L'OBSTACLE
Ce qu'Albertine avait a faire, elle le savait bien en quittant la chambre de sa tille ; mais a peine eut-elle mis le pied hors de cette chambre, que Fespèce de calme et de suite dans les idées qu'acné avait su jusqu''alors conserver p«r un effort presque surhumain, Tabandonna
tout-à-fait : sa résolution prise, son projet arrêté, elle oublia tout. Anéantie, écrasée sous le poids de Timmense infortune qui l'atteignait dans son enfant , et qui lui apparut alors avec son effrayant cortège de dangers certains , de luttes vaines peut-être , et peut-être aussi de catastrophes sanglantes, elle fut comme folle un instant. Un seul raoyen de remédier au passé , de conjurer l'avenir , s'était offert a son esprit , et ce moyen , elle ne se le rappelait plus; il fallait agir sur-le-champ; il n'y avait pas une minute a perdre : elle comprenait cela, mais c'était là tout ce qu'elle pouvait comprendre. — Ma fille ! — se disait-elle, et puis plus rien ne lui venait à l'esprit. Son front brûlait, ses yeux étaient secs et rouges, ses traits bouleversés; elle s'effrayait elle-même du désordre de son esprit. Mais à force de se répéter : — Ma tille '. ma fiUe ! — elle parvint
à joindre à ce nom celui de Lucien , et ces deux noms re'unis dans une seule pensée lui rendirent enfin la mémoire.
Ce trouble, cette douleur, cette folie, elle ne les subit rjue durant tout au plus une minute ; elle crut , quand elle ':'ecou\Ta la raison avec le souvenir , qu"'elle avait quilté Nathalie depuis une heure. — Oui, Lucien î — se ditelle encore , et toujours pâle , toujours le visage altéré, toujours dévorée d''in quiétude et de douleur, elle descendit rapidement pour ordonner a François d'^aller voir si M. de Honcy était chez lui afin de le prier de venir lui parler. En entrant dans la salle a manger, où elle croyait rencontrer le vieux valet de la maison, elle trouva , non pas celui-ci , mais son mari , M. Dubreuil.
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293 LES ROMAltS DE LA FAMILLE.
Par Lonheur, le père de Nathalie tenait a la main un rouleau de papier assez volumineux, dont la lecture semblait vivement le pre'occuper, -aussi ne s'aperçut-il ni de Tagitation de sa femme, ni du mouvement d''effroi dont elle ne put se défendre à sa vue.
\u bruit qu'elle fit en entrant, il se retourna :
— Ah, parbleu î dit-il d''un ton briLsque , vous arrivez à propos , car j^lais monter chez Nathalie pour vous chercher.
Albertine remercia intérieurement Dieu , ce protecteur des mères , qui lui avait permis de descendre assez a temps pour retarder au moins une révélation qui , Dubreuil Favait dit, pouvait être un arrêt dq mort pour
la coupable ; car cet orgueil de père , s'il se fût senti si cruellement blessé , n''aurait pas calculé peut-être s'il y avait crime ou non h se venger de l'offense par un meurtre, libertine puisant un peu de force dans sa confiance en la protection d^en haut qvii venait de lui épargner le malheur d''une explication immédiate, se remit et put répondre sans trop d'émotion dans la voix :
— Que me voulez-vous , monsieur?
— 11 s'agit de ce procès que je soutiens contre votre beau-frère , pour notre part de la ferme du Mesnil , vous savez bien ?..
— Oui , oui , je sais.. . dit-elle sans penser a ce qu'elle disait , ne songeant qu'à rompre au plutôt un entretien dont la durée présu-
mable allait lui faire perdre un temps précieux.
— Ah ! ça , madame , reprit Dubreuil avec sa brutalité accoutumée , est-ce rue vous ne m''entendez pas ? Au fait , vous avez bien LUitre chose à penser qu''a nos intérêts :1e i.^aiille ! je le conçois... Mais comme il fai.t qiiC vous signiez cet acte que vient de m'envoyer mon avoué, vous en entendrez la lecture: allons, asseyez-vous la , je commence.
