DE QUÉBEC AU CAP ROUGE
Québec.— Le Général Prescott.—Du Calvet.—Melle, Prentice.—Lora Nelson.— Louis de Buade— La Terrasse Durham.— Le Prince Edouard.— Madame de St. Laurent.—Richard Montgomery.— Le Clan des Frasers.—Le fondateur de Sillery.—M. de Puiseau.
Il serait assez curieux de placer en regard les appréciations diverses que lesite de Québec et ses environs ont fait naître chez les voyageurs et les touristes, tant anciens que modernes.
Comme cet examen me mènerait trop loin, je passerai sous silence la description de La Potherie, de La Hontan, Le Beau, Du Creux, le Professeur Suédois Pierre Kalm, Knox, Silliman, Ampère, Anthony Trollope, Sala, Russell, pour m'’arrêter un instant au
tableau animé qu’un écrivain distingué, Xavier Marmier, en a tracé.
Peu de villes, dit M. Marmier,! offrent à l'observateur autant de “contrastes étr..nges que Québec, ville de guerre et de commerce “perchée sur un roc comme un nid d’aigle, et sillonnant l’océan, “avec ses navires, ville du continent Américain, peuplée par une ‘ colonie française, régie par le gouvernement anglais, gardée par & des régiments d'Ecosse,’ ville du moyen-âge par quelques-unes de “nos anciennesinstitutions, etsoumise aux modernes combinaisons “du système représentatif ; ville d'Europe par sa civilisation, ses ‘Chabitudes de luxe, et touchant aux derniers restes des populations “sauvages et aux montagnes désertes ; ville située à peu près à la même latitude que Paris, et réunissant le climat ardent des con-
1 Lettres sur l'Amérique, par X. Marmier, 2 Vols. in-12, Paris, 1860, ?. Les Highlanders.
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‘“trées méridionales aux rigueurs d'un hiver hyperboréen, ville “catholique et protestante où l’œuvre de nos missions se perpétue à “ côté des fondations des sociétés bibliques ; où les Jésuites bannis de “notre pays trouvent un refuge assuré sous l'égide du puritanisme “ britannique.” Parlons de ce qui existe au-delà des murs.
Dans le cours de mes excursions en dehors de Québec, ! que d'objets intéressants au point de vue de l’histoire n'’ai-je pas rencontrés ! que d’éloquentes ruines, que de monuments encore vivaces, parlant de la lutte acharnée qui marqua l'établissement de la suprématie anglaise dans le nouveau-monde ! Ruines, combats, monuments, qui nous en redha l’histoire intime, les émouvantes péripéties, la mélancolique décadence ?— Les sociétés d’antiquaires, sans doute, —car le grave historien a assez à faire à retracer l’histoire générale des peuples. L'antiquaire, me dites-vous, et où donc ira-t-il chercher quelques-uns de ses jets lumineux ? sinon dans les impressions recueillies à la volée par des touristes, des voyageurs, des désæuvrés que le hasard seul souvent conduit.
Pour nous, Canadiens-Français, Québec est bien réellement la ville aux antiques souvenirs : les temples, les maisons, les fondations religieuses, les lycées, les rues, jusqu'aux places publiques, tout à un arôme de vétusté, tout parle à l'imagination. C’est ce qui me frappait, récemment, en partant pour un voyage de Québec, à Deschambault, et passant par la rue Saint-Louis. En quittant la massive porte de la Basse-Ville, qui a emprunté au général Prescott: son nom, l'œil contemple l’ancien hôte! des Francs maçons, maintenant le bureau des Postes; le couronnement du portique où brille en or ‘le chien qui ronge l’ô,” rappelle l'épisode tragique de Philibert, mentionnée au Journal de Knox, en 1759, et les mémoires du temps fournissent une chronique assez curieuse des faits et gestes de Miles Prentice, Le prévôt d'armes qui arrêta DuCalvet et le mit sous l’écrou des Pères Récollets. Miles Prentice était Franc-maçon en titres et sergent sous Wolfe ; la tradition fait mention des romantiques amours de sa fille ou nièce, la belle Francis Prentice avec le futur amiral Nelson, * en 1782,
1 Notre collaborateur, promu récemment au grade de surintendant d’accise pour la Province de Québec, est nécessairement obligé de voyager beaucoup. {Nole du Gérant.)
