INDE
The Leader , Allahabad :
La mort de M. A. Thomas enlève aux classes laborieuses du monde entier un ami fidèle et un champion de leur cause. Ce qui frappait chez lui, c’était le fait qu’il se maintenait au courant des conditions de travail aussi bien dans les pays occidentaux qu’en Orient, et que sa sympathie ne connaissait pas de rempart entre les races. Qu’il fût question de la réparation des accidents du travail ou de toute autre projet, il soulignait toujours le caractère universel des recommandations et conventions adoptées par la Conférence. Voici, par exemple, un passage d’un de ses discours qui vient à l’appui de nos idées. Il s’agit de l’abolition du travail forcé : « L’Organisation internationale du Travail, disait-il, a une portée universelle. Personne ne souligne plus que moi-même cette idée fondamentale du Traité de Paix. Nous ne pouvons pas rester indifférents à
l’égard de la situation des Etats indigènes de l’Inde, et nous espérons que ce problème sera résolu par les réformes constitutionnelles actuellement en discussion.» La mort de M. Albert Thomas sera profondément regrettée par la classe ouvrière de l’Inde, aussi bien que par celle des pays occidentaux.
The Staiesman , Calcutta :
En tant que Directeur d’une Organisation du Travail s’étendant au monde entier et comprenant cinquante-cinq pays, M. A. Thomas était préoccupé, en premier lieu, par les questions de travail sur le plan international ; néanmoins, il témoignait la sollicitude la plus vive à l’égard delà prospérité et du progrès industriels, particulièrement dans les pays de l’Orient. Pour connaître par lui-même les conditions du travail dans ces pays, il avait fait, en 1928, un grand voyage en Extrême-Orient et avait visité la Chine, le Japon, l’Indochine française et les Indes orientales néerlandaise. Il avait vivement regretté qu’un surcroît de travail l’ait empêché de comprendre l’Inde dans son voyage, et c’était l’un de ses désirs les plus ardents de visiter ce pays à la première occasion, afin de répondre aux invitations pressantes qui lui avaient été adressées par les dirigeants des principales organisations patronales et ouvrières de l’Inde.
Dans le rapport qu’il avait présenté au Bureau international du Travail à la suite de son voyage en Extrême-Orient, M. A. Thomas avait souligné la nécessité d’établir dans ces pays des conditions de travail équitables et humaines, de propager dans ces nouvelles communautés industrielles les principes de justice sociale et de substituer aux antagonismes entre nations et entre races les idées de collaboration et d’égalité entre les hommes.
Bien que M. Thomas n’ait pu visiter l’Inde, il s’efforçait particulièrement de se tenir au courant des événements qui se passaient là-bas et témoignait d’un vif intérêt pour l’amélioration des conditions du travail dans l’Inde. Aussi est-ce sous son règne qu’une section du Bureau international du Travail a été établie dans l’Inde, en 1928, et qu’un Indien a été mis à la tête de ce poste avancé du Bureau international du Travail. M. Albert Thomas manifestait également l’intérêt le plus vif à l’égard du projet de convention sur le travail forcé adopté en 1930 par la quatorzième session de la Conférence internationale du Travail, et qui a été salué comme une véritable charte de liberté par certaines catégories de travailleurs de l’Inde.
The Servant of India , Poona :
Par la mort d’Albert Thomas, le monde a perdu un remarquable homme d’Etat international.
Après avoir débuté comme une section secondaire de la Société des Nations, le Bureau international du Travail a conquis dans le monde international une position qui est à peine surpassée par la Société des Nations elle-même, à en juger par le large développement de ses activités, par la conscience avec laquelle ses décisions sont respectées par les Etats Membres, par les résultats obtenus dans son champ d’activité propre, et par l’esprit qu’elle inspire à tous ceux qui sont en rapport avec lui. Il est exact que la politique du Bureau international du Travail est fixée, dans ses grandes lignes, par les Conférences annuelles et par le Conseil d’administration ; mais par sa personnalité puissante, son enthousiasme pour la cause de la reconstruction sociale, son pouvoir d’insuffler le même enthousiasme à ceux qui entraient en rapport avec lui, sa grande activité, son tact, sa diplomatie ingénieuse et son véritable esprit inter-
national, Albert Thomas a laissé sa marque, comme aucun autre homme n’aurait pu le faire seul, sur la politique et l’administration intérieure de l’Organisation.
Il est bien dommage qu’il n’ait pu accomplir le désir de venir dans l’Inde, qu’il concevait depuis longtemps. Il suivait de près le mouvement politique dans l’Inde et se maintenait en contact avec lui. Précédemment, il était allé spécialement à Londres pour rencontrer le Mahatma Gandhi afin d’entendre de sa bouche son message et ses vues politiques, ainsi qu’afin d’exposer au Mahatma l’idéal de justice sociale pour lequel combattait sa propre organisation. En dépit des difficultés qui résultaient de ses fonctions officielles, il avait, l’année passée, présidé la Conférence que M. Sastri avait donnée à Paris au sujet de la lutte soutenue par P Inde, pour obtenir le « Swaraj », et il avait exprimé sa sympathie pour nos aspirations politiques. Avec lui, l’Inde a perdu un grand ami, la classe ouvrière de tous les pays son plus ferme champion et le monde international son serviteur le plus distingué et le plus dévoué.