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PIÈCES GRAVÉES ANTÉRIEUREMENT A L’ANNÉE

Dans les premiers temps Albert Dürer imite le travail de Schôngauer, en cherchant toutefois plus que ce peintre à dissimuler le trait par

1 . Cet œuvre, que Mariette considérait comme étant le premier par la qualité des épreuves, toutes également belles, passa, à la mort d’Abraham Ortelius, en 1598, entre les mains de son héritier, Jacques Collius. Mariette le père l’acquit en 173., à la vente du bourguemestre Six. Puis il orna la collection du comte de Fries, de chez qui il entra, en 1824, dans la collection du baron Verstolk de Soelen , à la mort duquel il fut divisé.

lequel il exprime les contours de ses personnages. Il marque les ombres par des tailles qui viennent s’élargir sur les lumières, avec lesquelles elles se fondent parle moyen de petits traits légèrement courbés. Comme le beau Martin également, il place aux premiers plans des gazons émaillés de fleurs, et rend les terrains par de grandes tailles ondoyantes qui en suivent les mouvements. Il couvre rarement ces mêmes terrains de contretailles qu’il trace toujours auprès des personnages, pour qu’ils s’en détachent plus aisément. Les arbres sont peu modelés et ont des formes moins réelles, moins étudiées que celles qu’ils auront par la suite. Ils sont dessinés par des traits simples et courbés, qui en s’adaptant les uns au-dessus des autres, figurent des branches chargées de feuilles. Les arbres des lointains sont indiqués par une ligne convexe, légèrement ondulée pour les contours, et par de petits traits courts et horizontaux qui forment une ombre au centre. Des tailles en spirales rendent les broussailles des premiers plans. Le travail de cette époque est rude et peu soigné; la main n’a pas encore acquis toute son habileté pour creuser le cuivre avec netteté et précision. Quant au monogramme, il diffère essentiellement de celui des derniers temps ; l’A , très-resserré dans le haut, s’élargit extrêmement par le bas, et présente toujours des jambages simples.

1. Le Violent. Bartsch, 92. Les joremeres ejomwes ne laissent voir qu’un trait échappé près du tronc d’arbre à gauche; les dernières en ont un second au même endroit, qui coupe obliquement le voile de la femme.

Cette pièce, sans marque, est reconnue par tous les iconophiles comme étant la première estampe gravée par Albert Durer. Tout en la laissant à ce maître, duquel elle est certainement digne et qu’elle rappelle en effet, nous ferons remarquer que l’indication et le modelé de la figure de la femme sont dans le style et le travail de Martin Zagel.

2. La Sainte Famille au Papillon. B. 44. Copies par Israël de Mecken , qui l’a signée au-dessous du trait carré, par le Maître à la sauterelle et par Marc-Antoine.

Les belles épreuves de celte estampe se reconnaissent aux traits légers et nombreux qui coupent, en tous sens, le fond. Elles doivent être fort recherchées, parce que dans les épreuves postérieures, le modelé du visage de la Vierge a disparu, et avec lui une partie du charme de la physionomie si gracieuse de la Mère de Dieu.

Nous possédons dans notre collection un dessin fort précieux de Martin Schdngauer, dont on pourrait croire qu’ Albert Durer a eu connaissance, tellement l’arrangement des deux compositions se ressemble. Si la Vierge et l’enfant Jésus, exécutés d’une plume trop large, plaisent moins que dans l’estampe d’Albert Durer, le saint Joseph endormi est, par contre, de beaucoup supérieur à celui du peintre de Nuremberg.

La figure de Dieu le Père, après avoir été empruntée à l’estampe de Schongauer décrite par Bartsch sous le n° 8, fut à son tour copiée par Benedetto Montagna dans sa gravure de la Vierge entourée d’ Anges, n“ 5 du catalogue de Bartsch.

