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Préface du Traité de géométrie par Albert Dürer

là, il ne cessa toute sa vie d’approfondir, d’analyser avec recueillement les règles de la peinture, et, sur la fin de ses jours, il résolut de faire connaître aux jeunes gens studieux les résultats de ses travaux, afin qu’ils eussent « non-seulement l’amour des arts, mais aussi le désir de se per- « fectionner et d’acquérir des connaissances positives et sérieuses. » Sa première œuvre littéraire fut un traité sur la géométrie, « le vrai fonde- « ment de toute peinture, » science sans laquelle « personne ne peut de- « venir un bon artiste, et que les jeunes peintres doivent apprendre, « la règle et le compas à la main, pour connaître l’exacte vérité des (( choses. »

Cet ouvrages dédié par Albert Dürer à son très-cher maître et ami Wilibalde Pirckheimer, est divisé en quatre livres. Le premier traite des lignes, cercles, spirales, courbes, hélices, que l’auteur apprend à tracer. Le second contient la théorie des surfaces;, et les méthodes à suivre pour dessiner des figures, les composer et les transformer. Le troisième enseigne à faire des prismes, des cylindres, des colonnes, des pyramides, des cônes correspondant à des surfaces données. Dans ce livre, l’auteur indique encore la meilleure manière d’établir des cadrans solaires au faîte d’un clocher ou de tout autre édifice, et comment on doit s’y prendre pour fixer des lettres ou des images au haut des tours, de sorte que, placées à différentes hauteurs, elles apparaissent cependant toutes sous le même angle visuel; et, enfin, il donne aux architectes les proportions que doivent avoir les lettres posées à de grandes élévations. Le quatrième livre apprend à mesurer les corps. Cette dernière partie est

1 . Traité de géométrie, ou Méthode poxir apprendre à mesurer avec la règle et le compas, ouvrage rédigé par Albert Dürer, à l’usage de tous ceux qui aiment les arts, et orné de figures; petit in-folio de 89 feuillets. Ce livre est devenu rare, quoiqu’il ait été répandu à un grand nombre d’exemplaires. On en connaît deux éditions originales en allemand, l’une de 1525, l’autre de 1528 ; celle-ci a été corrigée et augmentée de vingt-deux gravures. Cette seconde édition a été imprimée aux frais de la veuve d’Albert Dürer, qui, dans les dernières pages, a eu le soin de prévenir le public qu’en vertu du privilège accordé par l’empereur il est défendu à toutes personnes, de quelque qualité et condition qu’elles soient, de contrefaire ce livre, en tout ou en partie, et d’en faire des extraits, sous aucun prétexte, à peine de confiscation et d’autres amendes énoncées dans ledit privilège de Sa Majesté Impériale. Ce privilège, octroyé par Charles-Quint à la veuve d’Albert Dürer, se trouve à la page 130 du Traité sur les proportions du corps humain (édition de 1 528) . Il est daté de Spire, du 1 4 août 1 528, quatre mois après la mort du peintre : la durée en est fixée à dix années.

Agnès Dürer, pour que les écrits de son mari pussent être lus de ceux qui ignoraient l’allemand, les fit traduire en latin par Joachim Camerarius. La traduction du Traité de Géométrie fut publiée à Paris, chez Chrétien Wechel, rue Saint-Jacques, à l’Écu de Bàle, en 1532 et 1535.

Fac-similo cVunD de ses estampes en bois.

suivie de quelques leçons d’optique et de la description de deux appareils, inventés par lui pour dessiner suivant les règles de la perspective. L’un de ces instruments, ,« singulièrement utile à ceux qui veulent por- (( ti-aire une personne et qui ne sont pas bien sûrs de leur savoir », a été remis eu usage de nos jours, sous le nom de Roulliet-type^ par un artiste distingué qui peut-être ne connaissait nullement l’ouvrage, assez rare, d’Albert Dürer L Le but du second appareil est de retracer sur un panneau, au moyen de trois fils, tous les objets que ces mêmes fils peuvent atteindre. Mais l’écrivain, trop modeste pour se laisser égarer par l’orgueil ordinaire aux inventeurs, reconnaît lui-même que ce procédé est trop compliqué pour être facilement applicable, et à la suite de son exposé il décrit un troisième système trouvé par Jacques Keser, système qu’il déclare plus [)ratique.

Ce traité de géométrie était fort estimé au xvi® siècle. Les chapitres ayant rapport aux règles géométriques appliquées aux lettres de l’alphabet furent plus particulièrement utilisés par les auteurs de cette époque, et notamment par Juan de Yciar Viscayno dans un ouvrage publié en 1529 à Saragosse, sous le titre : Arte sublilissima por laquai se ensenna a escrevir perfectamente.

Deux ans plus tard, au mois d’octobre de l’année 1527, Dürer fit paraître un nouveau traité sur les fortifications des villes, châteaux et bourgs^. Pirckheimer fut chargé par son ami d’en faire la dédicace à Ferdinand, frère de Chaiies-Quint et roi de Hongrie et de Bohême.

Antérieurement à la publication de ces deux ouvrages, dès 1523, Albert Dürer avait écrit des observations sur les proportions du corps humain; mais elles ne virent le jour qu’ après sa mort, ce peintre illustre reculant sans cesse l’impression de cette œuvre à laquelle il attachait une grande importance, car elle devait résumer les études de sa vie entière. Le manuscrit, très-différent du traité imprimé, est conservé dans la bibliothèque de Dresde et contient 283 feuillets comprenant deux lettres et une dédicace à son ami Wilibald Pirckheimer, ainsi qu’une préface, qui n’ont pas paru en tête de son livre. Dans la pensée d’être agréable à nos lecteurs, nous donnons ici la traduction de ces écrits qui leur révéleront à quel point Dürer craignait de paraître, lui^ le premier peintre de l’Allemagne, outrecuidant et présomptueux, en livrant au public le fruit

1. Nous avons fait reproduire l’estampe dessinée par Albert Dürer lui-même, pour venir en aide à ses explications écrites. Elle servira aussi à montrer à nos lecteurs comment ce maître comprenait la gravure sur bois.

2. Petit in-folio de 27 feuillets; signatures A 2 à F 2; 20 gravures sur bois. La traduction latine, due à Camerarius, fut imprimée à Paris chez Wechel, en 1535.

de tant d’années de travail et de méditation; ils feront connaître aussi combien était grande l’honnêteté d’Albert, inquiet à la pensée que la préface pouvait annoncer plus que le livre ne contenait, et ses craintes d’être accusé de ne pas admirer les Italiens , qui comptaient alors à Nuremberg de nombreux partisans.

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