2 Robert Prescott naquit en Angleterre en 1725, et prit du service, en 1775, avec son frère le Général Prescott, dans la guerre de l'indépendance américaine: il fit voile pour les Barbades en 1793 et débarqua avec des troupes à la Martinique en 1794; le Général Robert Prescott vint en Canada le 18 juin 1796 pour remplacer Lord Dorchester, il s'y occupa à rerforcer les fortifications de la ville, retourna en Angleterre, où il mourut, en 1815.
3 Lord Nelson et Mlle. Prentice, Revue Canadienne pour 1868.
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alors commandant du brick de guerre l’Albemarle et décidé à renoncer à tout pour unir sa destinée à celle de cette ravissante québecquoise. Puis, allez contempler en dedans de la cour de la cathédrale catholique, fondée en 1646, les derniers restes de maçonnerie, le mur de fondation qui vient de servir à l'abbé Laverdière pour fixer le site de la chapelle de Notre-Dame-de-la-Recouvrance, bâtie en 1632. En remontant la rue Buade, qui a emprunté son nom à Louis de Buade, Comte de Frontenac et de Pulluau, Chevalier de St. Louis, Gouverneur de la Nouvelle-France, votre regard embrassera bientôt le vieil Union Hotel, où les négociants 1ès plus huppés de Québec, en 1808, donnaient leurs diners de cérémonie aux membres de ce fameux club appellé le Club des Barons. Plus tard, M. Payne loua ce grand bâtiment pour en faire une vaste hôtellerie, l'Hôtel St. George, et, finalement, après mille et une vicissitudes, comme l’a si bien dit notre jeune ami M. A. De Celles, le tout sera transformé en une imprimerie où se publie le Journal de Québec ; nous voilà à la Terrasse Durham. Ecoutons un de nos spirituels causeurs expliquer ce que c’est que la Terrasse Durham, vulgù la Plateforme, ! “La Plateforme,” dit-il, est le rendezvous habituel des flâneurs. C’est là que les gens vont s'ouvrir l'appétit et digérer les bons diners. A toute heure de la journée, il y a quelqu'un, un oisif qui se chauffe au soleil ou un penseur qui rafraichit son front brûlant. On s’y rencontre le matin, on s’y retrouve le soir: les conversations s’ajournent de jour en jour, on reprend le lendemain le fil du dialogue interrompu la veille. Vous ne connaissez pas l'adresse d’un avocat, employé, médecin ou journaliste à qui vous avez affaire, et vous dédaignez de demander au Directory un vil renseignement: allez sur la Plate. forme, tôt ou tard il y viendra.
Les avocats, dossier sous le bras, cravate blanche au vent, y font une courte et imposante apparition avant l'ouverture de la cour ; les médecins y envoient les convalescents, guérison garantie, et les maris leurs femmes quand elles s’ennuient, guérison également garantie ; les employés y oublient l'heure du bureau, enfin les journalistes s’y félicitent de leurs articles, préparent en commun la polémique qui doit passionner leurs adhérens respectifs, s’entre aident fraternellement ou se fournissent des armes les uns contre les autres. C'est aussi sur la Plateforme que les veuves de trente ans retrouvent des maris, n’ont pas ceux qu’elles ont perdus, d’autres, de meilleurs!
La vue de la Plateforme est incomparable. Le spectacle est si
1 Causerie sur Québec, par H. Fabre. Revue Canadienne, juillet 1867.
beau, que je lui rendrai l'hommage discret de ne point le décrire, après tant d’autres qui n’ont pas réussi à le bien rendre. Au matin d’un beau jour, on se croirait à Naples, avant la venue de Garibaldi. Qui que vous soyez, amant de la nature ou secrétaire d’un bureau de commerce, vous ne vous lasserez jamais de contempler ce vaste horizon, de respirer ce grand air, non-seulement vous vous porterez mieux à cause de l'exercice, mais encore vous sentirez la douce et puissante influence de la nature sur le cœur, sur l'esprit; vous sentirez vosidées s’agrandir, vos sentiments s’élargir, un rayon dorer vos chiffres, et peu à peu vous glisserez sur la pente de la poésie, mais d'avance promettez moi de ne point rouler jusqu'aux alexandrins.
