M. l'abbé Verrault a vu cette requête
çaise ! M. B. Sulte, quand viendrez vous vous établir à Québec Mais enfin, cet état de choses ne saurait durer, en attendant continuons nos notes de voyage. Tiens voilà le Pin Holland! dormez paisiblement sous votre vert canapé, jeunes gens! Pour vous, plus de bals, de festins, de duels!
Nous voilà bientôt sur les confins de la verdoyante et pittoresque paroisse de Sillery, qui porte depuis 1637 le nom du généreux commandeur Noël Brulart de Sillery, auquel on élèvera bientôt un monument. Inclinons-nous en passant devant la mémoire d'un savant, le botaniste Gomin, qui s'était construit, vers 1660, une résidence à l'angle du chemin Gomin—lequel a son nom,— pour étudier à loisir la flore singulièrement variée du bois de Silelry.
A. ma droite, voici la verte touffe de sapins et d'aubépines qui ombragent le cottage de mon confrère et ami M. A. Campbell : jadis sir Francis Hincks, premier ministre de Lord Elgin, y séjournait ; il n'avait qu'à traverser le grand chemin pour aborder chez notre ex-gouverneur, qui aimait tant les frais ombrages de Spencer Wood où, selon M. de Gaspé, nos pères allaient manger des crémes à la glace en 1807, quand Sir James Craig y donnait son bal annuel. Spencer Wood est bien l'Eden de nos champètres résidences de Sillery, “ non-seulement, j'aimerais à y passer toute ma vie, disait Lord Elgin, mais c'est là où je voudrais voir reposer mes os.” Voisin de Spencer Wood, est Spencer Grange, la résidence de l’auteur des Oiseaux du Canada, n'en disons mot et pour cause, c'est tout simple,
‘Un nid au fond des bois suspendu.” Nous voilà à Samos, l'antique villa, en 1731 de l'évêque de Samos, Pierre Harman Dosquet. Sous l'hon. Mathew Bell, l'hon. Wm. Sheppard, et M. Jas. Gibb, le nom s'est changé en celui de Woodfield. Gontinuons notre route et nous franchirons mille et un charmants sites. Sous les bois, la demeure de M. E. B. Lindsay ; * Benmore, où s'écoule en paix l’utile carrière du grand Nemrod du Canada, le col. Rhodes, le beau cimetière du Mont Hermon, dont les points de vue rivalisent avec ceux de Greenwood à New-York. Cataracouy féérique, séjour où un de nos millionnaires, Chs. E. Levey, président de la banque Union, remplit dignement les devoirs de l'hospitalité. Ajoutons-y Clermont. petit château, faisant face à la rivière Etchemin, sur le
1 Les cinq enfants du major Holland, dont l’un fut tué en duel, reposent sous le Pin de Holland à Holland House chemin Ste. Foye.
2 Une importantestructure le Couvent des Dames Religieuses s'élève maintenant sous les Bois, en face de la belle école en style gothique, offerte en don à la paroisse par feu le Lori Bishop Mountain.
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haut de la rive, au pied de laquelle, la sentimentale Emily Montague,' en 1767, écrivait tant de jolies choses à son amant le beau colonel Rivers, sous les traits duquel un de nos antiquaires a cru reconnaitre le galant col. Caldwell, le compagnon de gloire de Wolfe, mort à Québec eu 1810. Clermont depuis nombre d'années, est la résidence de l'Hon. Juge Caron. Puis vient Beauvoir, où la famille LeMesurier a écoulé tant de paisibles années, maintenant la demeure de M. Dobell. Parlerai-je de Kilmarnock ; de Kilgraston, où feu le procureur Ogden, donna un déjeuner à la fourchette à un de nos gouverneurs. Longwood, résidence d'été de M. Chs. Smith, pas bien loin du lieu où l'Hon. John Neilson, alors le nestor des journalistes canadiens, a résidé si longtemps.
Décrire tous ces sites enchanteurs, où M. de Puiseau, le proc.général Ruette d'Auteuil, Chomedey de Maisonneuve, mademoiselle Manse, plus tard, l’évèque français Dosquet, ont été chercher la paix et la santé au siècle passé, ce serait nous mener trop loin. D'ailleurs, je l’ai rempli.cette riante tâche dans les Maple Leaves.