— Mais rien ne presse... osa-t-eile objecter.
— C'est ce qui vous trompe.
— Vous pouvez bien attendre jusqu'à ce soir , par exemple... Oui , ce soir...
— Non pas , non pas. . . dit-il , c''est ce ma ■ tin même, à Finstint, qu'il faut en finir... Je dois me hâter de vous donner connaissance de ces papiers , et puis les reporter tout de suite a. Tavoué ; il en a besoin , notre avocat les lui demande.
Un moment, A'bertine fut sui !c point de dire à son mari que sa fiile Fa étendait, que Nathalie souffi ait de son absence, mais une réflexion retint les paroles sur ses lèvres : îe père n'eût pasmancpié de Tinterrogev ; il eût voulu savoir pourquoi jNaihalie actendait sa mère , pourquoi elle soufiFrait; peut-être même se serait-il empressé de monter à ja petite chambre, il y aurait trouvé Nathalie dans les larmes sans doute, et incapable de se contraindre ; alors le fatal secret eût été connu! Elle se fit donc violence , et résolut d'écou-
ter rinsupportable lecture, puisqu''elle ne pouvait faire autrement. Mais en proie a la perplexité qui Tobsédait , elle resta debout.
— Asseyez - vous donc , répéta Dubreuil avec colère ; en vérité je ne vous comprends pas... Qu'un tète-à-tête avec moi ne vous amuse guère » c''est possible , aussi vous devez me rendre cette justice , que j''apporte tous mes soins a ce que les entretiens soient rares entre nous. Mais que celui-ci vous intéresse ou vous ennuie , comme il est nécessaire , bien plus , comme il est indispensable , vous resterez, vous m'entendrez; il le faut! je le veux ! . .
Sans répondre un seul mot ^ x\lbertine alla s'asseoir près de la fenêtre , laquelle , on le sait, avait vue sur le jardin et sur le pavillon
AtBERTINK. 301
habite par le ieui>.e créole; puis e\U dit à Dubreuil :
— Hàlez-vous donc , n^onsieur ! je vous écoute.
Celui-ci la contempla quelques instans , comme sMl se faisait un plaisir de Timpatience quelle cprou va it visiblement; après ce moment d'examen , il prit une chaise, et vint se placer devant Albertine, mais a distance respectueuse ; et puis , il tira de sa poche son mouchoir, ensuite sa tabatière qu''il ouvrit; il aspira longuement une prise de tabac, et tout cela avec une lenteur calculée, avec des précautions infinies, des pauses, des temps d''arrêt qu'il prolongeait a dessein , lui , si pressé tout à rheure. Petite et mesquine vengeance dontil se donnaitla jouissance, et qui mettait
la pauvre mère au supplice. Enfin , il commence sa lecture.
— Mais que diable avez-vous? C'est incroyable ! s'ecria-t-il , après avoir tourné quelques feuillets; vous ne me prêtez pas la moindre attention ; je parie que vous seriez fort embarrassée pour me répéter ce que je viens de lire ; cela vous intéresse pourtant ; mais je ne sais ce que vous avez a regarder sans cesse dans le jardin...
— Continuez, dit madame [Dubreuil se résignant encore.
Il poursuivit, en eflFet, tantôt les yeux sur le papier , tantôt regardant sa femme ; mais tout a coup , il s'interrompit une seconde fois.
— A la tin, madame, dit-il, c'est trop fort !
— Oh ! mon Dieu ! s'écria Albertine, les regards toujours fixés sur le pavillon de la terrasse.
— Y< »us écouterez , madame ! reprit Dubreuil , je veux que vous écoutiez.
Il s'-.pprocha d'elle, et lui saisit le bras, grossit sa vcixpour la forcer a entendre malgré elle, (X lors îu'il croyait la voir encore distraite, il intei rompait de nouveau sa lecture par des mouvenens brusques , par des questions réitérées , auxquelles Albertine se voyait forcée de répondre tant bien que mal.
