‹ Albertine de Merris comedie en trois actesChapitre 10 sur 65 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Si j’aime mon mari?.,, mais je l’adore!... D'ailleurs, quelle est la femme qui n’aime pas son mari? Dans quel monde vistu donc?... C’est si facile... On a toutes les émotions sans se déranger... Ah! paresseuse comme je suis, s’il m’avait fallu aimer celui-ci et puis celui-là ! qu’est-ce que je deviendrais ?„. Rien que d’y penser, cela me donne des envies de dormir.

JOSEPH, derrière le cauapé.

On n’en aime qu’un.

ANTOINETTE

Lequel?

JOSEPH

L’autre... comme...

ANTOINETTE

Comme?...

JOSEPH

Comme certaines personnes à qui leurs pauvres ne suffisent pas... Ainsi, par exemple... madame...

ANTOINETTE

Madame?... ,

JOSEPH

Madame de Merris

ANTOINETTE

Je ne comprends pas.

C’est pourtant bien clair... M. de Brévans...

ANTOINETTE

Eh bien, M. de Brévans?...

JOSEPH, s'éloignant.

Je vais dire comme vous tout à l’heure... Dans quel monde vivez-vous? .Mon ami M. de Brévans est leTarquin bienvenu de cette Lucrèce apprivoisée.

ANTOINETTE

Où sommes-nous ici?

JOSEPH

Chez madame de Merris.

ANTOINETTE

Lh bien , mon cher filleul, quand on est reçu chez quelqu’un, que ce quelqu’un est une femme, et que cette femme est abseute, on ne dit pas, même à vingt ans, si vous êtes un homme du monde... une calomnie, ni une vérité de ce genrelà ! Je te passe bien des choses, mais je ne veux pas entendre celle-ci. Madame de Merris est une honnête femme surlaquelle il n’y a pas plus à dire que sur moi, ou sur ta sœur, ou sur ta mère. Fût- elle coupable,— c'est une supposition que je ' fais là, — ton devoir serait de la défendre, et non de la dénoncer. On reconnaît un véritable homme du monde à son

A LBERTINE DE MERR1S

respect pour toutes les femmes, quelles qu’elles soient. Une fois pour toutes, rappelle-loi cela, en entrant dans la vie.

Je vous assure qu’on m’a dit et de très-honnétes

gens...

ANTOINETTE

Honnêtes? Hum ! Je te dis le contraire... ça suffit...

JOSEPH

Tant mieux. Je le déteste, ce M. de Brévans... quoique ce soit mon type... Toutes les femmes l’adorent...

ANTOINETTE

Te plaît- il de faire une exception?

JOSEPH

Oh! une; qui est-ce?

ANTOINETTE

C’est moi !

JOSEPH

Eh bien , vous exceptée, il n’a qu’à se montrer, il n’y en a que pour lui... 11 a l’air insolent, avec ça... Mais patience, j’aurai mon tour... Jelui en ménage une de ma façon... V’ousi n’étes pas l’amie de Bavolette, n’est-co pas?

ANTOINETTE

Qu’est-ce que ça, Bavolette?

JOSEPH, remontant entre le canapé et la fenêtre.

C’est une très-jolie personne qui, dans son enfance, a gardé dans son pays des animaux qu’on ne voulait pas laisser aller seuls I...

Et qui attrape aujourd’hui ceux qui n’ont pas do gardiens?

JOSEPH

Justement.. t Or, figurez-vous...

ANTOINETTE

Une confidence?... et que tu médites de faire pleuvoir sur moi?... Attends que je m’arrange... là! (Elle s'étend sur le canapé.) A présent, vers*’!

JOSEPH

Vous ne tenez pas à la vertu de Bavolette, n : elle non plus... Eh bien, vous me permettrez de dire que M. de Brévans est l’heureux berger cie cetle brebis égarée... Mon langage est- il assez bucolique et convenable?

ANTOINETTE

Tu es un bijou. Tu vois donc bien que M. de Brévans n’est pas occupé ici, puisque...

* Joseph, Antoinette.

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