‹ Albrecht DürerChapitre 6 sur 34 · OEuvres de Pirkheimer, p · texte numérisé non relu

OEuvres de Pirkheimer, p

2. Ce précieux journal est possédé de nos jours par la famille Ebner, dont un des membres, Érasme Ebner, savant et poëte distingué, fut ami intime d’Albert Dürer, qui dessina ses armes sur le bois.

fort. A Cologne il vit son cousin Nicolas, dit le Hongrois et peu de jours après , le vendredi qui suit la Saint-Pierre , il arriva à Anvers. Albert Dürer descendit chez Jobst Plankfelt, et, le soir même de son arrivée, l’un des représentants de la riche maison des Fugger l’invita à souper. Le lendemain, son hôte le conduisit chez le bourgmestre qui habitait une « maison grande outre mesure et assez bien arrangée , ayant des chambres fort belles, des portes splendidement ornées et un vaste jardin. En somme, c’est une maison, dit-il, si précieuse, que je n’ai vu la pareille dans aucun des pays de l’Allemagne. »

Les peintres d’Anvers, fiers de recevoir un artiste de si grand renom, voulurent lui rendre des honneurs dignes de son mérite. Ils l’invitèrent , lui, sa femme et sa servante, à un dîner excellent servi dans de la vaisselle d’argent. Mais laissons parler Albert Dürer :

(( Leurs femmes aussi étaient toutes présentes, et, lorsqu’on me mena « à table, les spectateurs se dressèrent de chaque côté comme si l’on (( conduisait un grand seigneur. Il se trouvait parmi eux de hauts per- « sonnages qui me saluèrent de la manière la plus humble , et se mon- « trèrent très-bienveillants envers moi. Ils me dirent qu’ils voulaient tous « faire leur possible pour me plaire en tout ce que je voudrais. Et lorsque « je fus assis, un messager de MM. les conseillers d’Anvers arriva avec <( deux valets, et me fit cadeau, au nom des seigneurs d’Anvers, de quatre (( pots de vin, en me disant qu’ils voulaient m’honorer par là et me témoi- « gner leur bonne volonté. Je leur fis mes humbles remercîments , et je « leur offris mes services. Après , vint maître Pierre , le charpentier de la « ville, qui me fit cadeau de deux pots de vin, avec l’offre de son service. (( Après avoir été joyeusement attablés ensemble jusque fort avant dans la « nuit , ils nous reconduisirent avec des flambeaux d’une manière très- « honnête et polie, et me prièrent d’user de leur bonne volonté pour tout « ce qui me ferait plaisir, me promettant de m’aider en tout. »

Albert Dürer voulut remercier les peintres de leur accueil. Il visita, avec Jobst Plankfelt, Quintin Matsys, ainsi que les plus célèbres d’entre eux , ce qui lui fournit l’occasion de voir dans leurs ateliers les travaux qu’ils préparaient pour la réception du roi Charles-Quint , et de se lier d’une manière toute particulière avec Joachim Patenier, peintre de paysage, qui lui prêta son élève et ses couleurs. Érasme , l’illustre écrivain qui, plus tard, fut l’ami d’Holbein , vint le trouver et solliciter son amitié en lui faisant cadeau d’une mantille espagnole et de trois portraits d’hommes. Les fêtes de l’Assomption étaient arrivées, et Albert Dürer as-

1 . Il était fils de Laslen Dürer, faiseur de brides, frère du père d’Albert Dürer.

sista à la grande procession de l’église Notre-Dame, Cette scène, trois siècles plus tard, devait inspirer à un peintre d’Anvers, M. Leys, un chefd’œuvre dont nos lecteurs se rappellent .peut-être d’avoir vu la reproduction dans un de nos numéros précédents.

Albert Dürer avait la pensée d’aller à Bruxelles visiter madame Marguerite qui, comme son père l’empereur Maximilien, protégeait beaucoup les arts, et possédait l’un des cabinets les plus riches de ces temps. Pour s’assurer les bonnes grâces de la gouvernante des Pays-Bas, il fit remettre à maître Conrad, excellent graveur sur bois au service de madame Marguerite, un saint Jérôme dans sa cellule, un saint Antoine, une Mélancolie, ses trois dernières Yierges et une sainte "Véronique. Dans une petite excursion qu’il fit à Malines le 2 septembre, il l’invita à dîner et s’empressa, lors de son arrivée à Bruxelles, de faire son portrait au crayon.

