HONGRIE
Nepszava (M. Charles Peyer) :
Albert Thomas était l’âme du Bureau international du Travail, il l’a fondé, il l’a organisé d’après ses plans. C’est grâce à son travail efficace que des représentants du Bureau se sont établis même en Chine, dans l’Inde, dans l’Amérique du Sud. Il était informé de tout. Rien n’échappait à son attention, ni le moindre détail, ni même les affaires personnelles des délégués ; il s’intéressait à leurs affaires de familles, à leur fête de naissance. Malgré son rendement énorme, il était le prototype du Français poli, attentif et accueillant. Il possédait une grande autorité devant les ouvriers, les patrons et les délégués gouvernementaux. Il est arrivé assez souvent que lorsque la discussion sur certaines questions se heurtait à des oppositions presque insurmontables, on suspendait la séance et on appelait Albert Thomas. Après reprise de l’échange d’idées sa persuasion arrivait à trancher beaucoup de problèmes délicats.
Thomas était non seulement le Directeur du Bureau international du Travail, mais aussi une autorité de la Société des Nations, d’une influence extraordinaire. A l’heure actuelle, on ne peut même pas s’imaginer qui pourra le remplacer. Albert Thomas était avant tout un socialiste, on le savait et on le lui reprocha assez souvent...
Il n’a jamais manqué de relever sa qualité de socialiste, même dans des sociétés privées. Un exemple : Nous délégués ouvriers, tous socialistes, démocrates, étions un jour réunis en séance. Le Président nous appelle tous « camarades », mais lorsqu’il adresse la parole à Thomas, voulant témoigner qu’il a affaire au fonctionnaire principal du Bureau international du Travail, il ne l’appelle pas « camarade », mais Monsieur Thomas. Thomas proteste en riant : « Pardon, dit-il, tirant de sa poche son livret de membre du parti et montrant le timbre mensuel du parti du dernier mois, je vous prie de m’attribuer l’appellation de camarade qui m’est dûe au même titre qu’à vous tous. »
Magyar Gyaripar :
Il était une personnalité exceptionnelle, et sa disparition (et ce n’est pas la phrase banale) représente une perte à peine remplaçable non seulement pour la politique sociale internationale, mais aussi pour l’idéal exprimé dans la sphère des courants de pensée de la Société des Nations
au cours des dernières quinze années. Albert Thomas était un génie de l’organisation ; il a créé presque de rien l’Organisation internationale qui lui a été confiée et il l’a rendue grande et importante. De plus, c’était un grand orateur, un dialecticien redoutable qui proclamait, défendait et imposait ses convictions avec une force irrésistible. Il était doué d’une force de travail exceptionnelle, et comme s’il prévoyait la brièveté du temps qui lui restait pour mener à bien la tâche qu’il s’était tracée, se lançait avec une décision et une inspiration singulières à travers les obstacles qui se dressaient contre ses plans. De sa personnalité — pendant et hors de son travail — jaillissait cette sorte d’énergie suggestive très rare qui rend les hommes presque sans protection et qui frise les limites d’une force démoniaque...
Hangya :
Albert Thomas a été, dès le début de sa vie active, un des champions les plus enthousiastes de la coopération internationale — des coopératives, et comme membre du Comité central de la Fédération internationale des coopératives, il a participé activement au travail de la fédération. C’est sur son initiative que l’on doit la création, au sein de l’Organisation internationale du Travail, d’un service social de coopération qui, pour une grande part, a permis que l’importance économique mondiale du mouvement coopératif soit reconnue par les milieux les plus vastes.
L’année dernière, lorsque les coopératives de consommation réunies au sein de la Fédération de Londres et les grandes coopératives agricoles groupées dans une fédération spéciale ont constitué une commission commune en vue de promouvoir la collaboration entre les diverses branches de mouvement coopératif, Albert Thomas a été élu Président de cette Commission, étant donné que sa personnalité, en dehors de tout parti et au-dessus des intérêts particuliers, assurait une entière garantie au point de vue du travail que cette Commission entreprendrait en toute impartialité. Maintenant que la mort a emporté cet homme savant et extraordinaire, en pleine force de travail, les coopérateurs hongrois ressentent la perte douloureuse qui touche le mouvement coopératif international. Leur douleur est encore aiguisée par la conviction que la nation hongroise a perdu en Albert Thomas un ami sincère qui témoignait toujours aux coopératives hongroises un si vif intérêt et une si grande bienveillance. Son souvenir restera pour nous inoubliable.