‹ Albrecht DürerChapitre 28 sur 34 · DEUXIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME LETTRE

Cher Monsieur, je vous prie en grâce, ne soyez ni fâché ni en colère contre moi, et ne croyez pas que je veuille m’enhardir à vous faire la leçon, en vous manifestant le désir de faire des suppressions et des changements à votre préface. Je vais publier ce petit livre, et comme j’en dois compte au public, je sens vivement que dans la préface, si excellente qu’elle soit, je ne puis annoncer des choses dont je ne parle point dans l’ouvrage. Or, mon petit livre traitant exclusivement des proportions du corps humain, je vous prie de réserver tous les passages ayant rapport à la peinture pour l'opuscule que j’écrirai sur l’art de peindre. Je vous prie aussi de faire remarquer que ce petit livre des proportions, s’il est compris, peut rendre des services aux peintres, aux sculpteurs, aux orfèvres, aux fondeurs, aux potiers et à tous les faiseurs d’images. Je voudrais encore qu’il n’y fût point fait mention de jalousie, car je crains que ce travail ne me suscite beaucoup de railleurs et peu de jaloux. Quant aux proportions adoptées dans tout le cours de mon traité, je ne voudrais et ne saurais indiquer aucunes raisons, à l’appui de mes démonstrations, autres que mes propres exposés.

Au feuillet h commence la dédicace qu’il voulait faire de ce livre à

son ami :

15213. Ce 18 Nuremberg.

A l’honorable Wilibald Pirckheinief, bouseiller de S. M. l’Empereur Maximilien^ de glorieuse mémoire, et me?nbfe du conseil de la ville de Nuremberg.

Cher maître et ami,

Dans nos entretiens sur les beaux-arts, il m’est arrivé, entre autres choses, de vous demander s’il avait été fait des ouvrages sur les pt-oportions du corps humain. Vous m’avez appris qu’il y en avait eu autrefois, mais qu’il n’en existait plus chez nous. Là-dessus, je me suis mis à réfléchir et à chercher pour moi-même comment de pareilles études pouvaient ou devaient se faire. Tout ce que je trouvais et écrivais sur ces matières, je vous en donnais connaissance. Vous fûtes d’avis que je devais en faire part au public. Je craignais que mon travail ne fût trop mauvais, et je pensais que je ne le ferais pas impunément, surtout là où se trouveraient des livres anciens qui réduiraient mes opinions à néant; mais mon étude vous a semblé être supérieure à celles d’autres auteurs, et vous avez cru qu’il ne pouvait en résulter nul tort pour moi. Je n’ai pas voulu paraître me soustraire à vos demandes et à vos insistances réitérées; j’ai préféré obéir de bonne grâce à mon excellent maître, et ne point me donner même l’apparence d’ingratitude en vous faisant un semblable refus. Encouragé par vos discours et appuyé de votre patronage, je veux donc consacrer toutes mes forces à ce petit livre et vous le dédier comme à mon gracieux maître et excellent ami digne de grands éloges. Si je ne me suis point exprimé en des termes aussi élégants qu’il le faudrait, vous voudrez bien songer aux travaux qui ont pris tout mon temps et pour lesquels j’ai négligé l’art de bien dire. Veuillez donc, je vous en prie tout particulièrement, porter plus d’attention au fond qu’à la forme, et prier mes lecteurs de ne point me juger avant d’avoir achevé ce livre en entier et de l’avoir parfaitement compris, car je sais bien qu’il est plus facile de le critiquer que de faire mieux. Je me recommande donc à vous comme à mon gracieux patron, en vous priant d’agréer avec bonté cet hommage de son affectionné Albert Durer.

Au cinquième feuillet commence la préface, dans laquelle Albert Durer expose les motifs de cette publication avec une fermeté pleine de modestie qui prédispose en sa faveur, le fait aimer et respecter. On est heureux de voir quelle conscience il mettait dans ses études, et comment il était toujours prêt à en sacrifier les résultats devant les raisonnements sérieux des hommes compétents :

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