‹ Albert Thomas 1878-1932Chapitre 29 sur 37 · PAYS-BAS · texte numérisé non relu

PAYS-BAS

Nieuwe Boiferdamsche Courant :

Sa mort n’est pas seulement une perte irréparable pour le Bureau international du Travail, c’en est une également pour la Société des Nations tout entière — pour la cause de la paix universelle — car il était un des Français qui travaillaient avec le plus d’acharnement à la réconciliation franco-allemande, ce qui, incidemment, révélait l’un des traits du véritable esprit international. Son dernier grand discours à la Conférence internationale du Travail, il y a juste quatorze jours, dans lequel il défendit le droit de la Conférence a en appeler à la Société des Nations et aux gouvernements pour réclamer une action énergique, pour que l’on fît enfin quelque chose pour combattre la crise mondiale et restaurer la confiance internationale; son appel vibrant aux gouvernements pour que ceux-ci renoncent à la passiveté et délaissent la période des recherches pour passer aux actes, nous ont montré Albert Thomas dans la plénitude de son talent et ont fait une profonde impression sur les quelques milliers de personnes qui étaient présentes. Dans ce testament politique du disparu, on discerne son grand cœur et toute son ardeur pour le travail pratique, tout son noble élan vers le progrès social et international, vers la paix universelle. C’est pour cette raison que tout Genève déplore, comme la déplorent, ailleurs, des multitudes, la disparition de cet homme qui, avec son énergie sans borne, a trop exigé de ses puissantes facultés.

Utrechise-Courant (M. P. J. Serrarens) :

Albert Thomas était social-démocrate. Il participait encore ouvertement et au premier rang à l’activité de l’Internationale socialiste peu de temps avant sa nomination comme Directeur du Bureau international du Travail. Pendant la guerre, il fut ministre de l’Armement, et ce fait est caractéristique de l’homme dont l’internationalisme allait de pair avec un grand amour de son pays, encore que cet amour ne signifiât pas qu’il se liait simplement à la politique du Gouvernement français.

Des doutes ont été émis sur le point de savoir s’il était l’homme particulièrement indiqué pour le travail social qui doit être effectué à Genève. Notre opinion est qu’il a été de la plus grande utilité pour ce travail. Bien que j’aie souvent été d’un avis différent du sien, au cours des douze années pendant lesquelles j’ai eu le priviliège de collaborer avec lui, je reconnais pleinement et avec empressement qu’il a fait tout ce qui était possible pour atteindre le but de l’Organisation internationale du Travail qui est d’obtenir l’application internationale de conditions humaines de travail, et qu’il semble presque impossible de lui trouver un remplaçant qui soit son égal.

Albert Thomas n’avait ni la formation scientifique d’un économiste, ni celle d’un sociologue. C’était un historien, mais c’était un homme doué d’un bel esprit pénétrant et même encyclopédique. C’était, en particulier, un homme dont le cœur brûlait du désir de mettre fin à la misère sociale dans le monde, et de voir instaurer un ordre meilleur et plus élevé à la place du chaos de la société actuelle. Comme Directeur du Bureau international du Travail, il a traité d’une manière exceptionnellement brillante des questions nombreuses et difficiles qui ont été soumises à un ministère international du travail. Par ailleurs, il a gouverné l’activité du Bureau comme rarement un ministre a conduit son propre ministère. Orateur aux qualités exceptionnelles, il savait au milieu des pires difficultés trouver la parole juste qui, soit désarmait l’adversaire acharné, soit convainquait ce dernier que l’homme devant lui défendait également une bonne cause.

De Slrijcl :

Albert Thomas a enseigné aux pays à penser internationalement. Il a réussi, malgré l’opposition, à éveiller un intérêt croissant dans l’œuvre de Genève parmi des millions de travailleurs qui peinent dans des conditions industrielles défavorables en Europe occidentale, ou qui sont astreints à un régime de servage tel que celui qui peut encore être imposé par les dirigeants coloniaux dans les pays tropicaux, où le mouvement ouvrier n’est qu’à ses débuts, ou bien où il ne peut même pas exister... Albert Thomas n’est plus là. Sa parole inspiratrice n’incitera plus jamais ses innombrables collaborateurs à donner tout ce qu’ils peuvent. Sa plume est immobile. Le flot de ses idées et de ses conceptions est tari. Genève est plongée dans le deuil. L’humanité pleure la perte de l’un de ses plus nobles enfants. Le mouvement international du travail est profondément peiné en ce moment où Albert Thomas est conduit au lieu du repos éternel.

De Nederlandsche Vakcentrale :

A la vérité, Thomas ne répudia jamais ses principes socialistes dans la compagnie des autres hommes, mais il montra, dans leur maintien, tant de grandeur d’âme et une telle profondeur de compréhension que, dans sa lutte pour son idéal, sa propre orientation n’exerçait aucune influence. L’intérêt commun et l’objet en vue masquaient à ses yeux tous les obstacles artificiels qui pouvaient être placés sur sa voie. Ses actes le prouvèrent éloquemment à maintes reprises.

Hel Volk (G. Oudegeest) :

Sa mort a privé soudainement de l’un de ses plus forts piliers le temple de l’avenir que l’on était en train d’ériger. Peut-on espérer que ce temple retrouve bientôt un autre pilier aussi fort ? J’ose en douter. Tant de courage moral, tant de dévouement à la cause des travailleurs, tant de savoir d’une vaste portée, tant d’énergie et de puissance de travail, tant d’habileté à concilier les intérêts opposés des employeurs et des travailleurs, au cours de discussions passionnées qui se déroulaient plusieurs fois par année en présence des délégués de gouvernements qui représentaient eux-mêmes des intérêts divergeants ! Je n’ai jamais rencontré un autre homme qui possédait à un plus haut degré ces qualités, et qui, de plus, était doué d’une éloquence aussi grande, — une éloquence aussi stupéfiante que l’était sa mémoire infaillible, « une mémoire cruelle », disait-il lui-même...

Non, je ne crois pas que nous trouvions jamais un homme qui puisse le remplacer comme promoteur de législation internationale du travail, bien que je le souhaite sincèrement. Encore une perte dans le cercle des amis de la Société des Nations, encore une disparition de l’un des fondateurs du monde nouveau que, d’un commun effort, l’on a entrepris de créer en 1919. Et tous ceux qui sont partis ont laissé une place vide qui n’a jamais été remplie. La même chose se produira-t-elle encore ? Je le crains. De toute manière, la mémoire de ce grand homme ne périra pas.

De Tijd (Prof. P. J. M. Aalberse) :

Et maintenant cet homme puissant, énergique, repose sur son lit de mort. Cet homme, d’à peine cinquante-quatre ans, paraît avoir usé ses forces trop tôt. Après la seizième session de la Conférence internationale du Travail, il devait séjourner quelque temps dans une ville d’eau,

mais il lui fallait tout d’abord aller à Paris pour assurer la réalisation de ses grands projets de travaux publics, puis, la semaine d’après, il avait un rapport à présenter à la Société des Nations... et maintenant il repose... Cette âme agitée repose maintenant pour l’éternité. Sa mémoire, cependant, vivra. Elle vivra à Genève, par-dessus tout, mais aussi ailleurs dans le monde, où la lutte se poursuit pour l’instauration de la justice sociale, cet idéal élevé pour lequel Albert Thomas a donné sa vie.

Page 1