ACTE TROISIÈME
Comme vous voudrez... Où irons-nous?
JACQUES
N’importe où! A Florence, à Naples...
En Italie!.. (a?cc effort.) Jacques!..
Eh bien?
JACQUES
Autre part. C’est là que j’ai rencontré M. de Brévans pour la première fois.
JACQUES, avec colère, se levant.
Madame !...
ALBERTINE, très-calme.
Vous voyez, mon ami, que le pardon n’est pas facile; votre rêve est irréalir-ablol II y a des absolutions qui n’appartiennent qu’à Dieu, parce que celu i— là-^soul peut pardonner sans effort, qui est la suprême justice et la suprême bonté! Je souffre beaucoup, mon ami, je vous le jure, et je fais ïl un grand effort dont je mourrai peut-être, mais je mourrai au moins avec mon estime et la vôtre. (Se levant.) Non, Jacques, vous avez raison, il ne faut pas épouser une femme déchue quand un autre est l’auteur de sa chute. Je serais irréprochable, moi, comme vous l’êtes, et j’apprendrais que vous avez commis une action lâche et déloyale, que vous avez volé ou trahi, que je ne pourrais jamais vous pardonner,
Q uelque amour que j’eusse eu précédemment pour vous.
a faute veut l’expiation; ou bien, alors, il n’y aurait plus de justice et d’équilibre en ce monde, si les femmes coupables prenaient au foyer conjugal la place des honnêtes et des vaillantes!.. Tandis que je faisais mal, moi, tandis que là-bas vous pensiez à une pécheresse qui ne méritait même pas un souvenir de vous, il y avait ici un être chaste qui ne vivait que pour vous, qui vous adorait sans l'espoir même que vous le sauriez un jour, et qui serait morte plutôt que de trahir le serment qu’elle n’avait cependant fait qu’à elle-même. Voilà la femme pour laquelle vous ôtes revenu sans le savoir, mon ami. Voilà celle qui vous rendra heureux, qui n’a jamais failli, qui ne faillira jamais ! Accordez-moi cette preuve de pardon et de confiance de la recevoir de ma main, afin que, clans vos joies de famille, il y ait encore un peu do moi dont votre sainte femme ne puisse être jalouse. Voyons, donnezmoi la main, mon frère, et tâchez d’être aussi fort que moi. A partir d’aujourd’hui, je n’ai plus rien à craindre de personne, ni de vous, ni de moi. Je vais me faire vieille femme tout de suite pour plus de sûreté. J’ai idée que mes cheveux gris pousseront de bonne heure ; ce sera autant do fait, n’est-
ce pas ? Allons, riez un peu, si vous ne voulez pas que je fonde en larmes!.. (Fanny entre.) Entrez, Fanny. Entrez tous, mes amis !