ROUMANIE
Adeverul (B. Branisteano) :
Jamais homme ne fut plus à sa place qu’Albert Thomas à la direction du Bureau international du Travail. Mais son rôle ne fut pas facile. Car au poste qu’il occupait, il n’était pas seulement le représentant du prolétariat, mais il devait concilier les intérêts de celui-ci avec ceux du patronat, avec les besoins des Etats et les intentions des gouvernements. Il lui fallait non seulment des qualités techniques, non seulement une connaissance spéciale, mais une grande habileté diplomatique. Il l’a eu et, sous sa direction, le Bureau international du Travail, installé dans un magnifique palais — construit selon ses indications et sous sa surveillance — est devenu une institution qui projette ses rayons bienfaisants sur tout le monde civilisé. Il y laisse toute son âme et par elle s’est assuré un souvenir éternel.
Socialismul :
D’une intelligence, d’une culture et d’une puissance de travail prodigieuses, Albert Thomas a consacré sa vie à l’affranchissement de la classe ouvrière du monde entier. Certains de nos camarades lui ont
imputé son action réformiste, l’accusant de préconiser la collaboration des classes au lieu de la conception socialiste de la lutte des classes. Appréciation erronée. Par les réformes d’ordre économique qu’Albert Thomas voulait imposer aux classes patronales et aux gouvernants, par la voie de la conviction, il ne poursuivait que l’amélioration des conditions de vie des exploités, sans toutefois les écarter de l’idéal suprême : la suppression du salariat, l’affranchissement du travail. Thomas partait de cette conviction sincère, que, quand les classes ouvrières seront mieux payées, quand elles auront des heures de travail moins nombreuses, elles pourront être mieux préparées pour la grande réforme de l’émancipation intégrale. L’œuvre de revendications immédiates était intégrée habilement par Albert Thomas dans celle des grandes transformations économiques, socialistes.
Gazeita Meseriilor (Emile Hatzieganou) :
Devant l’homme qu’a été Albert Thomas, je me découvre. Parce qu’il a aimé les déshérités, il s’est mis à genoux devant eux pour guérir leurs plaies ; son âme n’a exclu personne ; jamais il n’a repoussé une main tendue vers lui. Il a été un surhomme parmi les hommes de nos jours. Elevé au milieu du travail fatigant, ayant ses études payées à la sueur du front, l’icône des ouvriers boulangers de Ghampigny n’a pu être assombrie, ne fût-ce qu’un moment, par les grandes dignités dont ont été chargées la sagesse, la compréhension et la grande âme de l’homme qui, par ses propres forces, s’est élevé là où il devait être. Ecce homo qui n’a pas connu l’orgueil, mais a su ce qu’était le travail et qui, avec persévérance et avec le feu sacré des apôtres, a prêché urbi et orbi l’évangile du travail et de l’amour du prochain au-dessus de tous, du plus prochain de tous qui est le travailleur. Que la vie d’Albert Thomas soit l’étoile qui guide, l’exemple digne d’être suivi par tous ceux qui se trouvent à la tête des œuvres ouvrières !
Progresul Social (D. R. Ioanitzesco) :
Albert Thomas n’a pas été placé à la tête du Bureau international du Travail par un jeu du hasard ou imposé par une contingence politique. Non. Son activité et sa grande compétence avaient attiré sur lui l’attention du monde travailleur longtemps avant la guerre. Albert Thomas fut celui qui, dès le temps de paix, avait imprimé un esprit nouveau à l’organisation du travail dans tous les congrès internationaux pour la protection du travail. Les congrès de Bâle, de Zurich et de Berne sont les preuves vivantes de son esprit supérieur et de ses hautes conceptions. C’était un porte-drapeau ; plus, c’était un symbole. Ce n’est que grâce à cette prodigieuse activité que le Gouvernement du salut public, en France, a été poussé à le prier d’accepter la mission de ministre des Munitions pendant la guerre mondiale, au nom du prolétariat français et international... Il a accepté, mais il a conditionné cette acceptation de statuts à accorder au prolétariat du monde entier, une sorte de « Magna Charta » pour ceux qui n’ont d’autre bien que le travail de leur emploi.
A la fin de la guerre, ses croyances ont été insérées dans le Traité de Paix sous le titre « Travail ». C’est ainsi qu’est né le Bureau international du Travail qui, depuis douze ans, exerce une influence bienfaisante sur l’humanité. Les seize Conférences internationales du Travail dans lesquelles ont été étudiés les problèmes du travail ont prouvé que, sur le monde ouvrier, il y a son cerveau qui domine et son cœur qui aime.
Gazetta Meseriilor (G. Trancou-Jassy) :
Albert Thomas, Directeur et créateur du Bureau international du Travail, considérait son œuvre « comme une forêt immense qui frissonne pendant l’été ». Partout la vie. Elle pénétrera jusque dans les plus petites branches des plus jeunes arbres. Tout aspire à la lumière. N’est-il pas propre aux programmes, se demande-t-il, n’est-ce pas le propre des conceptions de logique, des conceptions de justice, des conceptions d’idéal de l’esprit humain, de se heurter aux âpres réalités de la vie ? Le Bureau international du Travail a fait beaucoup de réalisations durables, mais il peut se vanter surtout de la grande autorité morale qu’il a acquise grâce à son Directeur. Le travail a été élevé à sa vraie valeur. Le travail n’est plus une marchandise. Ce qui compte, c’est la personnalité humaine. L’éminente personnalité humaine doit être respectée. Mais en dehors de ce qui a été réalisé et de ce qui n’a pu l’être encore, et de ce qui est resté à la charge des descendants, Arthur Fontaine et Albert Thomas ont eu pour devise de faire œuvre d’hommes. Servir l’humanité tout entière. Ils aimaient l’humanité et se faisaient un idéal de son progrès. Le rayon d’idéal ne vient pas du dehors. Il vit dans les profondeurs de l’âme de ceux qui aiment. Il vivait pieusement dans leur âme parce que leur amour pour l’humanité était sans bornes. Ils ont vécu et ils sont morts pour un idéal de justice sociale, pour une humanité émancipée comme disait Jaurès.
Neamul Romanesc :
Albert Thomas a cru toute sa vie a la possibilité d’une humanité meilleure et plus heureuse. Même pendant la guerre, cette foi a continué à exister, et il n’a montré le moindre doute pessimiste. Mais sa confiance dans les buts idéalistes concordait avec une invincible croyance en ses propres forces. Une vie de travail et d’honnêteté lui a permis de s’élever jusqu’aux plus hauts échelons des fonctions sociales.
Dreplaiea :
Albert Thomas a su embrasser en un même effort l’idée et l’action parce qu’il ne s’immobilisait pas dans sa bibliothèque. Il descendait dans la vie même. Il cherchait la vérité dans tous les coins du monde. Les arts l’ont attiré en Grèce, la vie sociale et économique compliquée dans l’ancien empire des tzars, nos sacrifices et nos efforts désespérés vers la victoire l’ont mené au milieu de nous, alors que nous avions besoin non seulement de secours, mais aussi d’encouragement et de consolation.