SUÈDE
Dagens Nyheter (M. Sam Larsson) :
M. Thomas était sans aucun doute une des plus grandes figures parmi ceux qui ont lutté pour la réconciliation internationale dans les années qui ont suivi la guerre et il était le leader incontesté de l’œuvre de reconstruction sociale. C’était un organisateur de premier ordre qui luttait avec passion pour son idéal ; son éloquence et sa force de persuasion pouvaient vaincre toutes les résistances.
Svenska Dagbladet (M. Bo Hammarskjôld) :
... Au sein de l’époque la plus difficile par laquelle elle soit passée jusqu’ici, alors que des difficultés de toutes sortes s’entassent partout dans le champ de l’activité sociale et entravent la collaboration sociale internationale, l’Organisation internationale du Travail est frappée maintenant d’un coup plus douloureux que tout. C’est le cas ou jamais de dire ici que l’homme et son œuvre n’étaient qu’un. C’est en effet Albert Thomas qui, grâce à son énergie inépuisable et à sa force exceptionnelle de volonté, a animé d’une vie réelle cette Organisation qui n’existait que sur le papier du Traité de Versailles. L’ancien ministre des Munitions était un administrateur né ; il a remarquablement su étendre l’activité de l’Organisation à presque tous les pays et la faire porter sur un domaine toujours élargi d’action sociale. En dépit de ce développement qui a provoqué quelque appréhension dans certains milieux, il s’est montré capable de tenir rassemblés dans sa main puissante tous les fils de cette activité et son esprit ardent avait assez de force pour insuffler la vie aux formes d’action les plus diverses.
En idéaliste en même temps qu’en homme politique prudent et sage, il plaçait bien haut les buts de l’Organisation (qui étaient les siens propres) mais il savait aussi comment adapter son activité aux changements de situation et aux gens à qui il avait à faire. Peut-être son enthousiasme pour la cause qu’il défendait a^-t-elle pu parfois l’entraîner un peu loin ; peut-être attribuait-il trop d’importance au côté purement formel des progrès réalisés, en particulier lorsqu’ils trouvaient leur expression dans l’accroissement du nombre de ratifications des conventions adoptées par l’Organisation internationale du Travail pour favoriser le progrès social dans les divers pays. Mais il ne saurait y avoir de doute que, surtout dans les pays dont le développement industriel est à un niveau inférieur, son œuvre a eu une grande importance à la fois pour l’industrie et pour les travailleurs. Au cours des temps derniers, toutefois, c’était la crise universelle qui le préoccupait le plus et il devait être assurément bien déprimé en constatant combien peu de chose il est possible d’accomplir sur le plan international pour réaliser les espoirs d’organisation qui permettraient de surmonter les difficultés du moment.
Social Demokralen (M. Edvard Johanson) :
La mort d’Albert Thomas constitue une très grande perte pour l’Organisation internationale du Travail à Genève et pour la collaboration sociale internationale... Albert Thomas était un homme d’une puissante personnalité et d’une intelligence brillante. Gomme orateur, il enchantait littéralement. L’Organisation internationale du Travail et le Bureau international du Travail—à l’idéal desquels il a consacré sa vie — portent témoignage de sa puissance sans égale d’organisateur. Il lui était aisé d’entrer en contact avec des gens appartenant à des camps différents et grâce à son optimisme et à sa souplesse, il réussissait souvent à surmonter l’opposition qui se dressait dans divers milieux contre l’œuvre de reconstruction sociale de Genève. Son énergie intellectuelle semblait inépuisable, ainsi que sa puissance de travail. Et voilà que maintenant, à un âge encore peu avancé, il a été arraché soudain à son labeur incessant. Au moment même où les difficultés causées par la crise mondiale atteignent un degré extrême, sa mort est une perte lourde et irréparable. L’œuvre de reconstruction sociale a perdu en lui un de ses défenseurs les plus grands et les plus dévoués. Dans le monde entier, sans aucun doute, la classe ouvrière continuera à conserver le souvenir reconnaissant de l’œuvre accomplie par Albert Thomas pendant sa vie.
Fackfôreningsrôrelsen (M. Sigfrid Hansson) :
... Les espoirs qu’avait fait naître la puissance qu’il avait apportée à organiser et à diriger le Bureau international du Travail ont été entièrement réalisés. Sans exagération, on peut affirmer que nul n’aurait pu réussir aussi bien que lui dans cette tâche infiniment difficile. Il possédait tout l’attirail intellectuel nécessaire ; ses vastes connaissances, ses dons politiques extraordinaires, son énergie inépuisable et ses immenses capacités de travail, son éloquence brillante, sa passion pour sa tâche et surtout son idéalisme social — c’étaient là des éléments précieux pour l’Organisation internationale du Travail qui, bien que fondée sur un Traité de Paix universelle, ne manquait pas d’adversaires plus ou moins déclarés. C’est pour une très grande part à lui que revient l’honneur des progrès réalisés depuis la guerre dans le domaine de la politique sociale internationale. Du point de vue du mouvement syndical, ç’a été un fait d’une valeur inappréciable que le Directeur du Bureau international du Travail ait fait son apprentissage dans ce mouvement et se soit, en quelque sorte, élevé avec lui. La perte que l’Organisation internationale du Travail a éprouvée par la mort d’Albert Thomas constituera en conséquence une grave perte pour le mouvement syndical.