‘ Un soir d'été, lorsque la Plateforme est couverte de flâneurs, que Lévis se parsème de lumière, que la Base-Ville illumine ses rues étroites, ses longueslucarnes, et laisse monter la vive rumeur que fait le mouvement des affaires, que l’on distingue sur les eaux les grandes ombres des navires qui louvoient dans le port: la scène est d’une animation merveilleuse. C’est alors surtout qu’on est frappé de la ressemblance entre Québec et les villes européennes ; on dirait une ville de France ou d'Italie transplantée ; la physionomie est la mème, et il faut que le jour revienne pour que l’on remarque l’altération de trait produite par le passage en Amérique. Le vieil escalier de la rue Lamontagne, bordé de magasins ou le jour ne pénètre jamais, de boutiques que l’on ne saurait peindre est un monument qui ne serait pas déplacé à Venise ou à-Madrid.”
Près de la terrasse Durham, voilà bien, me disais-je, tout ce qui nous reste du fastueux château Saint-Louis, d’où le sombre et hautain comte de Frontenac répondait à l'amiral Phips, en 1690, ‘‘ par la bouche de ses canons: ” époque glorieuse s’il en fût pour la Nouvelle-France, et où le vieux noble de Louis XIV, jadis l'amant préféré, selon un malin refrain,' de madame de Montespan, quand elle n’était encore que Mlle de Mortemart, se consolait dans le nouveau-monde de ses chagrins domestiques, de l'absence de son orgueilleuse comtesse, la merveilleusement belle, la divine, ? Anne de la Grange-Triannon, l’amie de Madame de Sevigné, en proclamant aux Anglais de la Nouvelle-Angleterre et aux Hollandais de Manhatte:la gloire et la majesté du grand monarque, son maître. Voilà tout ce qui reste de l'historique château détruit
1 Voir es Mémoires de La Duehesse d'Orléans et les Mémoires de St. Simon.
2 On trouve dans la Revue Canadienne, février 1867, un article remarquable sur ‘les Seigneurs de Frontenac, ” écrit par M. Alfred Garneau, d'Ottawa. Le comte de Frontenac, mort en 1668, fut enterré chez les Récollets, c’est-à-dire près de la Place d'Armes. Antiquaires, cherchez |
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NOTES DK VOYAGE. 5
par l'incendie en janvier 1834: une aile ajoutée à l’ancienne structure par le Général anglais Haldimand vers 1789; quelques pas à l’ouest se dessine fort modestement, disons le, le palais de justice, qui date de 1804; par derrière on voit la cathédrale anglicane, érigée vers le même temps sur le site où le couvent des Récollets brûlait en 1796, comme nous l'a si délicieusement narré notre vieil ami, M. De Gaspé ; à quelques pas vers la citadelle se voit, dans le jardin du fort, le beau monument élevé à Wolfe et Montcalm en 1827, par le Comte de Dalhousie, à la restauration duquel il nous fut donné, en octobre dernier, de prendre part à la suite de Sir N. F. Belleau, son premier ministre, l'Hon. P. J. O. Chauveau et autres.
Abordons au Kent House, ou Sa Grâce Edouard, duc de Kent, père de notre auguste souveraine, et en 1791, jovial colonel du 7e de ligne, âgé de vingt-cinq ans, donnait ses petits diners aux Hale, aux Salaberry, aux Caldwell, aux Lymburner, sans oublier un certain gaillard abbé, le Père Félix de Berrey, célèbre pour son esprit caustique, son indépendance de caractère, tandis que la belle Julie de St. Laurent, baronne de Fortisson, faisait les hon neurs de la maison du Prince. En 1818, vous trouverez la veuve du Col. Fortisson totalement désabusée des grandeurs de ce monde voir même des charmes d’une alliance ! morganatique avec un prince du sang, aller redemander à la solitude du cloître l'oubli du passé. ?
Me voici, comme dirait un marin, en pleine mer, par le travers de la maison, maintenant, aux sombres corridors où résidait, à la fin du siècle dernier, l'honorable juge Monck; maintenant, comme en 1760, une caserne d'officiers : les mémoires du temps mentionnent une anxieuse matinée que le Commandant de Québec,le général Murray,y passa le 9 mai 1760, interrogeantsesofficierssur l’apparence d’un vaisseau de guerre qui doublait la Pointe-Lévis, le Lowestoffe, tandis que Lévis, ses canons braqués sur les buttes à Nepveu, menaçait la ville; en effet, était-ce une frégate anglaise ou française ? des amis ou des ennemis? le salut ou la perteirré. vocable d’une garnison affamée et au désespoir ?