Les monuments de Bruxelles , le jardin des animaux de cette ville, les tableaux de Boger van der Weyden, et surtout les merveilles rapportées du Mexique, firent son admiration. Aussitôt que madame Marguerite connut l’arrivée d’Albert Dürer à Bruxelles, elle s’empressa de l’envoyer chercher. Elle l’accueillit avec une grande bienveillance, et lui promit de le servir auprès du roi Charles. Albert, pour reconnaître sa bonté, lui fit présent de sa Passion sur cuivre, qu’il semble avoir cbérie entre tous ses ouvrages. Tout semblait sourire à Albert Dürer. Bernard van Orley, le peintre en nom de la cour, l’invita à dîner, et avec lui Jean Marini, le trésorier, Mateni, l’intendant du roi, Pusfladis, le trésorier d’État. Albert Dürer fit les portraits de la plupart de ces hommes importants et leur fit cadeau de sa Passion, qu’il offrait de préférence lorsqu’il voulait s’assurer la protection d’un personnage haut placé. Madame Marguerite le voyait toujours avec plaisir, et, chaque fois qu’il se rendait chez elle, il avait l’attention de lui apporter quelques-unes de ses pièces. 11 finit même, dans une de ces visites, par lui donner l’œuvre complet de ses gravures, ainsi que deux compositions si précieusement dessinées sur parchemin qu’il ne les estimait pas moins de trente florins.

Les grands seigneurs, les riches banquiers le fêtaient du mieux qu’ils pouvaient. Messeigneurs de Bruxelles , Bonisius , le riche négociant de Malines auprès duquel était Érasme, les représentants des Fugger, les facteurs portugais Tomasin et Roderigo, les sieurs de Rogendorf, étaient heureux de le recevoir. Les seigneurs de Nuremberg , Léonard Groland , Jean Ebner et Nicolas Haller, fiers de leur concitoyen, l’hébergeaient à Bruxelles et l’accompagnaient dans les excursions qu’il fit à Aix pour assister au couronnement du roi Charles, à Louvain, à Cologne, et partout ils payaient la dépense. Dans ces promenades, Albert Dürer emportait tou-

Dessin de l'Album de voyage d'Albert Durer, de

jours avec lui un album sur lequel il dessinait les personnages et les objets qui lui paraissaient intéressants. C’est sur l’un des feuillets de ce précieu.x album ' qu’il exécuta le portrait de Gaspar Sturm, âgé de quarantecinq ans, que nous faisons reproduire ici, grâce à l’obligeance de M. Frédéric Reiset, qui a bien voulu le détacher de sa précieuse collection. Cette tête montre avec quelle conscience Albert Durer dessinait pour lui-même, n’omettant aucun des détails qui peuvent personnifier un individu. Au verso de ce dessin, fait à la mine d’argent, est esquissée une vue de la maison de ville d’Aix-la-Chapelle.

Ce fut pendant les quelques jours passés à Cologne, qu’il reçut, des seigneurs de Nuremberg, la confirmation de la pension de cent florins que lui continuait le roi Charles, successeur de l’empereur Maximilien, qui la lui avait accordée.

