Albert Samain; souvenirs
On imagine à peine aujourd'hui, ou les révolutionnaires d'un peu lointain passé sont des gloires admises, l'éblouissement que ne connurent peut-être point d'autres générations et qui, vers 1892, transporta maints jeunes hommes de vingt ans, amoureux de belles lettres et croyant alors ne les point ignorer, quand leur tut rêvé une littérature qui s'avisait manifestement l'unique — au moins à leurs enthousiasmes d'à'.
C'était le temps où, près du Panthéoi futurs normaliens, avocats, voire officiers ou médecins, suivant les projets qui leur suffisaient à l'époque et hors desquels leurs familles ne
voyaient pour eux point de salut, — s'informaient,
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assez à fond pour s'en glorifier aujourd'hui, du grec auprès de M. Poyard, trop impeccable helléniste pour qu'aucun s'étonnât à sa confidence favorite : qu'il avait beaucoup connu Aristophane, — ou de la philosophie en notant le cours, précieux entre tous, de M. Bergson, qui improvisait devant ces adolescents s'éveillant au sérieux, sa théorie du Rire.
Dés 1889. en des provinces. M. B. Bourdon leur avait expliqué, pour le scandale futur des examinateurs en Sorbonne et quoiqu'il ne fût point encore traduit, Nietzsche.
Ces « vétérans de rhétorique ». au moins les meilleurs d'entre eux, se fussent joués à translater Horace en vers français aussi bien qu'Anquetil, et composaient force pastiches, suffisamment réussis d'ailleurs, de Victor Hugo ou du Parnasse.
Leurs hardiesses littéraires n'allaient pas jusqu'à rebuter le classique auditoire des banquets universitaires, ni le jury, de prestige plus imprimé, des concours de Y Echo de Paris.
Mais ils voguaient déjà dans les parages liminaires d'un nouveau-monde. Il nous souvient qu'André Rivoire, lors d'une Saint-Charlemagne, sut oser le nom de Mallarmé, à la faveur prudente toutefois de • la rime richement conciliatrice : c l'homme est un animal armé », et que nousmêmes, a YEcho. fûmes accueilli par Marcel Schwob. dont allait paraître en volume le %oi au masque d'or.
Il n'empêche que pour cette génération universitaire, ignorant, de par son éducation, a peu prés tout de la génération immédiatement — c'est-à-dire de dix ans — antérieure, le Mercure de France, pour ne citer que cette revue — sa
.rie moderne » avait deux ans ! — était jalousement dissimulé à l'étage, le plus inférieur au point d'en être rez-de-chaussée, de la bibliothèque Sainte-Geneviève, d'où il n'était guère exhumé ni communique sans marques évidentes de réprobation : les collections encore récentes du Scapin,du Décadent, de la Décadence s'entr'ouvraient.
avec quelque émoi, chez Vanier, éditeur de Verlaine ! chez Bailly, dont la vitrine offrait, parmi des pastels d'Odilon Redon, les premiers livres de Régnier et la Chrysis de Pierre Louys, qui n'était pas encore devenue ^Aphrodite.
Et c'est vers ces temps-là que la révélation eut lieu. Le verset de l'Apocalypse n'est point trop grandiloquent : « le ciel se replia comme un livre qu'on roule. » C'était vraiment, ainsi qu'une feuille à l'automne se recroqueville, le rideau d'un passé mort qui se relevait, pour ne plus retomber, sur un inattendu théâtre.
Splendeurs soudaines ! et le raffinement de volupté esthétique fut plus subtil et suraigu de les surprendre in médias res et dès cette période presque adultes.
Il n'était plus question à' Hirsutes ni d'Hydropatbes, et ceux que quelques feuilles — les Annales par exemple — appelaient encore les décadents, ne daignaient plus jeter leur gourme de poudre aux yeux du « mufle » .
Mais des renoms grandissaient qui devaient s'affirmer soit posthumes, soit par les réalisations croissantes de vitalités toujours accrues.
Que de noms : Verlaine, Mallarmé, Rimbaud, Laforgue, Lautréamont, Tailhade, Gustave Kahn, qui porta au rouge-aurore le romantique « bonnet du vieux dictionnaire » des rimes, faisant nomade le palais du vers ; Henri de Régnier avec Tel qu'en Songe, Yiélé-Grirrm et la Chevauchée, Pierre Quillard, Maeterlinck. Yan Lerberghe, Yerhaeren, Saint-Pol-Roux, Jules Renard... Et la curiosité rétrospective qui feuillette les revues disparues trouve aujourd'hui qu'il n'était point si outrecuidant à quelques-uns d'entre ceux-là d'enorgueillir l'un des recueils qui groupait périodiquement leurs œuvres sous sa couverture déjà mauve, du titre de Pléiade.
Nous avons omis volontairement un nom, parce que celui-là le premier l'aurait omis, qui le portait déjà notoire entre ses pairs et l'eût rapidement eu célèbre sans une modestie, forme souvent
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la plus hautaine de la conscience de soi. qui se voulait solitaire ne se sachant point de semblable. Ajoutons qu'il semblait n'oser, plus assurément dédaignait les innovations de forme: en 1884 ^e Chat-Xoir publiait Tsilla. poème d' Albert Sam a in.
Au Chat-Noir aussi, en 1885 et i8$65 quelques poèmes, et dans la collection de Scapin nous retrouvons, encore qu'elle soit assez introuvable (la Bibliothèque Nationale même ne possède que deux ou trois des neuf numéros, les seuls, de sa seconde série (la série Revue, qui fut précédée de la série Journal), des sonnets de Samain; quant au Lys. qui d'après le témoignage de M. Léon Bocquet ( 1 . l'un des biographes et bibliographes de l'auteur du Jardin de l'Infante, n'a jamais été réimprimé depuis, il n'a jamais paru dans le
(1) Léon Bocquet, ^-ilbert Samain, sa vie, son œuvre. :e de Francis Jammes, Mercure de France MCMV.
Scapiti, et, pour rééditer un mot de Victor Hugo « n'a pas été imprimée... et ne vaut pas la peine de l'être
Xous reproduisons ici un sonnet plus curieux, antérieur et plus inédit — aussi floral, voyez le titre ! — paru dans le Courrier du Jeudi, périodique autocopié, rédigé vers 1884, par M. Alfred Vallettc :