1 Deux statuts impériaux réglaient les alliances des Princes du sang en Angleterre ; l'acte de Charles I créait félonie tout mariage d’un Prince du sang avec une sujette anglaise catholique, etc., l’autre, le Royal marriage settlement act de Geo, IIT. fut passé pour annuler le mariage du Duc de Sussex avec Lady Augusta
Murray, et déclarer illégitime, son fils, le Col. D'Este, etc., et punissait d’une manière exemplaire le ministre qui célébrait le mariage.
2 En Septembre 1819, le major général de Roitenberg, père du Général écrivait au héros de Chateauguay que Madame de St. Laurent s'était retirée en un couvent en France. Voir la Correspondance du Prince avec la famille De Salaberry.
Tiens, me voilà déjà devant la modeste, extrêmement modeste demeure, en 1775, du tonnelier Gobert, (n. 42), rue Saint-Louis, où l’on transportait, le 4 janvier 1776, la dépouille glacée de ce pauvre général Richard Montgomery, lequel, comme officier du 17e régiment prenait, dix-sept ans auparavant, part à la conquête du pays.
En 1759, c'était un loyal officier britannique ; des passe-droits. l'ont fait quitter l'uniforme écarlate de George III, qui n’assure pas toujours la promotion au mérite, pour aller s'établir près de New-York, où il épousera la tendre Janet Livingstone, fille du Juge Livingstone et recevra le grade de Général de brigade lorsque la révolution américaine éclatera. En 1818, sa patrie adoptive lui décernera de magnifiques funérailles et la translation de ses restes se fera avec pompe de Québec au cimetière de St. Paul’s Church, New-York, où un superbe mausolée marque l'endroit où repose le malencontreux général, mort à l’âge de 43 ans.
A quelques mètresde la maison de Gobert, désignée aux curieux par l'inscription que le nouveau propriétaire, M. L. G. Baillargé, avocat, y a faitapposer, s'élève l'Hôtel-de-Ville de Québec, sur le site même,dit-on, où était, en 1759, la résidence du chirurgien Arnoux, pére, là où Montcalm, debout, rendait le dernier soupir. Descendez dans les rues Saint-Jean, La Fabrique, et que d'épisodes historiques, les magasins, les résidences ne fourniront-ils pas? L'hôtel de M. Laforce, avec ses voûtes massives, rue du Palais, n’est-ce pas l’ancienne demeure de Deschenaux, l'ami, le complice du trop fameux Bigot; voisin de la maison du Dr. Painchaud, on voit le lot de terre acheté, vers 1759, par un des officiers des Highlanders, M. Thos. Ross; la maison dessus construite, depuis plus de cent ans, appartient à la famille Ross. . En tournant le coin du magasin de M. Côté, rue du Palais, l'œil cherche en vain l'antique statue du général Wolfe sculpté en 1771, par les frères Chorêt d’après la commande qui leur en avait été faite par M. James Thompson, ancien sergent au 78e (Montagnards).
Faites le tour par les remparts et vous découvrez l’ancienne résidence du général Montcalm, rebâtie à la moderne et maintenant possédée par M. R. H. Wurtele, courtier ; dans la rue La Fabrique, là où est le magasin de MM. Blouin et Fisher, selliers, pensionnait, en 1810, l'héroïque général Brock, illustré par Queenston, autantqueson contemporain De Salaberry,' par Chateauguay.
1 L’extrait de baptême du plus jeune fils du Col. de Salaberry, baptisé le 2 Juillet 1792, à Beauport, donne le nom de Madame de St. Laurent comme suit: ‘“ Alphonsine Thérèse Bernardine Julie de Montgenet de St. Laurent, Baronne de Fortisson.” Feu M. de Fortisson parait avoir été colonel dans l’armée Française.
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baptisé le 2 omme suit :
Baronne de rançaise.
La Basse-Ville donc, que de souvenirs historique n’éveille-t-elle pas ?