Cette pièce aurait été gravée, suivant nous, vers 1494, lors d’un premier voyage

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d’Albert Dürer à Venise. La barque, ainsi que nous l’avons déjà dit à la page 195 du tome VI, a la structure des gondoles vénitiennes, et en outre est conduite suivant la manière usitée seulement des bateliers de cette ville. La forme de la lettre D du monogramme diffère essentiellement de celle adoptée dans toutes les autres pièces; aussi croyons-nous que cette estampe est la première sur laquelle Albert Dürer ait apposé son monogramme.

3. Les offres d’amour. B. 93. 1" état. Avant la retouche faite par une main inhabile. Les belles épreuves de cet état se reconnaissent aux montagnes du fond, dont la silhouette s’est altérée par l’effet du tirage, et offre dans les dernières épreuves quelques solutions de continuité.

2' état. Les contours des personnages ont été recreusés. Les montagnes du lointain ont entièrement disparu, et des taches d’oxydation se remarquent sur le fond, à droite, ainsi que sur la figure de l’homme.

Relier, qui a possédé la planche de la copie donnée par quelques amateurs à Marc- Antoine, ne veut point y reconnaître la main de ce graveur. Nous n’avons jamais eu l’occasion de voir cette copie.

Ce sujet est quelquefois désigné sous le titre de Juda et Thamar, ou sous celui de Berthold Tacher et Anna Pfmzing.

4. L’Assemblée des gens de guerre. B. 88. Copies par Tellman de Wesel : T. M.W., par le maître au monogramme portant le n» 2,493, R® P. deBrulliot, et par Prestel, en contre-partie, avec l’année 1515. Les Allemands désignent généralement ce sujet sous le litre de la Bande de Brigands; ils croient qu’Albert Dürer s’y est représenté arrêté par des routiers. Hüsgen et Relier y voient Guillaume Tell échappé de la barque de Gessler, et racontant son aventure à ses amis. Cette histoire, d’ailleurs, avait préoccupé l’artiste dans sa jeunesse. Dans le cabinet du comte de Praün, à Nuremberg, se trouvait un dessin, exécuté en 1489, qui représentait la conjuration du Rutli.

5. Saint Jérôme en pénitence. B. 61 . Les toutes premières épreuves sont avant un trait échappé sur les montagnes, qui s’élèvent dans le fond, à droite.

6. L’Enfant prodigue. B. 28. Il existe de ce morceau une superbe copie anonyme, exécutée en contre-partie par un maître italien. Maestro Giorgio a fait de ce sujet un motif de décoration pour un plat à reflets métalliques rouge feu et irisés. Ce plat, d’un diamètre de 28 centimètres, et daté de l’année 1525, fut vendu, à la vente Rallier (1 859), 4,200 fr., et à la vente Norsy (1860), 3,880 fr.

7. Le Seigneur et la Dame. B. 94. Copie par Marc Antoine, qui l’a traduite en contre-partie avec le monogramme d’Albert Dürer. Elle a encore été copiée en sens inverse par un Italien, qui n’y a mis aucun monogramme.

8. La petite Fortune. B. 78. Les dernières épreuves se reconnaissent à une grande éraillure courbe, au-dessus du chardon un peu à droite, qu’on n’aperçoit point dans celles d’un tirage ancien. Copie en contre-partie par Prestel. Nicoletto de Modène, dans une pièce non décrite représentant soit Cérès, soit la Vestale Tucia portant, comme preuve de sa virginité, un crible plein d’eau, reproduisit cette figure d’Albert Dürer, avec quelques changements nécessités par le sujet et par le désir de dissimuler son emprunt.

ALBERT DURER. kl

9. La Dame a cheval. B. 82. Premier état : Avant la retouche sur les montagnes du fond et sur l’épaule de la femme.

Deuxième état : 11 se reconnaît surtout en ce que le contour de la montagne la plus rapprochée de l’épaule droite de la dame est exprimé dans toute sa longueur par un double trait, tandis que dans le premier état une seule ligne en indique la forme.

Ce morceau a été copié en contre-partie par Marc-Antoine et par les maîtres aux

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