LA GRANDE MARÉE DU MOIS D'AOUT
Mes camarades, comme abasourdis de cette avalanche de gibier, se préparaient à faire feu, lorsqu'un sirnal de ma part les arrêta, Je me mets de suite Lête baissée a faire Fapproche, conduisant le gibier devant moi vers le fleuve, où le rapport de la marée était prêt de se fixer etoû se trouvaient quelques petits lots que l'eau n'avait pas encore recouverts, Chacun sait combien sont pou farouches les alouettes du mois d'août.
Pour peu qu'on v aille avee mesure, ilest facile de conduire devant soi le vol entier qui s'occupe iudustricusement, en courant, à chercher des graines de plantes marines dans le rapport, au moment où il attérit, Les alouettes alors S'embarquent par centaines sur des morceaux de bois, sur des jones flottants où sur les petits lots formés au rivage, pour + attendre le départ des eaux: la décharge d'une arme à feu produit en ces occasions des effets surprenants : c'est un magacre colossal, qui se double si lon tire un second coup, à l'instant où les bandes, se reformant, se posent de nouveau parmi les blessés qui se Tamentent et s'agitent en tout sons,
Avant réussi cette fois à faire attrouper les alouettes sur un peut banc de rochers entouré d'eau à quelques pieds de Eurive, je ichai, sans remuer, mon coup de fusilsur leurs bataillons sérrés, les prenant à la fille : Le rocher resta ionché de morts et de mou: rants; les sûrvivants prirent Jeur essor en tournoyant.
Deux minutes plus tard et au moment où, les ailes tendues el presques inimobiles, elles se posaient auù Heu du sinistre. mes canarades firent feu ensemble.
Le résuliat de nos trois décharges ful deux eents pieces de athier, sans compter les Blessés quise sauvatent à la nage!
Et les bandes se suceédaient sans interruption presque et le plomb meurtrier les abattail par centaines ? c'était bien Ka grande mer des alouettes : après tout Le gareou de ferme n'avait pas tort, Les paniers n'élaient pus de trop. ;
Moissonner d'avantage et sans fatigue de si faciles et de si nombrouses victimes, n'étaitee pas déroger aux canons de la vénérie ?
Nous le pensiämes ct envoyant au inanoir nos paniers gonflés, nous nous dirigeñmes à la fraichour du matin vers la vaste balture de Fe-aux-Oies, espérant décorvrir le long du chenal quelques sarcelles et des plenviers mes amis ch moi nous savions désor mais ce que c'est que chasse cr eloueltes la grande marée de la fin d'août.
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Petite Causerie ornithologique.
Migration printanière des Merles.—Eftets de la protection sur les Oiseaux. —Un Cardinal.—Des Nonnes. Un Récollet.— Banquet magique préparé par une fée bienfaisante.— Avis aux municipalités qui protègent les oiseaux insecti. vores.
Plus d’une fois, il m'est arrivé d'attirer dans la presse, l’attention des amateurs sur les résultats obtenus par la protection offerte à nos oiseaux indigènes au printemps: le spectacle qui frappe mes yeux autour de ma demeure, depuis le retour des espèces chantantes, en avril dernier, m'étonne chaque jour autant qu’il me réjouit.
À ceux de mes amis qui sont familiers avec mes bocages, il serait superflu de détailler les accidents du sol, Ja configuration des lieux, etc. Ma propriété avoisine Spencer Wood, dont elle faisait partie il y a quelques années. Les arbres sont : érables, pins, sapins, bouleaux, quelques Ormes, beaucoup de chênes, (le chêne rouge.) haïes de lilas, prairies arrosées par le ruisseau Belle Borne chez moi, par le ruisseau St. Denis à Spencer Wood ; mêmes arbres aux deux places, mêmes ombrages, même exposition vers le sud ; même alimentation pour les oiseaux ; et Cependant comment expliquer l'abondance de ces derniers chez moi, comparé au petit nombre que l'on voit à Spencer Wood. La cause pour moi ne saurait être un mystère. À Speneer Grange, sécurité parfaite, protection entière pour la gente ailée, avant, pendant, après la saison des œufs, l’éclosion des petits. Pas même de chats pendant l'été : mes enfants ont vu en mai dernier, sans une larme, le bannissement d’un superbe chat d'Espagne—Nemrod redoutable pour les merles et les rossignols—en recevant de moi l’assurance Que cette mesure répressive était une condition sine qu non de l'existence de leurs mélodieux favoris. A Spencer Wood, peu ou point de protection : quand le jardinier est à une extrémité du jardin, un gamin s'introduira furtivement à l'autre, tirera des pierres aux fauvettes, aux merles des coups de fusil, etc.