Groupées autour de l'antique église de Notre-Dame-des-Victoires qui rappelle 1690 et 1711, l'on peut noter des vieilles voûtes françaises, sous les magasins de MM. Poston, Ed. LeMesurier, etc., dans les rues St. Pierre et Notre-Dame ; c’est sans doute à ces voutes, ou du moins, à cette localité, que M. Jean Claude Panet fait allusion dans son journal du siége, le 8 août 1759. Rien de plus sombre, de plus curieux que ces vastes souterrains éclairés au gaz!
‘“ Le même jour, dit-il, fut fatal pour moi et pour bien d’autres. Les anglais qui n'avaient cessé de canonner et bombarder depuis le 12 juillet, firent, lorsque vint le soir, un nouvel effort ; ils jetèrent des pots à feu sur la basse-ville, dont trois tombèrent, un sur Ma maison, un sur une des maisons de la place du marché et un dans la rue Champlain. Le feu prit à la fois dans trois endroits. En vain voulut-on couper le feu et l’éteindre chez moi, il ventait un petit Nord-Est, et bientôt la basse-ville ne fut plus qu'un brasier; depuis ma maison, celle de M. Désery, celle de Maillou, rue du Sault au Matelot, toute la basse-ville et tout.le Culde-Sac jusqu’à la maison du sieur Voyer, qui en a été exempte, et enfin jusqu’à la maison du sieur de Voisy, tout a été consumé par les flammes.
Il y a eu 7 voutes qui ont crevées ou brûlées, celle de M Perreault le jeune (faisant face au bureau du Canadien), celle de M. Tachet (sur le quai Napoléon), de M. Turpin, de M. Benjamin de la Mordic, Jehaume, Maranda. Jugez de la consternation. Il y a eu 167 maisons de brûlées. ”
On sait que l'habitation de Champlain était contiguë au terrain de Notre-Dame-Des- Victoires et sous l'escalier, côte La Montagne, qui conduit à la rue Champlain ; MM. les abbés Laverdière et Casgrain assurent avoir retrouvé la voûte où il fut enterré.
La seconde barrière où les annex'onistes de 1775, Arnold en tête, tentèrent d’escalader, a dû être placée en face du lot où est maintenant bâti le bureau des Mesureurs de bois, et la première, en ligne avec le bureau de M. W. D. Campbell, N. P., et la rus Sault-au-Matelot par derrière.
Franchissons la porte St. Louis. Quand nousseronssur les buttes à Nepveu, en face de l'asile Champétre, nous pourrons, mais bien indistinctement, saisir de l’œil la cime de ces superbes fortifications de Lévis, où les £5,000,000 sterlg. de la métropole sont engouffrés : trois forts en maçonnerie, des demi lunes, avec un mille d'espace entre
chaque : le tout recouverten terre avec vastes câsemates, meurtrières, glacis, caponiers, surmontés en temps de guerre de l'ingénieux canon Moncrief, lequel canon n’est exposé au feu de l'ennemi que le moment où il se décharge, car l'instant suivant, il redescend plusieurs pieds plus bas que les murs des forts. Ombres de Vauban, de Jomini, cachez-vous! le Col. Jervois, du Génie, a donnéle plan des fortifications à Lévis et à Québec, lesquelles sont pour le nouveau monde comme celle de Cherbourg pour l’ancien, une merveille de science, Pour rendre notre Gibraltar inexpugnable à l'artillerie mo derne, comme elle l'était à l'artillerie ancienne, ilne manquait que trois forts en maçonnerie et recouverts en terre [earth works] dont l'un à Marchmont, grande allée, pour dominer et détruire à vo lonté, la façade et l’intérieur du fort est, sur les hauteurs de Lévis, un second, sur les propriétés de MM. Boswell et Campbell, grande allée pour enfiler le ravin du ruisseau St. Denis, les chemins St. Louis, Gomin et Ste. Foy, et un troisième sur les hauteurs de Ste- Foye, pour dominer la vallée du St. Charles, Charlesbourg, Beauport. Avec ces trois forts, qui sont le complément des trois érigés à Lévis, Québec deviendra une des premières forteresses du monde, et la vraie clef du St. Laurent.