Albert Durer quitta Cologne en bateau descendit le Rhin jusqu’à Till, où il prit la Meuse pour retourner à Anvers. Il profita de son nouveau séjour en cette ville pour visiter la Néerlande, «pays charmant et bizarre, à cause de l’eau qui est toujours au-dessus du niveau de la mer. » Pendant ce voyage, il faillit lui arriver un funeste accident avant d’aborder à Armuyd. « Dans le moment où nous touchions le rivage et qu’on y « jetait le câble, un grand vaisseau paraissait se diriger sur nous avec « rapidité. Dans la crainte du danger, les passagers se hâtèrent de des- « cendre du bateau. Je laissai passer tout le monde avant moi, et j’y res- « tai seul avec Georges Kolzler-, deux vieilles femmes, le batelier et un « petit garçon. Mais l’autre vaisseau venait toujours avec plus de force, et « il fut impossible de l’éviter. Notre câble, quoique fort, se rompit, et un « grand coup de vent qui s’éleva dans ce moment nous poussa rapide- « ment en pleine mer. Nous criâmes au secours, mais personne n’osa se « hasarder, et le vent continuait à nous pousser au large. L’homme du « bateau s’arrachait les cheveux de désespoir. Tous les marins étaient « sortis ; nous n’étions que six personnes dans la barque, qui n’était plus « assez chargée, et nous commençâmes à craindre pour notre vie. Cepen- « dant, je dis au patron de prendre courage, d’espérer en Dieu, et d’^avi- « ser à ce qu’il y avait à faire. 11 nous dit que si nous parvenions à hisser « la petite voile, nous pourrions essayer ensuite de regagner la côte. Nous (( lui aidâmes avec beaucoup de peine à hisser la voile à moitié, et nous « approchâmes du port. Lorsque ceux qui étaient à terre virent les efforts

Un grand nombre de ces dessins, recueillis par M. Nagler, se trouvent actuellement au musée de Berlin. Beaucoup d’autres se voient dans la bibliothèque de Bamberg.

2. Peut-être Georges Kœtzel, qui, en 1409, éleva à Nuremberg une chapelle sur le modèle de celle du Saint-Sépulcre.

« que nous faisions pour aborder, ils vinrent à notre secours, et nous (( débarquâmes enfin. »

A son retour à Anvers, il se vit accrTeilli par les artistes avec la même bienveillance que par le passé. Les orfèvres l’invitèrent, lui et sa femme, au carnaval des maîtres ; ils lui offrirent un repas exquis, pendant lequel il lui fut fait, dit-il, « beaucoup trop d’honneur.»

Le lundi après Pâques, il se rendit à Bruges en voiture, avec Hans Luber et maître Jean Ploos, bon peintre de cette ville qui l’hébergea. Les artistes, les orfèvres et les négociants tinrent à lui manifester l’estime qu’ils avaient pour son talent. Chaque jour voyait recommencer l’un de ces festins homériques dans lesquels coulaient à grands flots les vins les plus renommés; et, le soir, la société tout entière le reconduisait chez lui à la lueur des flambeaux.

A Gand, Albert Durer ne fut point reçu d’une manière moins brillante. Le doyen des peintres, avec les plus distingués d’entre eux , vint lui rendre visite, et l’accueillit « comme un grand artiste. » Ils l’accompagnèrent tous ensemble pour lui montrer les merveilles de leur ville, et, entre autres choses, le célèbre tableau de l’Adoration de l’Agneau, que les frères Van Eyck avaient exécuté pour Philippe le Bon ; le duc de Bourgogne s’y trouve en effet représenté à cheval. « C’est un ouvrage admirable, dit Albert Dürer, qui montre un grand génie, particulièrement dans les figures d’Eve, de Marie et de Dieu le père. »

Revenu à Anvers, Albert Dürer souffrit d’un mal dont il avait senti les premières atteintes en Zélande ; mais, bientôt remis, il assista à la noce de maître Joachim Patenier, devenu son ami, qui lui en fit tous les honneurs.

Jusqu’alors Albert Dürer était toujours le grand artiste que les seigneurs et les riches marchands s’enorgueillissaient de recevoir. Ses notes montrent combien il était sensible à toutes ces marques d’estime, et combien il aimait ces réceptions dont il était le héros. Mais tout allait bientôt changer. La réforme proclamée par Luther divisait l’Europe, et nul homme ne pouvait rester indifférent à ce qui se passait. Albert Dürer prit parti pour les idées nouvelles, et lorsque le faux bruit de l’arrestation de Luther se répandit à Anvers, il éclata en reproches contre ceux qui avaient « trahi vendu l’homme pieux, éclairé par le Saint-Esprit, qui était « parmi nous le représentant de la véritable foi chrétienne. Vit-il encore, (( ou font-ils assassiné? Je ne le sais pas.