J’ai dit que les musiciens ailés affluaient dans mes bois : notons les plus connus. D'abord le chantre le plus infatigable et qui laisse choir sa Mélancolique ritournelle de ]a cime des érables, depuis l’aube jusqu’à la tombée de la nuit, pendant la belle Sais02,
le moucherolle olive ! ; puis ces deux belles grives, à voix liquide et vibrante que les ornithologistes nomment grive de Wilson et grive cendrée, les paysans: la flute et le hautbois. Puis la grive erratique, notre mélodieux merle, sans lequel les jardins seraient incomplets au mois de mai, sans lequel le grand orme de la commune semblerait triste aux premiers feux de l'aurore et le chène centenaire, la gloire du manoir canadien, aurait, comme autrefois ceux de Dodône, le droit de gémir, de se plaindre. Notons également le pinson à poitrine blanche, le pinson à couronne blanche, le pinson fauve, le pinson chanteur, (notre rossignol) le moucherolle doré, la fauvette jaune, l'oiseau bleu ou ministre aux nuances azurées, l'oiseau bleu à poitrine rousse, la fauvette rayée, la fauvette mitrée, la fauvette couronnée, le titiri, la fauvette des pins, le Maryland yellow throat ou fauvette trichas, assex abondante, le roitelet rubis, la fauvette à collier, le roitelet huppé, la pie-grièche boréale, un petit escadron de pics dorés ou pivarts, lesquels, tout en épurant les allées des fourmis, nous annoncent la pluie du lendemain, le troglodite œædon qui se faufile dans les haies, alerte, la queue retroussée, l'on dirait une souris emplumée. Une petite bande de geais bleus vient de temps à autre, ordinairement avant l'orage, émettre leur note stridente : n'oublions pas le gai chardonneret portant calotte noire et mantille jaune, qui se suspend la tête en bas, aux chardons en fleur. Les dégats de margot parmi le jeune maïs, nous ont forcé, ce printemps, de lui retirer notre protection : la corneille est mise au ban, ainsi que les buses, autours et éperviers, et pour cause. La migration printanière des merles s'est prolongée jusqu’au milieu de mai et comme elle s’est opérée sous des circonstances exceptionnelles, j'en dirai quelques mots. Deux cents émigrants, c’est-à-dire cent couples ou plus, composaient ce printemps le gros de la bande; club gai, bruyant, aimant la bonne chère, avec programme arrêté pour chaque jour : au lever du soleil, un bain dans l'onde limpide du ruisseau Belle-Borne, puis un copieux déjeûner aux vermisseaux, scarabés, limaçons : le tout servi à point, au frais—dans la prairie voisine. Chacun de courrir, chantant, sautillant parmi la rosée ; Monsieur et Madame, se comptant fleurette, s’'agaçant du bec, se culbutant, se promettant les joies inénarrables de la famille dès que la colonie se sera établie au sein des «fières et mélancoliques solitudes de la Baie d'Hudson, » où plus tard l’on comptera bien des nids harmonieux. Pendant les trois semaines que ces aimables voyageurs ont séjourné chez moi, ce printemps, pas un coup de fusil n'est venu troubler le cours de leur
1 Vireo Olivaceus, Voir l'Ornithologie du Canada, page 160.
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sereine existence : chaque jour, pour varier la scène, la troupe allait faire ses ébats à Spencer Wood, ! que sais-je, valser et flirter dans les avenues ombreuses, sur les vertes pelouses où naguère Milady Monck recevait les dames de la colonie.
Un matin, spectacle nouveau pour moi, je trouvai dans la prairie, mêlé aux merles un vol assez nombreux de ces beaux oiseaux noirs lustrés, les mainates pourpres: puis le repas fait, ils ac. compagaaient leurs commensaux au haut des grands arbres, où soir et matin, ils exécutaient leur partie dans le concert assourdissant de ces derniers. Quand, le soir, mon oreille recueillait de mon étude, ces ravissantes symphonies, ces roucoulements exécutés par trois cents mæstro, j'eusse donné mer et monde pour avoir à mes côtés un de mes amis saxons, qui naguère au nombre des ennuis qu’il éprouvait dans la colonie, mettait l'absence des oiseaux chanteurs en Canada. Enfin, peut-être par reconnais. sance pour les bons moments que la protection légale avait assurés aux merles à Spencer Grange, un détachement de la bande principale, pour le moins double de celui des années précédentes, a placé autour de ma villa le berceau de ses petits : malheureusement pas un seul des mainates ne s’est encore décidé à tenter la nidification dans cette nouvelle contrée qu’ils ont visitée pour la première fois depuis dix ans, à ma connaissance. Les beaux voyageurs reviendront-ils plus tard ? Qui le sait ?