Qu'on se figure l'anxiété de la malheureuse
304 LES nOMA^i DE LA FAMILLE.
mère : elle avait vu tout à Pheure Lucien ouvrir la porte du pavillon , et se diriger vers la grille du jardin : Il va sortir ! dit-elle , et «■"il nMlait pas rentrer de la journée , comme cela lui aiTÏve quelquefois !
— (Comprenez- vous , ajouta Timpitoyable Duhrouil en lui secouant le bras , comprenezvous avec quelle clarté ce passage établit les faits , et comme il met à jour la mauvaise foi de votre beau- frère ?
— Oui , oui , je comprends. . . répondit la mère désolée , qui voyait arriver à la grille le cheval de M. de Roncy.
— Saisissez-vous Piniportance de cet argument qui nous donne gain de cause? poursuivit Dubreuil qui ne lâchait pas sa proie.
albert^e. 30S
— Oui, vous avez raison...
A-lbertine s'arrêta subitement sans pouvoir en dire davantage ; elle aurait pâli, si cela eût été possible, tant était accablante Tangoisse qui venait de lui mordre le cœur :
— vSi Nathalie , pensait-elle , inquiète de ne pas me voir revenir , allait descendre pour me chercher î
Et en même temps , Lucien , qui avait sans doute oublié quelque chose dans le pavillon , venait d'y rentrer, mais pour im instant, peutêtre !...
— Nous triompherons ! cria Dubreuil s'animant a sa lecture, nous triompherons : qu''en pensez-vous , madame?
— Je le crois comme vous... , ré|^nditelle.
Mais ses forces raLandonnèrent ; /Vlbertine fut près de défaillir. Elle crut entendre la voix de Nathalie qui Pappelait , et Lucien sortit de nouveau du pavillon dont il ferma la porte.
Ainsi donc la malheureuse mère était aux prises avec une double crainte et luttait contre une double torture. L'oeil fixé sur le jeune homme qui se préparait à partir , V(^^ reille aux écoutes , elle frémissait à chaque pas de Lucien , a chaque bruit qui lui arrivait de Pétage supérieur , et Dubreuil continuait toujours.
— Nous avons encore dans notre sac d'au-
très bonnes raigons; vous allez voir, madame, vous allez voir !
Mais , hors d'elle-même , incapable de supporter plus lono^-temps le triple tourment qui lui était infligé : la violence d''une part , une crainte incessante des deux autres , elle se leva, et dégagea brusquement sa main prisonnière dans celle-^^ de son mari , puis elle dit :
— Il est inutile d''achever , monsieur , je vais signer cet acte.
— Cependant... voulut objecter Dubreuil étonné.
— Je vais signer, répéta-t-elle ; cela doit vous suffire, je pense.... mais cessez cette lec-
ture, c''en est assez j je ne puis en entendre davantage.
— C'est juste, repondit-il avec un accent où perçaient etrironie et le n\épris , c''est juste, madame ; jVtais un sot de croire que cette affaire, quelque importante quVlle soit, pouvait vous intéresser ; comme il ne s'agit que de notre fortune , de la fortune de Nathalie surtout , cela ne vaut pas la peine que vous vous en occupiez!... Favenir de votre fille , c'est si peu de chose pour vous ! Signez donc , et souvenez-vous bien que c'est la dernière fois que je vous parle de nos affaires communes. Vous voulez être tout-à-fait une étrangère ici , vous le serez , je vous en réponds !
insensible a ces reproches injustes, a cette
menace brutale , Albertine prit la plume et s''appréta a donner sa signature ; mais a ce moment, elle vit Lucien près de la grille et se disposant a monter a cheval ; un instant de retard et il allait partir ! elle laissa la plume, et courut a la sonnette qu"'elle agita avec force.
— Ah ça ! êtes-vous folle, madame, s*'ëcria DuLreuil : qui appelez -vous ainsi? signez donc , ou vous allez me donner à penser que votre intention est de vous jouer de moi.,.