(( Mais ce que je sais, c’est qu’il aura souffert pour la vérité, parce qu’il

t. Frédéric le Sage, qui l’avait fait élever, était parvenu à le faire enlever, et lui avait donné ?on château de Wartbourg pour refuge.

a a essayé de punir le papisme antichrétien , qui conspire de tout son (( pouvoir contre l’affranchissement promis par le Christ »

Après de longues imprécations contre le pape, les prêtres et les moines qui « ont versé le sang innocertt, » et de grandes louanges données à Luther, il s’écrie : « O Érasme de Rotterdam! où veux-tu aller? Vois ce (( que fait l’injuste et aveugle tyrannie des puissants du monde ! Écoute, « chevalier du Christ ; montre-toi à cheval à côté du seigneur XPE. Mal- (( gré ta vieillesse et la faiblesse de ton corps, conquiers la couronne du (( martyr! »

Érasme ne répondit point à cet appel trop véhément, et ne crut pas devoir manifester des sèntiments aussi violents. Leur amitié s’en refroidit, et Albert Dürer, qui avait commencé à graver le portrait d’Érasme, cessa d’y travailler. Ce ne fut que plusieurs années après, et sur la demande de Pirkbeimer, à qui Érasme écrivit plusieurs fois à ce sujet, dans les années 152Zi et 1525, qu’il l’acheva. Mais il l’avait terminé de mémoire, Érasme n’en fut pas fort satisfait, ainsi que nous l’apprend un passage d’une de ses lettres.

Albert Dürer, apprenant que l’archiduchesse était à Malines, se rendit en cette ville, avec l’espoir qu’il serait reçu d’elle comme par le passé. Mais ses idées religieuses trop hautement exprimées, et, peut-être bien , commentées par quelques malveillants, avaient changé les dispositions de la catholique Marguerite. 11 crut être agréable à cette princesse et apaiser son mécontentement en lui montrant le portrait de l’empereur, qu’il avait fait à son intention ; mais, s’apercevant que ce don lui était désagréable, il le remporta. Cependant madame Marguerite ne put résister au plaisir de voir sa riche collection admirée par un tel artiste : elle lui montra avec complaisance tout ce qu’elle possédait, et, entre autres choses, ses peintures de Jean Van Eyck et de Jacob Walchs ', ainsi que sa superbe bibliothèque. Mais Albert Dürer ne s’étant point contenté d’admirer, et lui ayant demandé un livre illustré par. Jacob Cornelisz, pour s’en servir, elle lui répondit sèchement qu’elle l’avait promis à son peintre Bernard Van Orley. Albert Dürer comprit qu’il avait déplu et qu’il n’avait désormais aucune faveur à attendre de madame Marguerite; aussi s’empressa-t-il de quitter Malines le lendemain même de cette visite, pour retourner à Anvers, où il comptait encore quelques amis.

Lucas de Leyde, âgé de vingt-six ans seulement, mais déjà célèbre par de remarquables compositions gravées et peintes, était alors à Anvers. Il vint visiter Albert Dürer, qui, en le voyant, le serra dans ses bras. Ils

1. Nous espérons bientôt éclaircir la biographie de cet artiste, sur lequel nous possédons de précieux documents.

firent leurs portraits sur un même panneau, dit Karel Van Mander, pour montrer par là combien ils s’estimaient mutuellement. Albert admirait fort les œuvres de son jeune émule, et il échangea, à quelques jours de là, pour huit florins d’objets d’art contre une impression entière des estampes de Lucas de Leyde.

La disgrâce d’Albert Dürer fut bientôt connue à Anvers, et dès lors ce grand artiste ne trouva plus, même en cette ville, des amis aussi empressés qu’ autrefois. Dans ses notes, Albert Dürer ne parle plus désormais de réceptions flatteuses ou de fêtes brillantes; aussi les mots amers reviennent-ils sans cesse au bout de sa plume. Il se plaint de toutes les classes de la société, « qui lui ont fait subir des dommages dans tout ce qu’il avait entrepris : dépenses, ventes et autres actions. » Il se plaint surtout de madame Marguerite, dont il ne reçut jamais rien pour tout ce qu’il lui avait fait ou donné. Ce portrait du roi Charles, qu’il avait peint pour elle, il l’échangea contre une toile d’Angleterre, au gendre de Tomasin, qui était resté fidèle à son amitié.