Hâtons-nous de descendre la côte du Cap Rouge sans crainte d'être égorgés par Chambers et sa bande d'asssassins, dont M. Ogden-procureur de Sa Majesté, nous débarrassait en 1837, au regret de personne. A la gauche, est la villa de M. Forsyth, Redclyffe, sur l'extrémité ouest du plateau élevé, couronné à l’est par la ville de Champlain; voilà un site non seulement favorisé par la nature, au point de vue du paysage, mais historique au plus haut degré. N'est-ce pas là, en effet, il y a plus de trois siècles, que Jacques Cartier hivernait et où Roberval établissait son éphémère colonie ? On est frappé de l'exactitude du capitaine Malouin dans sa description de ce beau site, sur tout ce qui a rapport au cap rouge proprement dit : l’on voit encore à Redclyffe, la carrière d’ardoise et de Mica,—et ces diamants de quartz, ainsi que la source d'eau mentionnés dans le Journal du hardi navigateur.
Laissons à un grave historien le soin de récapituler avec non moins de beauté que d'éloquence les environs de Québec.
“Une carte de Québec, dit l'abbé Ferland,? par Champlain marque àenviron une lieu au dessus de la ville naissante, une pointe qui s’avance dans le Saint Laurent, et qui est désignée comme étant fréquemment habitée par les sauvages. Plus tard, elle reçoit le nom de Puiseau, du possesseur du fief Saint-Michel, qu’elle borne au sudouest. Aujourd'hui, sur la Pointe-à-Puiseau, se trouve la jolie
1 “The History of Emily Montague 1767,” le plus ancien roman de mœurs canadiennes.
2 Notes sur Sillery, par l'abbé Ferland. Côté et Gie., 1855,
église de Saint-Colomb, environnée d’un village. De ce point l’on jouit d’une des plus belles vues qu'offrent les environs de Québec. Vis-à-vis est la côte de Lauzon avec sa rivière bruyante, ses chantiers, ses nombreux vaisseaux, le terminus du chemin de fer du Grand-Tronc, les villages et les églises de Notre-Dame de Lévis, de Saint-Jean Chrysostôme etde Saint-Romuald. A droite et à gauche, le fleuve se déroule sur une longueur de douze à quinze milles, sans cesse sillonné par les vaisseaux qui arrivent au port de Québec, ou quien partent. Vers l’est, le tableau fermé à plus de douze lieues par le Cap Tourmente et les hauteurs cultivées de la Petite Montagne et de Saint-Féréol, présente successivement la côte de Beaupré, les verdoyants côteaux de l’île d'Orléans, le cap aux Diamants couronné de sa citadelle et ayant à ses pieds une forêt de mâts ; les plaines d'Abraham, les foulons avec tout le mouvement du commerce de bois, Spencer-Wood et la résidence vice royale, l’Anse Saint-Michel se courbant gracieusement depuis la côte de Wolfe jusqu’à la Pointe-à Puiseau. Autour de ces lieux se rattachent les souvenirs historiques les plus intéressants de l'Amérique du Nord : le contact de la civilisation française avec la barbarie des indigènes ; la lutte de deux puissantes nations pour la souveraineté du nouveau-monde ; un épisode important de la révolution qui a créé la puissante république des Etats-Unis : voilà les grands mouvements qui ont tour à tour agité ce théâtre resserré. Partout vous y trouverez l'empreinte des pas de quelque personnage remarquable dans l’histoire de l'Amérique : Jacques- Cartier, Champlain, Frontenac, Laval, Phipps, d'Iberville, Wolfe, Montcalm, Arnold, Montgomery, ont tour à tour foulé quelque coin de cet espace. Tout près d'ici, dans l’Anse Saint-Michel, M. de Maisonneuve et Mademoiselle Mance passèrent leur premier hiver en Canada, avec la colonie qui sous leur conduite allait fonder Montréal. Si l’on se tourne vers l'Ouest, la vue, quoique moins étendue, rappelle encore de glorieux souvenirs. Là, au détour du cap Rouge, Jacques Cartier établit ses quartiers, la seconde fois qu’il hiverna sur les bords du St. Laurent. Roberval le remplaça, au même lieu, à la tête de sa colonie éphémère. Près de l’'embouchure de la rivière Chaudière se dressaientles tentes des Abénakis, des Etchemins, des Souriquois, lorsque des côtes de la Nouvelle- Angleterre ils venaient fumer le calumet de paix avec leurs frères les français ; la rivière Chaudière était alors le grand chemin qui reliait leur pays au Canada.
