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très différents, pourront, par la convergence de leur action, diriger la conscience sur le point précis où il y a une certaine intuition à saisir. En choisissant les images aussi disparates que possible, on empêchera l’une quelconque d’entre elle d’usurper la place de l'intuition qu'elle est chargée d’appeler, puisqu'elle serait alors chassée tout de suite par ses rivales. En faisant qu’elles exigent toutes de notre esprit, malgré leurs différences d'aspect, la même espèce d’attention, et, en quelque sorte, le même degré de tension, on accoutumera peu à peu la conscience à une disposition toute particulière, et bien déterminée, celle précisément qu’elle devra adopter pour s’apparaître à elle-même sans voile * ».
Ainsi la même intuition nourrit la calme pensée du sage et le rêve du poète inquiet :
Et mon essence, unie à l’essence du monde, Court, miroite, étincelle, et se perd, vagabonde, Ainsi qu’un grain d’encens consumé sur l'autel, Dans la splendeur sans bord dé l’être universel *.…
Mais, tandis que les symbolistes, pour avoir orienté leur sympathie vers un relâchement de la durée, ont fait œuvre rare et stérile, Henri Bergson a suggéré que la vraie vie avait un autre sens, la vraie création un autre but. Créateur est l'artiste qui s'arrête à l’originalité de sa forme. « Mais créateur par excellence est celui
1 Introduction à la Métaphysique. REVUE DE MÉTAPHYSIQUE ET DE MORALE, 27 janvier 1903.
2 Midi. AU SARDIN DE L’INFANTE, p. 218.
dont l’action, intense elle-même, est capable d’intensifier aussi l’action des autres hommes, et d’allumer, généreuse, des foyers de générosité * ».
Les poètes qui viendront répondront-ils à ces paroles prophétiques? Je ne sais. Quoi qu’il en soit, le symb6lisme a sa place dans le mouvement philosophique contemporain, et reste une esthétique féconde dans la mesure où il conduit à ce désir d’expansion qui est amour et sacrifice.
Et si l’on opposait que c’est lourde tâche de porter en soi l’essence du monde, que c’est complexité de vivre dans la durée universelle, je répondrais que l'effort s’oublie lorsqu'il en vient une plus grande joie d’aimer.
Vu, le 4 avril 1925.
Le Doyen de la Faculté des Lettres de l’Université de Paris :
FERDINAND BRUNOT Vu, et permis d'imprimer.
Le Recteur de l’Académie de Paris :