétique des « groupes et des cénacles de 1885” » est, à mon sens, une source de confusions. Au demeurant, il n’est guère, chez le poète flamand, d’obseurités, ni d’incongruités.

Suit une analyse de la dette de Samain envers Baudelaire, Verlaine, et les Parnassiens. Et l’on se demandeait quelle part le critique laisse, dans son étude, à la personnalité du poëête, si Albert de Bersaucourt ne 5aluait en Samain « le chantre des délicatesses fanées * ». Samain, « comme Charles Guérin. à aui il est très inférieur. recherche de préférence, dans la nature, les aspects capables de flatter ses nostalgies et ses regrets perpétuels. Il est, avant tout, le poète des soirs, de l’automne, des heures et des saisons où la nature succombe... Il aime l’ombre, les instants d’imprécise lumière où les souvenirs du passé vous visitent, où se dressent jies fantômes de votre jeunesse, où les images des tendresses mortes vous hantent, où l’on entend davantage les mystérieuses confidences des choses. Non seulement ses

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dons d’observateur le servent ici, et il note avec une scrupuleuse précision les traits essentiels, mais il use de rythmes dolents, languissants, et trainants, de répétitions habiles, de calmes images, de sereines comparaisons, qui vous communiquent le frisson dont il tressaille * ».

Toute qualités qui servent admirablement Samain dans ses Elégies : « Nul ne contemple avec des yeux plus soumis et plus caressants le visage et le corps de ‘élue; nul n’est plus sensible à la pureté de ses lignes, à Fharmonie de ses mouvements, au rythme de ses gestes. Il prononce les paroles que l’on attend; il observe le silence que l’on souhaite * ».

Sans transition, Albert de Bersaucoourt développe ici le thème facile du « renouvellement » d'Albert Samain à travers les courtes scènes d’Aux Flancs du Vase. Puis il donne son jugement d'ensemble.

Il accorde que le poète flamand n’a point laissé de montrer une réelle virtuosité dans sa versification, et, dans sa syntaxe, une prudente réserve. Mais nul, dit-il, « ne prétendra que Samain puisse faire figure de grand poète dans notre histoire littéraire ». C’est à peine si « son âme a exhalé, ainsi que l’écrivait François Coppée, le parfum d’adieu des chrysanthèmes de la Saint-Martin‘ ». Par quoi, précisément, Samain « ne périra pas

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