“Plus près de la Pointe-à-Puiseau, est l'Anse de Sillery, où les Jésuites réunirent les Algonquins et les Montagnais qui voulaient se convertir au christianisme, et formèrent une réduction floris
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sante. Pe là les lumières de la foi étaient portées parles néophytes au sein des plus profondes forêts ; là venaient s'exercer pour leurs missions lointaines les apôtres qui se préparaient à annoncer la bonne nouvelle au pays des Hurons, au bord du Mississipi ou sur les côtes glacées de la Baie d'Hudson. De là, le P. Druillètes partait pour aller porter quelques paroles de paix, de la part des chrétiens de Sillery, aux Abnaquiois de Kennebecki et aux Puritains de Boston. Près de ce lieu, le Frère Liégeois était massacré par les Iroquois, et le P. Poncet fait prisonnier et emmené par les barbares.
C'est au soutien de cette réduction et à la construction des édifices nécessaires, que M. de Sillery consacra des sommes considérables. Une chapelle, une résidence pour les missionnaires, un hôpital, un fort, des maisons pour les néophytes s’élevèrent sur le rivage et formèrent un village sauvage, autour duquel se rap: prochaient, autantqu’on pouvaitle permettre, quelques habitations des Français. La résidence de la famille Dauteuil était sur le côteau qui s'élève en arrière ; et la vénérable dame de Monceaux, belle-mère du procureur-général Ruette Dauteuil, pour satisfaire à ca piété, avait obtenu la permission d’habiter de temps en temps une petite maison qu’elle avait fait construire près de la chapelle.
“L'établissement de Sillery commença à être abandonné vers les premières années du siècle dernier. Après la prise du pays, le soin des bâtiments fut négligé et ils commencèrent à tomber en ruines, mais la maison des Pères fut conservée ; et les ruines des autres édifices sont restées assez longtemps debout pour qu’on puisse encore les désigner sûrement. Plusieurs des anciens habitants ont vu abattre les murs de l’église, qui étaient d’une solidité surprenante. J’ai, moi-même, (en 1835) il y a vingt ans vu une parite de ces murailles s'élevant au-dessus du sol. Les ruines de Phôpital et du monastère n’ont été rasées que depuis une trentaine d'années, en les détruisant on découvrit plusieurs objets, parmi lesquels un garde-doigt d'argent qui avaient dù appartenir aux bonnes religieuses hospitalières.”
De toutes ces ruines, il reste un bâtiment assez solide, l’ancienne résidence des Jésuites avec de noirs souterrains pour caves, maintenant la demeure massive, comfortable et élégante même de M. Beckett, le gérant de la maison anglaise Dobell.
En août 1865, l'éloquent auteur des ‘ Jesuits in North America ” Francis Parkman, de Boston, le Professeur F. A. H. Larue, de l'Université Laval et moi, nous quittions Spencer Grange, pour visiter l’ancienne demeure des Jésuites, et les historiques ruines de l’Anse de Sillery. Debout, tous trois sur les décombres à fleur
de terre de l’ancienne église de St. Michel, nous étions Join de nous douter que la dépouille mortelle du premier missionnaire de la Nouvelle-France, le P. Ennemond Massé, reposait depuis plus de deux siècles, à quelques pas de nous, sous le chœur de l’église même, du côté de l'évangile. Le dévoué missionnaire, comme un héros chrétien, enseveli, glorieux, sur le champ d'honneur même, dormait depuis le 1? Mai 1646, du long sommeil, dans sa chapelle élevée sur la rive du fleuve de sa patrie adoptive et les recherches de nos amis les abbés Laverdière et Casgrain, le 3 Oct.1869, signalaient, à la vénération des bons habitants de Sillery, la mémoire du Saint, tandis que, de mon côté, je demandais d'inscrire sur le monument du missionnaire Massé un autre nom, aussi vénéré à Sillery—celui du Chevalier Noël Brulart de Sillery—le fondateur de Sillery.
Voici ce que disait naguère le Journal de Québec :
Les habitants de Sillery ont pris la résolution d'élever un monument qui rappellera la mémoire du R. P. Ennemond Massé, “ premier missionnaire du Canada.” Déjà une voûte a été construite pour recouvrir les restes précieux qu’on y a récemment découverts.
Les habitants de Sillery ont érigé ce monument à la mémoire au P. Ennemond Massé, S. J., premier missionnaire du Canada qui fut inhumé en 1646 dans l'église St. Michel, en la résidenee de Siliery Octobre, MDCCCLXIX.
Sur le côté opposé, se lira cette autre inscription.
L'Eglise de Saint-Michel, Qui s'élevait en cet endroit, Fut bâtie par le Commandeur de Sillery Fondateur de la résidence Saint-Joseph.
La souscription a atteint le chiffre de $500-
ons Join de nnaire de la puis plus de de l’église , comme un neur même, sa chapelle s recherches .1869, signaery, la mé- ’inscrire sur ussi vénéré à le fondateur
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