— Gourez dire à M. de Koncy qu'il ne sorte pas sans me voir; j''ai une commission à lui donner, dit Albertine a François qui avait tout aussitôt répondu a Pappel de la sonnette. Le valet se hâta d''obe'ir. Madame Dubreuil le suivit du regard, et son agitation ne se calma un
peu que lorsqu''elle eut vu celui-ci arriver assez à temps pour retenir Lucien. Alors, d''une main convulsive, elle reprit la plume , essaya de tracer son nom, s'^arréta à la première lettre; mais voyant (|ue son mari l'examinait d''un air railleur, elle signa, enfin.
Ce prétexte d'aune commission a donner a M. de Roncy , c''ëtait là tout ce que la pauvre femme avait trouvé de mieux pour retenir Lucien ; heureusement , Dubreuil l'accepta pour bon et valal^le, car le jeune homme s'était fait, depuis long-temps déjà , le pourvoyeur de ces dames pour des emplettes de mince importance ; mais comme il fallait bien que la mauvaise humeur du mari profitât d'une aussi belle occasion de s'exhaler , il murmura entre ses dents , de manière toutefois à être entendu :
— Cest bien cela ! quelque bagatelle, une niaiserie , un cliiffon ! voilà qui est beaucoup plus important pour elle , qu'un procès d'où dépend une partie de la fortune de sa fille... Je la reconnais bien la ! ... .
Ayant dit , et voyant qu'Albertine ne répondait pas a sa boutade grossière , Dubreuil saisit sur la table le papier signé, passa devant sa femme a qui il jeta un coup-d"oeilde dédain, et il lui laissa pour adieu le fracas de toutes les portes qui retentirent coup sur coup, jusque et y compris celle qui donnait sur la place Saint-Nicolas.
— Ah! enfin ! s'écria Albertine avec un soupir d'allégement.
Mais elle n'eut pas le temps de rétablir un
peu de calme dans son esprit, un peu d''ordre dans ses idées , car au même instant Taulrc porte du salon s''ouvrit, — celle qui donnait sur le jardin, — et Lucien entra.
— En quoi suis- je assez heureux pour vous être agréable , madame, dit-il en s''inclinant, et quelle est cette commission dont François n^a parlé? Ordonnez...
— Lin moment, monsieur, interrompitelle ; un moment , de grâce , que je me remette !
Lucien recula d'ctonnement, presque d''effroi , à la \ue des traits renversés de la pauvre femme.
— Mais, mon Dieu, qu\ivez-vous donc, lui dc:r!aîif]a-t-il?
ALBERTIIÏE. 313 '
— Oh ! ce n'*est rien ; ce ne s( ra rien, ditelle après un court silence ; et , se levant , allant a lui : — Ce que je veux de vous , monsieur, ajouLa-t-elle , c''est que vous ne sorties pas si matin , car j'*ai besoin de vous
Puis elle le prit yjar le bras, et répondant U toutes ses questions par les mêmes mots dils 'a voix basse , mais avec un accent impëratit-" :
— Venez, monsieur, venez; suivez-moi, je le veux 1
Elle Tentraîna, lui fit monter Tescalierau milieu duquel ils rencontrèrent Nathalie qui, se mourant d''inf(uiéludc, n''h(isilait plus 'a descendre. Madame Duhreuil ordonna à sa
fille de rentrer chez elle, a Lucien de la suivre, puis elle-même entra à son tour, referma la porte, et alors elle s"'adressa au jeune créole. Celui-ci, pâle de terreur et de confusion , devina aussitôt que tout était découvert.
— Monsieur de Roncy , lui dit Albertinc d''un ton grave et solennel, auiourd''huimême, devant moi, au déjeuner, vous allez demander a mon mari la main de Mademoiselle Nathalie Dubreuil.
Respirant a peine , le cœur oppressé , le corps penché en avant , sans geste , sans voix , le regard fixe , comme suspendues aux lèvres de Lucien, d'où pouvait tomber pour elles un arrêt de vie ou de mort , la mère et la fille attendiixnt sa réponse.
Lui , la tète cachée dans ses mains , immobile, glacé, ne disait rien.
— Ne me comprenez-vous pas? répéta la mère ; est-il besoin devons redire qu''aujourd'hui, ce matin, il faut absolument que vous demandiez à mon mari qu'ail veuille bien vous accepter pour gendre ?