Je signalerai en passant, l'apparition dans mon jardin d’une des plus belles, des plus brillantes espèces que la Floride et la Louisianne voient nicher sur leurs orangers aux fruits d’or.” J'ai dit le Cardinal. Il est facile de reconnaître au premier coup d'œil par son chant, sa resplendissante livrée et sa huppe écarlatte, le bel étranger : on m'informe que d’autres individus ont encore été vus à la Pointe-aux-Trembles et au township de Gosford. Qui donc pousse—qui retient ces rares visiteurs si loin de leur patrie ? mélodieux amis, n’avez-vous pas remarqué le souffle pernicieux de l'automne, sur le feuillage jauni de l’arbre où votre joyeuse cavatine naguère devançait l'aurore ? n’avez-vous pas déjà tressailli du froid, pendant nos fraiches nuits—voisines de septembre ? En route, alègres Cardinaux ; cinglez vers la Floride, où luisent des soleils plus cléments, des printemps perpétuels ; à moins que vous ne séjourniez ici, les délégués à quelque grand ? concile ornithologique.
1 Spencer Wood, qui se nommait Powell Place, d’après le Gencral Powell qui y rèsidait, reçut vers le commencement du siècle, celui de Spencer Wood, du Fe M. Spencer Perceval, le protégé du ministre anglais S. Perceval— M. Atkinson, céda son manoir pour une résidence vice-royal en 1849, et s’en construisit un autre de moindres dimensions sur la moitié de la propriété qu'il s'était réservée—et qu’il nomma Spencer Grange.
2 Vers ce temps, nos Evêques et théologiens songeaient à se mettre en route pour prendre part au concile æcuménique de Pie IX,
Tout difficile qu'il soit de trouver les nids dans l'herbe des prairies ou dans les épais taillis ou au haut des pins touffus, mes enfants, oiseleurs émerites, en ont découvert au delà de vingt. Nous comptons près de dix nids de merles, dont quelques uns bâtis dans des endroits qui accusent chez ces oiseaux une confiance sans borne dans l’homme ; père et mère, jeunes et vieux, arpentent les parterres du jardin, surlout aux premières heures du jour. Le gazon abrite grand nombre de nids de niverolles de Wilson, la nonne: il est facile d'identifier ce joli pinson, surtout au vol, par les deux plumes blanches de sa queue et sa couleur d’ardoise foncée : la nonne nous est chère : on estime bien moins les récollets (jaseur du cèdre) ; ! ce sont de vrais abbés de la régence, gourmands, insatiables, sans principes ; il leur faut les plus belles fraises du jardin ; de vrais gargantuas, je vous le jure, pour les cerises ; on les tolère, voilà tout. Les pinsons à couronne blanche, à poitrine blanche, les nonnes et les pinsons ordinaires deviennent fort intimes dans leurs relations quotidiennes, je viens d'en avoir la preuve. Un matin, tout récemment, où je déjeunais dans mon salon qui donne sur un plateau recouvert en gravois, ma fille cadette, espiègle de dix printemps, avait voulu me ménager une surprise : je remarquai bientôt par la croisée entr'ouverte que nos familiers auxquels nous sommes dans l'habitude de jeter les miettes de pain, becquetaient en bien plus grand nombre qu’à l'ordinaire, le gravois près des fenêtres ; ce qui me frappa d’avantage ce fut de remarquer la disposition symétrique des convives autdur du banquet : il y avait trois espèces de pinsons et deux nonnes, posés en cercle, et pas un coup de bec ne portait à faut ; l'enfant me pria de regarder attentivement et que je verrais que le déjeuner était disposé sur un cercle magique qu'une fée charilable avait tracé. Les mets, entremets et pièces de résistance se composaient d’une foule de petites boulettes de pain taillées en carrés, en ronds, en triangles.
Je conclus de là qüe l’histoire naturelle a des secrets et des aperçus dont les livres ne font pas mention, que éette science peut offrir de l'intérêt non-seulement aux Linnée, aux Audubon, aux Buffon, aux Cuvier, mais encore au commun des mortels comme vous et moi, cher lecteur, à tous les âges de la vie.
Mais terminons cette causerie intime, qui pourrait devenir prolixe, et disons un mot sur ce que les municipalités rurales peuvent faire pour protéger les oiseaux utiles à l’agriculture. D'abord l’on sait que la loi est bien sommaire, que chacun aux époques défendues, peut briser les géoles, lacets, trébuchets, tendus
Y Au moment où j'écris, mes enfants n’apportent nn jeune récollet mort au pied d’un arbre d’une indigestion de cerises à grappes.
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pour les oiseaux insectivores mentionnés dans l'Acte. I! serait facile de faire imprimer des formes de poursuite et de les distribuer parmi les différentes municipalités rurales. Les clubs pour la protection du git sret la générosité de quelques amateurs pourvoiraient bientôt aux dépenses fort minimes que reclamerait cette mesure. Enfin, que les municipalités éloignées affectent quelques piastres, comme les municipalités autour de Québec l'ont fait, et ce qui en France et en Angleterre coûte de fortes sommes, nous
pourrrons l'avoir à bonne Composition en Canada. ‘ La protec. tion des oiseaux utiles à l’agriculture.”
Spencer Graage, près Québec, août 1869.
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