Social Demokralen (M. Rikard Sandler) :
La mort d’Albert Thomas est un coup presque fatal pour la grande œuvre à laquelle il avait consacré, après la guerre, ses facultés extraordinaires et son âme ardente. Ce coup a été frappé au moment même où l’œuvre du Bureau international du Travail est plus importante que jamais pour assurer la défense des intérêts de la classe ouvrière dans le monde entier, dans ces jours pleins de menace et de trouble.
Social Demokralen (M. Gunnar Huss) :
... Par son intelligence rare, sa vitalité sans égale et une brillante habileté parlementaire, Thomas était devenu, au sein de l’Organisation internationale du Travail, non seulement le fonctionnaire placé à la tête de l’administration, mais le leader réel, un centre de puissance intellectuelle qui même dans ces temps difficiles avait réussi à contraindre des pays et des groupements d’intérêts si divers à collaborer. Son œuvre et sa personnalité étaient si grandes qu’il leur sera, sans aucun doute, toujours fait une place prédominante dans l’histoire du développement social de notre temps.
Dagens Ngheier (M. A. Molin) :
Pour tous ceux qui sont à la tâche dans le domaine social international, et en vérité, pour tous ceux qui portent quelque intérêt au progrès social, la nouvelle de la mort d’Albert Thomas a été un coup pénible. Nul de ceux qui l’avaient approché quelque peu n’avait pu s’empêcher d’être attiré et impressionné par son extraordinaire personnalité. A une intelligence d’une rare vivacité et à une richesse d’initiatives qui découvrait des solutions aux difficultés les plus graves, il unissait une sage maîtrise de soi. Comme orateur, il était assurément parmi les premiers de notre époque. Mais la qualité dominante de Thomas était peut-être son admirable vitalité, qui avait trouvé toute son expression au cours de la dernière session de la Conférence internationale du Travail, qui s’est close il y a une semaine à peine.
Social Demokraten (M lle Kerstin Hesselgren) :
... La puissance qui lui permettait d’entraîner ses auditeurs lorsqu’il parlait était sans égale. On peut dire que l’Organisation internationale du Travail tout entière, à la tête de laquelle il se trouvait, a été édifiée principalement grâce à l’intérêt profond qu’il portait à cette cause et qu’elle est devenue ce qu’elle est grâce à ses capacités exceptionnelles de travail. Lui-même, il assumait une tâche qui constituait un fardeau énorme, peut-être trop lourd. Mais, d’autre part, il possédait une faculté rare d’éveiller l’intérêt des autres pour cette œuvre et de le tenir en éveil. Si l’Organisation internationale du Travail et son œuvre sont devenues si grandes et significatives, elles le doivent avant tout à son énergie qui ne se relâchait jamais, ainsi qu’à son intense vitalité...
Svenska Dagbladel (M. Karl Wistrand) :
... Albert Thomas était un homme remarquable et sans lui l’Organisation internationale du Travail ne serait jamais devenue ce qu’elle est. Son enthousiasme et son optimisme étaient sans limites. La faculté qu’il avait de gagner à ses vues ses adversaires et d’obtenir des résultats dans des situations difficiles était magnifique... Dans la réalisation, au sein d’une Europe déchirée par la guerre, des dispositions du Traité de Versailles relatives à la justice sociale, il avait vu l’œuvre de sa vie... C’est pour cette œuvre qu’il a vécu et c’est en l’accomplissant qu’il est mort. Ceux qui l’ont rencontré ont pu critiquer parfois et même condamner sévèrement son œuvre, mais ils ne pouvaient s’empêcher d’admirer ses immenses capacités de travail, sa personnalité fascinante à bien des égards et sa volonté sincère de se sacrifier entièrement à son but.
Mellanfolkligl Samarbete (M. Sven Backlund) :
... Albert Thomas croyait qu’il devrait être possible aux peuples de tendre tous leurs efforts au service de la paix tout autant qu’au service de la guerre ; il croyait que la lutte contre les ennemis de toute l’humanité, qui sont l’ignorance et la pauvreté, pouvait être menée par les nations avec la même énergie furieuse que celle que symbolise, au front, le tir de la mitrailleuse.
