UNE CHASSE À LA PERDRIX
Les grands chasseurs sont insatiables ; à DuChaillu il fallait des gorillas ; à Jules Gérard, des lions de l'Arabie. Les trappeurs de la Baie Saint-Paul leur ressemblent : ce sont de vrais DuChaillu, des Jules Gérard en herbe. Ils aiment la grande vènerie. Nous les considérons, à tout prendre, comme les Alexandre de l'espèce. Le roi des trappeurs de la côte de Beaupré est Olivier Cauchon. Jean Doré en a fait son type ; il emploie sa jeunesse à trapper des aigles. Nous ne serions pas du tout surpris d'apprendre son départ prochain pour les montagnes rocheuses, en quête d'ours bruns ou de panthères. Un seul aigle ne suffisait pas à J. Doré. Deux jours après la première capture, l'aigle femelle était prise. Puis le couple superbe entrait avec pompe au hâvre du palais, à bord de la goëlette du Capt. Boily. Ces deux beaux aigles sont maintenant la propriété de l’auteur des «Oiseaux du Canada» qui va pouvoir se renseigner à loisir sur leurs mœurs et leur physique, et peut-être trouver moyen de rectifier, par ses propres observations, les romans que les naturalistes du vieux monde ont écrits avec tant d’aplomb sur les aigles vivants, sans en avoir
jamais vus que dans les musées, et empaillés.» Votre 4mi ACTÉON.
J'ai donc pu observer ces oiseaux à toute heure du jour. Ce qui souvent m'a frappé, c’est la patience inaltérable, l'excellent tempéra. ment de mes deux prisonniers. J’ai pu m'assurer, par les expériences faites, qu'ils souffraient peu de la faim, si je remettais au lendemain de leur donner leur nourriture. Leur appétit, leur digestion, leur gaieté calme, ne les abandonnaiïent jamais. Au printemps, ils émettaient assez souvent une note plaintive. J'ai cru que c'était un couple ; mais ils n’ont jamais pondu, ni montré de désir de couver. Exposés au froid pendant un hiver assez rigoureux, ils n’ont jamais semblé souffrir.
Puisse maintenant le royal couple—-ornement prisé d’un beau parc anglais—couler de longues et prospères années sur les rives de la Thamise, sans perdre souvenance, des rives verdoyantes du St. Laurent, qui les ont vus naître.
Une chasse à la Perdrix.
Mon journal de chasse me fournit l'extrait suivant :
«Je compterai toujours parmi mes chasses, sinon les plus fructueuses, du moins les plus agréables, une excursion que je fis avec un mien ami, une fraîche matinée de septembre dans les éra-