ACTE TROISIÈME
qui... et le savoir!... Ah! tenez, ne parlons pas de ce!a,Albertine, car la supposition même n’en est pas supportable.
Parlons-en, au contraire.
JACQUES
Parce que?
Parce que votre ami vous a dit la vérité.
Quel ami?... quelle vérité?... quoi?...
J’ai été la maîtresse de M. de Brévans.
JACQUES
Vous ?.. Ah ! vous voulez m éprouver sans doute?
Je dis la vérité.
JACQUES
Puisqu’il m’a juré sur l’honneur?...
Il vous a menti, comme il est permis, dit-on, à tout galant homme de mentir en pareil cas, car un homme n’est pas déshonoré pouravoir volél’honneuret le repos d’une femme, mais il le serait pour l’avoir dit. Quand vous avez rencontré M. de Brévans, nous venionsd'avoir unedernièreexplication; il m’avait promis de nier, le cas échéant, et il venait de me rendre mes lettres, dont le feu de cette cheminée a respecté une partie, comme si le feudui- même ne pouvait pas détruire entièrement les preuves matérielles d’une faute. Reprenez votre parole, mon ami, je ne suis pas digne d’être votre femme... Adieu.
Elle tombe assise près du guéridon, sur lequel elle s’accoude, cachant son visage dans scs mains.
• JACQUES
Mais vous l’aimiez donc, cet homme?
ALBERTINE, sans bouger.
Il faut que je l’aie aimé ou que j’aie cru l’aimer !
JACQUES, avec colère.
Je le tuerai !
ALBERTINE, de même.
Cela ne changera rien. J’aurai commis une faute, vous aurez commis un meurtre; nous serons deux à avoir des remords, au lieu que je suis seule.
JACQUES
Mais je vous aime, moi !
ALBERTINE , de même.
Vous me mépriserez... et l’amour s’en ira.
ALBERTINE DE MERR1S
JACQÜKS.
Mais je vous aime depuis douze ans! mais, depuis douze ans, je no pense qu’à vous! mais je n’ai pas parlé d’amour à une autr# femme, moi!... Et pendant, que je vous adorais, que je travaillais pour vous là-bas, — car je ne sais quoi me disait que, malgré votre mariage, ma destinée était liée à la vôtre, — vous me trompiez lâchement; car c’était moi que vous trompiez, car votre mari ne vous aimait pas...
ALBERTINE, se levant.
C’est peut-être mon excuse.
C’est vrai. Mais au moins quand vous m’avez revu!
Quand je vous ai revu, Jacques, j’ai eu honte de moi. Puis j’ai eu un moment d’espoir, tant vous m’aimiez! Puis, j’ai compris qu’il fallait renoncer à ce bonheur, à moins que je ne consentisse à mentir et à me mépriser moi-même. Et le bonheur est-il possible à ces conditions-là? Voilà pourquoi j’ai mieux aimé tout vous dire; car, si j’ai perdu l’honneur, j’ai conservé ma loyauté. (Elles’assied sur le fauteuil.)
JACQUES
Vous avez bien agi. Je vous estime et vous pardonne.
Que dites-vous?
JACQUES, à genoux devant elle
Je dis que je vous aime tellement, qu’il ne m’est plus possible do vous arracher de mon cœur ni de ma viel Vous serez ma femme.
Jacques! c’est impossible.
JACQUES
Pourquoi?
Parce que vous vous croyez plus fort que vous n’êtes. Parce aue vous prenez votre colère et votre jalousio pour de l’amour. Parce que je me rappelle ce que vous m’avez dit tout à l’heure, et que, si vous me pardonniez, vous, moi j’entendrais toujours vos paroles, et je ne me pardonnerais pas.
Je t’aiderai à oublier, il faudra bien! Au fait, c’était à moi d’être là, de veiller sur toi, puisque je t’aimais. Insensé! qui vas chercher au loin la fortune, et qui perds le bonheur! Tu n’as pas osé combattre un préjugé, eh bien, maintenant répare la faute! Nous partirons..
* Jacques, Albertine.