TROISIEME PARTIE
C’est par le souvenir des vieux maîtres que Samain s’initie à la peinture. Il chérit étrangement, comme l'infante de son rêve,
Les portraits de Van Dyck, aux beaux doigts longs et purs, Pâles en velours noir sur Por vieilli des murs *.…
D’autres fois, il évoque les personnages en ferveur dont un Roger Van der Weyden décorait le retable de l’hospice de Beaune :
Comme ceux-là qu'on voit, dans les anciens tableaux, Mains jointes et nu-tête, à genoux sur la pierre,
Je voudrais t’adorer sans lever la paupière
Et toffrir mon amour ainsi qu’une prière
Qui monte vers le ciel entre les grands flambeaux *..
Et le parc où il avait avec Hyacinthe de si chastes rendez-vous eût été pour Hubert Robert un fond de tableau bien familier :
C’est dans un parc illustre où la blancheur des marbres Dans l’ombre, çà et là, dresse un beau geste nu... Où les chemins, rayés par les ombres des arbres, S’enfoncent, comme on voit aux tableaux anciens ‘…
Or ces souvenirs des grands maîtres de la peinture ne restent point stériles pour Samain, et le poète a, sponta-
1 Vers liminaires. AU JARDIN DE L'INFANTE, p. 9. 2 Extase. AU JARDIN DE L’INFANTE, p. 201.
3 cHarIOT woRr, p. 112.
nément, imité ce qu’il admirait. J'ai dit plus haut" quels emprunts directs de sujets Samain avait faits à Gustave Moreau, à Boucher, et surtout à Watteau, dont le Chariot d’Or* exalte la mémoire. Dans ces simples copies de toiles, commence l’imitation de Samain. Elle s’élargit très vite, pour reproduire sinon les sujets mêmes de leurs tableaux, du moins la manière de peintres céièbres.
J'ai déjà cité les vers que Samain, dans le Chariot d'Or’, voue à sa terre de Flandre. Des moulins s’y dessinent sous un ciel interminablement gris, puis des bateaux diminués au loin, puis des marais pour fond très flou. Le tableau vous est connu : c’est un Moulin de Wijk', de Jacob Van Ruisdael. Flamand et hollandais, les deux paysages se fiancent dans la même douceur triste.
Voici maintenant, dans le goût de Nicolas Lancret, une Dame de Printemps” qui n’eût point, je présume, redouté de poser pour le célèbre Printemps du Louvre :
Ses longs cheveux d’aurore ogivant son front lisse. La dame de printemps, en un songe éternel,
Au bord du lac où sonnent les cors d’Avenel,
Mire les fleurs de sa robe de haute lisse.
Parmi l’avril épars et les tièdes délices,
Limpide, elle sourit à l’azur fraternel.
Ses veux ont la couleur du lac originel,
Et son corps se balance au rythme des calices.….
oi
Voyez première partie, chapitre quatrième.
Rijksmuseum. Amsterdam.
CHARIOT D'OR, p. 181.