‹ Albert VandalChapitre 4 sur 13 · ANNALES DES SCIENCES POLITIQUES · texte numérisé non relu

ANNALES DES SCIENCES POLITIQUES

Albert Sorel que Vandal s'est formé à son métier d'historien comme à relui de professeur.

Il avait d'abord été chargé d'un cours sur les Affaires d'Orient, complément du cours magistral d'Albert Sorel sur l'histoire diplomatique. Ces vieilles et sans cesse renaissantes affaires d'Orient, si complexes, si enchevêtrées, et toujours si menaçantes pour la paix de l'Europe, Albert Vandal savait les démêler d une main sûre. Il a toujours conservé pour cet éternel problème oriental, un intérêt passionné; il en connaissait les divers facteurs politiques, religieux, nationaux; il en a jusqu'à la Qn suivi les complications^! les phasesuccessive-. 11 leur aTaft èoiisàrcré plusieurs de ses premiers travaux, et sa dernière conférence, alors qu'il sentait déjà les atteintes de la fatigue, a été sur les Jeunes Turcs. Qu'il s'agît de l'Orient ou de l'Occident, il ne se contentait pas dans son cours de raconter les faits, d'exposer les évolutions de la politique, les négociations des diplomates; il s'attachait aux principaux personnages des grands drames de l'histoire, non seulement à leurs acteurs d'un jour, aux souverains, aux ministres, aux hommes d'État, mais avant tout aux peuples eux-mêmes, aux nation- triomphantes ou souffrantes, montrant leurs passions, leurs enthousiasmes, leurs déceptions dans la lutte pour la domination ou pour l'existence. Avec lui, l'histoire restait toujours chose vi vante; dans tout son enseignement, selon le précepte de Taine, il avait soin de faire voir les hommes et les peuples comme des êtres vivants. De là, en grande partie, l'intérêt et la supériorité de ses leçons aussi bien que de ses livres.

Lorsque Albert Sorel nous fut enlevé, sa succession fut. d'une voix (inanime, dévolue à son ami Albert Vandal. Le cours des Affaires d'Orient se fondit dans le cours général d'histoire diplomatique. Le talent du professeur s'éleva et grandît encore avec l'élargissement du cadre de son enseignement.

Il sut. avec des qualités di ITéren les. se montrer le digne émule et continuateur d'Albert Sorel. Cette tache nouvelle, à laquelle il était I d us apte que personne, il lui a consacré presque entièrement sers dernières années. Chacune de ses leçons était préparée avec autant de soin qu'un chapitre de ses grands ouvrages. Il y apportait à la fois toute sa conscience et tout son art d'historien, sans confondre la leçon parlée avec le livre écrit.

ALBE&T VASI>AL.

Fidèle aux meilleurs méthodes de l'esprit français, chez lui, le souci de h forme ne coûtait rien à la solidité du fond ni à la spontanéité du débit. Il disposait son récit de farnn à faire saillir les événements les plus mémorables et les personnages les plus importants, marquant le caractère et le râitë de cers ritemiers d'un trait précis qui m gravait dans la mémoire de ses auditeurs, toul en tenanl leur attention en éveil. La largvur des horizons et l'ampleur de la pensée n'altéraient pas chez lui la netteté des vue-. Ses jugements sur les hommes et sur les choses étaient d'une singulière justesse et d'une entière justice. S'il avait, comme chacun en a te droit, ses préférences politiques, il ne les laissait point percer dans son cours; il s'appliquait à demeurer équitable envers !<>us les régimes qui se sont succédés au gouvernement de la l-Yance. n'ayant p >ur aucun ni ilatterie ni outrage, prompt à reconnaître également tout service rendu au pays.

Dans sa chaire, il mettait ses scrupules et s i fierté à se tenir en dehors des partis ou mieux au-dessus des partis, ayant toujours les yeux fixés sur les intérêts permanents de la France.

Après le respect de la vérité, un même sentiment animait son cours, un patriotisme profond, dégagé de toute étroitesse et d'autant plus pénétrant qu'il était parfois contenu et qu'il avait en égal dédain les préjugés et les déclamations. Comme il convenait à un français de notre temps, le patriotisme, chez Vandal, s'ennoblissait de ce qu'il y a de plus élevé et de plus généreux dans les traditions de la France. Défiant des chimères, il n'était indifférent, ni aux droits des peuples, ni aux droits de l'humanité. On le vit bien à son attitude lors des massacres qui ensanglantèrent les vallées et les plateaux de l'Orient. Impartial entre les partis, il ne se croyait pas tenu d'être impassible devant le crime ou devant les vilenies. Ses légitimes indignations découvraient tout à coup l'homme dans le professeur ; l'admirationetlaconfiancedesesélèvcsen étaient encore accrues. Son enseignement était une école pour leur Ame et pour leur caractère aussi bien que pour leur intelligence. Il ne visait pas seulement à former des diplomates et des politiques, mais des citoyens et des hommes. Également fermé à un pessimisme déprimant comme à un décevant optimisme, les grands exemples du passé l'aidaient à réconforter la jeunesse aux heures d'inquiétu le ou de décourage-

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