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CHAPITRE QUATRIÈME SAMAIN ET LE PARNASSE

Si la poésie de Samain doit peu à l'inspiration romantique, est-elle plus fidèle à la théorie parnassienne ? Elle s’en écarte par le fond, et par la forme. Les parnassiens refusent de livrer dans leurs poèmes leur personnalité, si débordante pourtant qu’elle y sourd malgré eux; leurs sujets sont extérieurs; leur forme claire, pleine, achevée. Samain mêle à toutes choses un moi maladif et incertain; son vers est flou, mieévre, et mourant.

Mais, de même qu’il empruntait aux romantiques un peu de leur style familier, Samain ne dédaigne point de forger sur le modèle parnassien, et de « sculpter ses vers avec solennité ».

Voici, détachée et gracieuse, une peinture devant laquelle les premiers parnassiens se fussent extasiés :

Je rève d'une île ancienne,

D'une île grecque au nom d’or pur, Ouverte, rose, sur. lazur

De quelque mer ionienne.

Je la vois se mirer dans l’eau, Touffe de verdure embaumée,

Avec sa ville parsemée,

Toute blanche, au flanc du côteau.

EUXIEME PARTIE 109:

Je vois des portiques de marbre Surgir dans le soleil levant,

Les oliviers frémir au vent

Et les abeïlles dans les arbres.

Les vierges s’en vont à pas lents, Traînant pas les prés d’asphodèle Des robes que leur corps modèle, Aux grands plis légers et flottants ‘.…

Jamais, sans doute, le poète n’a rien fait de plus léger, ni de mieux frappé. C’est que, s’il ne consent que rarement à sortir de lui-même pour reproduire l’apparence des choses, Samain garde cependant, à l’exemple de Gautier et de Banville, le sens du détail pittoresque et vrai. Faut-il rappeler ce Marché d’Aux Flancs du Vase”?

où

le canard, discordant prisonnier, Crie, et passe un bec jaune aux treilles du panier.

et ce Matin sur le port où, de l’irréel au précis, les plans se juxtaposent dans un art remarquable :

Le soleil, par degrés de la brume émergeant, Dore la vieille tour et le haut des mûâtures

Et, jetant son filet sur les vagues obscures, Fait scintiller la mer dans ses mailles d’argent. Voici surgir, touchés par un rayon lointain,

Des portiques de marbres et des architectures; Et le vent épicé fait rêver d’aventures

Dans la clarté limpide et fraiche du matin.

L’étendard déployé sur l’arsenal palpite;

Et de petits enfants, qu’un jeu frivole excite, Font sonner en courant les anneaux du vieux mur ‘..?

1 Poèmes inachevés. AUX FLANCS DU VASE, p. 167 et 168.

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