SCÈNE VII
Les Memes, ALBERTINE, entrant (lu pan coupé à droite. ALBERTINE, à Fanny *.
O^i vas- tu?
FANNY
Et votre notaire qui est là?.. Il y a mille choses à mettre en ordre... Je reviendrai vous chercher pour les signatures.. .
Elle sort par le fond.
AI. BERTINE, s approchant de Jacques.
Je pensais bien vous voir aujourd’hui !..
JACQUES
Je voulais être le premier à vous serrer la main !..
Vous ne l’avez pas été, malheureusement.
JACQUES
Que voulez-vous dire par là ?.. .
Je veux dire qu’avant de vous recevoir, j’avais vu un étranger... (Us s’asseyent sur le canapé **.)
, JACQUES
Ce monsieur que j’ai trouvé ici tout à l’heure?...
Oui!...
Il se nomme?...
M. deBrévqps.
JACQUES
Alors, je ne suis pas un étranger, moi?
• Un . étranger dans les bras duquel je me serais jetée comme étonné faU ,C1 ’ 1 Y 3 Un an ’ c ’ cût été un étranger bien
, JACQUES
Et bien heureux!.. .
Ah! que vous arriviez à propos, mon ami; j’étais si désesf aurais fait’ qU6 ’ ^ V ° US ’ J ° De ““ vraiiuenl P 33 ce que
JACQUES
N’aviez vous pas votre amie, madame de Chazeuil?
• Fanny, Albertine, Jacques.
** Jacques, Albertine.
Ce n’est qu’une femme comme moi... Et il y ados douleurs où nous avons besoin de nous sentir soutenues par un homme. Les femmes pleurent trop \ ite et se mettent à rire trop tôt. La consolation que nous recevons d'un homme est plus ferme, plus austere, plus sûre. Vous n’avez rien dit... vous n’avez pas parlé, mais la façon dont vous m’avez serré la main, dont vous m’avez accompagnée jusqu’au chemin do fer, a plus fait que toutesies phrases et toutes lesprotestations. J’ai senti que le temps n’avait rien fait perdre à votre amitié pour moil
JACQUES
Il n’a fait que l’augmenter.
Ainsi de moi...
JACQUES
Vraiment!..
Vous en doutez?...
JACQUES
Non!.. Quel roman que la vie la plus simple! Il y a bientôt six ans queje vousai quittée; j’ai été au bout du monde, vingt fois en danger de mort ; vous vous êtes mariée, j’ai souffert; peut-être n'avez- vous plus pensé à moi!... Je reviens, vous pleurez ; je vous serre la main, voilà le présent qui se rattache au passé, voilà six années qui s’effacent!... et je puis croire que nous sommes encore dans celte jolie vallée où nous faisions des bouquets quand nous étions enfants!...
Étions-nous gais alors!.. Quellescoursesf... quelles longues promenades!...
JACQUES
Et, plus tard, nos visites dans les hameaux dont vous connaissiez toutes les petites tilles...
Et votre air grave quand nous entrions dans les chaumières bras dessus, bras dessous...
JACQUES
Comme un mari qui accompagne sa femme!...
C’est pourtant vrai !... Vous souvient-il de ce jour où cetto bonne vieille paysanne qui m’apportait des galettes les jours de ma fête, vous voyant près de moi, me dit: #C est donc ce monsieur qui vous a épousée... Mes compliments, madame! »
JACQUES
C’est qu’elle avait vu jusqu’au fond de mon cœur... et ce que j’étais alors, je le suis toujours, rien n’a. changé, vous dis-je, et...