‹ Albert SamainChapitre 95 sur 123 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

À la manière de Jules Dupré ou de Théodore Rousseau, Samain compose certains Soirs très simples où passent des bœufs roux :

Pendant que çà et là brillent d’humbles lumières, Les grands bœufs accouplés rentrent par les chemins ‘..

Et peut-être, sous leur pâleur, Ermione *

Avec je ne sais quoi dans l’âme de transi, Tu souriais, pâlotte, un sourire aminci ; Et ton visage frèêle avait sous la voilette…. Les tons pastellisés d’un Lawrence adouci.….

et la sensitive de Keepsake*

Sa robe était de tulle, avec des roses pâles,

Et rose-pâle était sa lèvre, et ses yeux froids,

Froids et bleus comme l’eau qui rêve au fond des bois. Très douce, elle mourait, ses petits pieds en croix.

eussent, comme le poète l’imaginait, inspiré deux jolies toiles à l’anglais Thomas Lawrence, peintre à la cour, et portraitiste à la mode.

Mais l’imitation déjà ne suffit plus à Samain, et ce sont les couleurs de sa propre palette qu’il essaie. [ sait, comme les primitifs, envelopper la nature immense sous une même couleur unie :

De l'aube au front d’argent jusqu’au soir aux yeux d’or *.….

1 Soirs, II. AU JARDIN DE L’INFANTE, p. 119.

2 AU JARDIN DE L'INFANTE, p. 62.

3 AU JARDIN DE L'INFANTE, p. 65.

4 Soïrs, 11. CHARIOT D'OR, p. 28.

Il fixe les tons chauds des couchants d'Italie :

Le ciel rouge et doré par degrés a pâli;

Les oliviers d’argent frémissent; lherbe ondule; Rose au front, la montagne à sa base accumule De grands blocs transparents de lapis-lazuli .…

Il teint d’irréel ses étranges mirages, forêts noyées sous l’eau verte. étangs dont les reflets fascinent

Vision de forêts dans l’eau glauque. Emeraude. Etangs luisants dans les jardins comme des yeux *.…

ou paysages fabuleux d’une Asie incendiée de soleil :

Je vois, vers l’orient étouffant et cuivreux. Des cités d’or nager dans des couchants barbares *.…

Ces jeux de coloris préparent admirablement Samain à la composition, et il est, dans son œuvre, de remarquables tableaux. Le poète, tour à tour, illustre les légendes de la veille Grèce

Noire dans la nuit bleue, Argô vogue, rapide.

Les chefs, au crépuscule évoquant la maison,

Tristes, se sont couchés, et dorment...

La Iyre aux clous de feu brille, L’ombre est limpide ‘..

et la scène religieuse du Repos en Egypte‘. I] dit encore

Soirs, III. CHARIOT D'OR, p. 29.

Emeraude. cHARIOT D'or, p. 175.

3 AU JARDIN DE L'INFANTE, p. 164.

4 La Toison d'Or. AU JARDIN DE L’INFANTE, p. 105. 5 CHARIOT D'OR, p. 179.

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