Toujours dans la même posture , Lucien se taisait.
— Hésiteriez-vous donc , monsieur , continua-t-elle ? aurions-nous trop compté , ma fille et moi : elle sur votre amour, moi sur votre loyauté, pour obtenir la seule réparation qui soit possible maintenant ? la seule , vous le savez bien... Nous serions-nous trompées toutes les deux ? A.h ! ce serait abominable, et
316 LES ROMANS DE LA lAlMlLLK.
je ne puis le croire... M. de Roncy, au nom de Dieu ([ui punit le parjure , au nom de ma fille et des souffrances qu''elle endure par vous et pour vous... au nom de son bonheur que vous avez flétri, mais que vous pouvez lui rendre, je vous le demande encore parce que j'en ai le droit , moi sa mère : vous savez ce qu'un homme d'honneur ferait à votre place , vous savez ce que j'exige , ou plutôt ce que j'implore ; répondez, le ferez-vous?
A cet appel , Lucien releva la tête , se découvrit le visage; et dans ses yeux , sur ses joues on voyait les traces de ses larmes. Mais soit parce que son émotion était trop violente, soit pour toute autre cause, il garda encore le silence.
— II a pleuré, il pleure ! s'érria Nathalie
que la vue des larmes de Lucien lit renaître à Fespérance ; pardonne-lui , maman : il a pleure, il pleure !
— Ce ne sont pas des larmes qu''il faudrait ici , répondit madame Dubreuil ; mais si celles-ci vous ont été arrachées par Paspect de notre douleur, elles annoncent du moins que vous avez Tàme bonne et accessible a la pitié ; eh bien, monsieur, par grâce , ne prolongez pas notre supplice. . . n''ajoutez pas à un malheur, déjà presque au-dessus de nos forces, le tourment plus affreux encore de douter de vous plus long-temps...
— Lucien ! s''écria une voix suppliante.
— Ne le prie pas, ma fille; pour toi la prière serait une bassesse ; c'est a moi d'en ap-
peler a son coeur après avoir parie à sa loyauté y c''est à moi de lui dire : Lucien , ayez pitié de nous ! c''est à moi de me jeter à ses pieds , s''il le veut ; il n''y a pas de honte dans rabaissement d''une mère qui prie pour sa fille.
— Madame, dit-il enfin d'une voix brisée ; madame, et vous, Nathalie, maudissez-moi, je suis un infâme... Ce mariage qui comblerait tous mes voeux , ce mariage que j''aurais dès long-temps sollicité moi-même...
— Eh bien ! s'écria Mbertine haletante.
— Il est impossible.
— Impossible ! répéta-t-elle en se redressant et en avançant d'un pas vers Lucien ; je n'ai pas bien entendu.... vous n'avez pas dit cela,
ALBERTIÎfE.
vous n'avez pu le dire.... rakis si fait , il Ta dit!.... Impossible! et pourquoi donc, impossible?
— Oh ! ne me le demandef pas !
— C'est-à-dire que vovs vous croyez le droit de nous ravir Thonniur , Fespérance , tout enfin! etvousnem'accirderiezpas, àmoi, celui de vous interroger, di vous forcer à re'pondre? ce droit-la , je Tai )ayé assez cher! . . . d'ailleurs, je suis votre juglici. .. Allons, monsieur , parlez ! tuez-nous run mot ; mais ce mot, je veux le savoir ; jale veux !..
Lucien, vaincu par la voix éloquente et sacrée d'une mère, le put résister plus long-temps ; accablé de/remords , de désespoir, il se laissa tomber a enoux devant Alber-
320 LES nOMVNS DF. LA FAMJLLR.
tine , et dans cette hunible posture , les yeux baisses et se tordant les mains, il eut a peine a force de murmurer ces paroles foudroyantes :
— Je suis marié 1
— Oh! vous avîz bien dit : vous êtes un infâme 1,.,
Le douloureux miportement de la mère fut interrompu par ui cri étouffé ; Natlialie était évanouie.