Albert Dürer mécontent se prépara à quitter les Pays-Bas. Déjà il avait expédié plusieurs caisses d’objets d’art, qu’il comptait vendre à Nuremberg ; Alexandre Imhof, riche orfèvre, lui prêta 100 florins d’or, pour payer toutes ces acquisitions, et Albert Dürer engagea sa signature, qui devait lui être rendue à Nuremberg contre remboursement, avec intérêts. Il s’apprêtait à partir lui-même, lorsqu’ arriva à Anvers le roi de Danemark, Christian IL Ce prince ayant appris qu’ Albert Dürer était encore à Anvers, l’envoya aussitôt chercher pour lui commander son portrait. Il le reçut avec bienveillance et le retint à dîner. Albert Dürer crut alors que la fortune lui revenait, et que, sous le patronage de ce prince, il allait revoir les beaux jours d’autrefois. Il changea ses projets, et, au lieu de se rendre à^Cologne,il accompagna le roi à Bruxelles. Christian II l’invita à un festin auquel assistèrent l’empereur, madame Marguerite et la reine d’Espagne. Malgré la protection que lui accordait Christian II, aucun de ces grands personnages ne lui adressa la parole, et Albert Dürer comprit ce que signifiait ce silence. Il ne resta à Bruxelles que juste le temps nécessaire pour trouver une voiture, et deux jours ne s’étaient point écoulés, qu’il partit pour Nuremberg, l’âme triste et découragée.

Peu après leur arrivée en cette ville, Hans Frey, beau-père d’Albert Dürer, s’éteignit le 29 septembre, et deux ans plus tard sa belle-mère mourut aussi. Ces pertes successives laissaient Albert Dürer seul avec son épouse, dont le caractère devenait chaque jour plus acariâtre et plus querelleur. Toujours tourmentée du besoin d’acquérir, elle allait partout criant misère et contraignant durement son mari à se livrer à un travail

trop assidu pour augmenter une fortune dont elle n’avait nul besoin Elle lui interdisait toute distraction, ne lui permettait point de voir ses plus intimes amis, haïssant tous ceux qui portaient de l’amitié à son mari. Albert Dürer, chagrin de la vie qui lui était imposée, accablé par un travail trop soutenu, et trop faible pour secouer le joug de cette mégère, allait s’affaiblissant de jour en jour. Enfin il mourut le 6 avril 1528, ne laissant point d’enfants , après avoir vécu l’espace de cinquante-huit années en honnête homme, « sans qu’il y ait rien à craindre pour son salut 2, »

. Cette mort affecta douloureusement les nombreux amis d’Albert Dürer. Érasme, qui l’avait connu dans l’intimité, écrivit sur ce triste événement quelques paroles sèches pleines d’un faux stoïcisme : Quid attinet Dureri mortem deplorare, quum simiis morlales omnes? EpiUtphium illi paraium est in libello meo. {A quoi bon pleurer la mort d’ Albert Dürer, puisque nous sommes tous mortels? Je lui ai fait une ép>itap>he dans mon petit livre.) Ses autres amis ressentirent plus vivement que le philosophe cette perte. Les lettres de Pirkheimer à Ulrich Hutten, de George Hartmans à Buchler, les écrits de Camerarius, sont empreints des regrets les plus vifs. Pirkheimer composa diverses élégies, dans lesquelles il a exprimé éloquemment la douleur qu’il éprouva à la nouvelle de cette mort subite, qui ne lui permit point « d’arriver à temps pour soutenir la tête défaillante de celui qui depuis tant d’années était le dépositaire de ses plus secrètes pensées, de lui serrer les mains, ni de lui adresser les derniers adieux®. »

Albert Dürer fut enterré en grande pompe dans le cimetière Saint- Jean, où repose la haute bourgeoisie de Nuremberg, Le convoi suivit la Via Dolorosa, ornée des sculptures de Krafft, et s’arrêta non loin du Calvaire, exécuté par ce même artiste, devant la pierre tombale marquée du numéro 649, qui devait couvrir les restes du plus grand peintre allemand. Pirkheimer fit graver sur une plaque d’airain l’épitaphe suivante :

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