C’est dans cet esprit qu’il partit pour Genève. Ses opinions socialistes, profondément ancrées en lui, s’étaient unies à un désir d’activité qui avait trouvé son expression pendant la guerre, pour former un amalgame unique : un mysticisme que l’on pourrait presque appeler le « Thomasisme », tellement il portait la marque de la personnalité même d’Albert Thomas et du coup porté par la guerre à ses sentiments d’humanité. Il voulait la revanche — la revanche contre la guerre.
Jean Jaurès eut la chance de périr sans tache. La personnalité d’Albert Thomas eut à se former dans la tempête d’épouvante qui suivit. Pourtant Jaurès et Thomas étaient des hommes de la même trempe. La réconciliation entre les peuples français et allemand sous la bannière du socialisme — tel était bien leur profonde aspiration...
Svenska Morgonbadel :
... Il est tout à son éloge que dans son nouveau poste, au service de la collaboration internationale, il se soit élevé bien au-dessus de son milieu national — pour ne pas dire nationaliste. Le cadre dans lequel il fut appelé à travailler contribua par lui-même à ce résultat : un contact toujours plus intime avec les différentes catégories de la population dans
à peu près soixante pays divers, ainsi qu’avec leurs intérêts essentiels et vraiment élémentaires, devait inévitablement aboutir à créer une telle compréhension. Thomas était extraordinairement bien doué par la nature à cette fin. Sous lui, le Bureau international du Travail s’est développé dans la bonne direction ; si, dans certains milieux, le Bureau est considéré comme ayant apporté une déception, ce fait n’est pas dû, en premier lieu, à son chef, mais aux Etats Membres qui se sont laissés entraîner dans le tourbillon de la confusion internationale toujours croissante. Tous ceux qui ont suivi l’œuvre du Bureau n’ont pu manquer d’avoir l’impression que son « agressivité » en faveur du rapprochement international s’est accrue toujours davantage avec les années. Cette attitude était due sans aucun doute au fait que Thomas percevait, d’une manière toujours plus approfondie, que le rôle incombant à la Société des Nations dans une période toujours plus difficile doit reposer sur des fondements plus sûrs et plus étendus que jusqu’à présent, si l’on veut éviter que l’institution tout entière ne soit menacée de déracinement et de dépérissement.
Personnellement Thomas était un être de qualités exceptionnelles. Peu d’hommes ont eu une telle force de persuasion, et comme orateur il a été rarement égalé. Le concours essentiel qu’il a apporté à l’œuvre du Bureau international du Travail, les initiatives qu’il a inspirées et l’impulsion qu’il a donnée, nous permettent d’affirmer que, malgré les défauts indéniables et sérieux de cette institution, il occupera toujours une situation de premier plan dans l’histoire du rapprochement international.
Industriel :
... Thomas avait évidemment à choisir entre une fatale évolution de son état de maladie et une renonciation forcée à sa collaboration personnelle à l’œuvre gigantesque à laquelle il consacrait la totalité de son enthousiasme brûlant. Avec l’ardeur qui caractérisait son esprit, son choix se fixa — instinctivement ou consciemment — sur la première décision. Il est tombé en plein combat pour son idéal, un combat qui n’a jamais été sans doute aussi ardu que maintenant, sous la pression de la crise mondiale. Albert Thomas était un de ces hommes qui atteignent jeunes à la maturité et ont accompli bien davantage que ne le laisserait supposer leur âge. A sa mort, il n’avait pas encore 54 ans. Cependant, en un quart de siècle, il avait réussi, d’abord dans son pays, et ensuite sur un plan beaucoup plus vaste, à réaliser des tâches d’une importance telle qu’elles figureront sans aucun doute dans l’histoire... Gomme Directeur du Bureau international du Travail, il a eu amplement l’occasion de déployer ses qualités brillantes en matière de politique sociale et d’administration. Ses voyages en Russie l’avaient mis en contact avec la Suède et sa capitale il y a déjà quinze ans... En 1927, au cours d’un de ses voyages, il se rendit à Stockholm ce qui lui donna une occasion, bien nécessaire, de rectifier l’idée erronée qu’il avait, que les conditions de travail dans les pays du Nord sont arriérées. Il faut d’ailleurs reconnaître bien volontiers qu’une fois sa conviction faite, aucun motif d’ordre politique ne pouvait l’amener à s’en écarter. Jusqu’à sa mort, il fut sans aucun doute un ami de la Suède.
Arbelarskyddet (M. Erik Sjôstrand) :
... Un grand cœur a cessé de battre pour l’humanité. Une intelligence brillante s’est éteinte à une époque pleine de ténèbres et d’incertitude. La personnalité de Thomas, pleinement imprégnée d’optimisme et de confiance dans la bonne volonté humaine, était, à une époque telle que la nôtre, un élément précieux et peut-être sans prix.