Nous voilà aux plaines d'Abraham ; ! voyez devant vous le monument bâti sur l'endroit où expira le glorieux rival de Montcalm. A ce puits en face, l'on puisa l’eau pour rafraîchir les lèvres brûlantes de Wolfe mourant. Avancez quelques arpents vous atteindrez Wolfefield, la villa de Mr. Price ; à l’est, vous découvrez à fleur de terre les fondations du corps de garde, d’où retraita, le 13 septembre 1759, blessé au talon, le capitaine de Vergor, laissant à Wolfe et à ses farouches Montagnards et Rangers, liberté entière de pénétrer sur les hauteurs en suivant la ravine du Ruisseau St. Denis, qui sépare Spencer Wood de Wolfefield et des propriétés plus voisines du grand chemin. Qui donc enseigna aux soldats anglais ce mystérieux et difficile sentier ? Le major Robert Stobo, qui s'était évadé de Québec en mai 1759, où il était prisonnier de guerre depuis quelques années, et qui revint de Louisbourg peu de jours après avec Wolfe et Saunders ? D’autres penchent à croire que le secret en fut livré par un traître ! Denis de Vitré, ci-devant de Québec, plus tard prisonnier de guerre à Londres, où soit par menaces ou par promesses, on l’induisit à accompagner le corps expéditionnaire sous Wolfe ; et l'offlcier de garde, qui avait envoyé plusieurs de ses mili-
2 Ainsi nommées du nom de leur possesseur Abraham Martin dit l'Ecossais.
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Qui donc e sentier ?
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‘Ecossais.
ciens à Lorette et à Charlesbourg! engranger leur récolte, pendant le siége, le capitaine de Vergor, la créature de Bigot, était-il aussi traître à son allégéance ? Car de Vergor, n'était-ce pas ce même officier, traduit devant un conseil de guerre où siégeait Bigot,’ l'ami de son père, au château Saint-Louis et acquitté d'avoir Livré aux anglais le Fort Beauséjour, en Acadie ? Il y auraiteu aussi un nommé Chiniquy (nom de mauvais augure), qui plus tard présenta au gouvernement anglais un placet pour être récompensé de certains services rendus à la flotte anglaise lorsqu'elle remonta le St. Laurent
L'on sait que de graves historiens, l'abbé Ferland surtout, ont prétendu que la trahison avait sa part dans les événements de 1759; très certainement Bigot et sa coterie avaient un intérêt direct à céler sous la ruinede la colonie, la trace de leurs infâmes menées,
Tout en laissant mon cheval trotter tranquillement sur cette grande allée qui mène à Sillery, où caracollait, en 1666, le fastueux marquis de Tracy, son état-major et ses gardes, et près de deux siècles plus tard, le non moins fastueux comte de Durham et les gardes de la Reine (Coldstream Guards), je me répétais à moimême : que de jolis problèmes pour nos neveux! que de nombreux matériaux pour nos antiquaires ! mais pourquoi parler d'antiquaires, quand nous, Canadiens-Français, nous n'avons seulement pas un seul Quebec-Guide en langue française, et que nos compatriotes saxons en ont au delà de dix, retraçant tant bien que mal les principaux événements de la domination française, parmi lesquels signalons-en un, surtout: HawkKin's New Hisroricaz GUIDE ro QuEBEc ; monument d'érudition quant au fonds, d'élégance dans la forme ; ce qui ne doit pas étonner, si l’on se rappelle que c'est le résultat des savantes recherches de feu Andrew Stuart, un des aigles du barreau canadien, écrites avec la plume élégante d’un gradué d'Oxford, le Dr. John Charlton Fisher, l’un des ex rédacteurs du New-1ork Albion, ie tout publié sous la direction de Mr, Alfred Hawkins, qui en acquit la propriété exclusive. Ce livre, qui se vendait d’abord $2.50, a atteint le chiffre de $10. Dire que parmi le brillant essaim de nos jeunes littérateurs québecquois, il ne s’en est pas trouvé un seul assez patriotique pour compiler en français les annales de sa ville natale sous la domination fran-
1 Mémoires sur les affaires du Canada, 1749-1760.
2 Profitez, mon cher Vergor, de votre place ; taillez, voyez, vous avez tout RARE afin que vous puissiez bientôt venir me joindre en France, et acheter un eu à portée de moi. (Lettre de Bigot du 20 Août 1754, à M. Vergor père.)