‹ Albert SamainChapitre 5 sur 123 · LA VIE · texte numérisé non relu

LA VIE

« I y a, affirme Emile Faguet, de grands auteurs qui n’ont pas besoin du tout de leur biographie pour qu'ils soient expliqués. Il est certain, par exemple, que nous pouvons parfaitement comprendre Corneille sans rien savoir de ce qui lui est arrivé. J’en dirai presque autant de Racine, et contre votre attente, j’en dirai presque autant de Molière * ».

Si Samain ne compte point parmi les grands auteurs, il est, du moins, de ceux dont il faut, pour les comprendre, connaître la biographie. Non que son œuvre soit le roman de sa vie. Mais la régularité banale de son existence explique qu’il ai pu, loin des fièvres morales et des nécessités de réaction, se complaire et se limiter à cette poésie recherchée. S’il eût connu les crises, les élans, d’un Musset ou d’un Verlaine, il se fût moins

Î LA FONTAINE. Paris, Société française d’imprimerie et de librairie. 12 MINCEUR

soucié de l'harmonie de son vers; peut-être, en retour, eût-il trouvé ces accents simples de douleur et de charité qui font de la poésie à la fois un cri profondément humain et un évangile de vérité.

Albert Samain naquit à Lille le 3 avril 1858. Son père, Jean-Baptiste Samain, et sa mère, Elisa-Henriette Mouquet, tenaient, dans la rue de Paris, un très humble commerce de vins. Malgré les charges du ménage, l’enfant suivit les cours du lycée : il commençait sa troisième lorsque la mort de son pêre mit la gêne dans la demeure. Bravement, pour aider sa mère, le lycéen s’emploie. Voivi en quels termes il devait plus tard parler de ses premières années : « J’ai quitté le lycée pour entrer comme saulfe-ruisseau dans une maison de banque, à l’âge de quatorze ans et demi, purement et simplement. De la banque, j'ai été versé dans le courtage des sucres, où j'ai vécu très malheureux pendant plusieurs années, travaillant de huit heures et demie du matin à huit heures du soir, et le dimanche jusqu’à deux heures‘ ».

Dures épreuves, qui donnent leur sens plein à ces vers du Jardin de l’Infante

Et dans l'émotion pâle du soir tombant, S’évoque un parc d'automne où rêve, sur un bane, Ma jeunesse déjà grave comme un veuve *.….

1 Lettre à Van Bever, 18 décembre 1899.

2 Even-Tide. AU JARDIN DE L'INFANTE, p. 42.

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