ARGENTINE
La Naciôn, Buenos-Ayres :
... L’éminent homme public que la France vient de perdre montra ses capacités d’organisateur, son extraordinaire dynamisme et son esprit de suite dans l’effort. Sous sa direction, le Bureau international du Travail a réalisé au cours des douze dernières années une œuvre vaste et fructueuse et a acquis la grande autorité dont il jouit maintenant. Intimement pénétré du but de l’organisme qui lui avait été confié, Albert Thomas mit à son service ses dons admirables d’animateur et transmit son enthousiasme contagieux à tous ceux qui furent ses collaborateurs. L’importance transcendante de l’œuvre d’Albert Thomas au Bureau international du Travail sera mieux appréciée et sa valeur plus justement reconnue au fur et à mesure que le temps s’écoulera.
La mort d’Albert Thomas sera particulièrement regrettée dans notre pays où, en plus du prestige qu’il avait partout du fait de son activité d’organisateur et de propagandiste, il avait noué de nombreux liens personnels. Il avait été en Argentine en 1925 en mission d’étude du Bureau international du Travail, et pendant son court séjour il avait gagné parmi nous beaucoup de sympathie et d’affection. C’était un grand et sincère ami de notre pays dont la vitalité et le dynamisme laissèrent une profonde impression dans son esprit. Ici comme partout sera regrettée unanimement la disparition de l’éminent homme français qui, après avoir contribué, en tant que bon patriote, au triomphe de son pays pendant la guerre, collabora avec décision et enthousiasme à l’œuvre de pacification du monde au moment de la reconstruction.
Le Courrier de la Plata :
... Avec juste raison, on avait estimé que, pour occuper ce poste, il fallait un homme qui se soit spécialisé dans l’étude des questions sociales et qui, par son passé, soit une garantie pour le monde des travailleurs que l’institution nouvelle ne dévierait pas du but qui lui avait été assigné. M. Albert Thomas remplissait admirablement ces conditions. Il a amplement justifié la confiance qui avait été placée en lui, et l’on peut dire que, parmi toutes les institutions qui ont pris naissance à l’ombre de la Société des Nations, il n’en est pas qui se soit développée aussi rapidement et qui ait donné aussi promptement des résultats pratiques.
Aussi sa mort sera-t-elle ressentie dans tous les milieux de la Société des Nations dont il fut un des bons serviteurs. Ce fut un homme qui, à la tête du Bureau international du Travail, honora la France qui pouvait être fière de voir un de ses enfants occuper un poste délicat qui exigeait une si grande somme de travail.
La Vanguardia, Buenos-Ayres :
... Le socialisme perd en lui une de ses personnalités les plus loyales, travailleuses et intelligentes. Le monde politique regrettera profondément la disparition d’un homme qui, par sa rectitude et ses capacités, mérita le respect de ses adversaires comme de ses amis. En 1919, lors de la réunion de la Conférence internationale du Travail à Washington, les délégués ouvriers et patronaux le nommèrent directeur du Bureau international du Travail dont il a toujours été le chef, confirmant ainsi combien sa désignation fut bien fondée. Avec une clairvoyance des ques-
tions sociales et une compréhension des phénomènes économiques et des troubles du régime capitaliste, Albert Thomas a guidé sûrement le Bureau qui lui avait été confié. Le socialisme rend hommage à un de ses meilleurs fils.