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(1) Reproduction grandeur naturelle de Coquillages recueillis à Aiguisy.
11 Octobre 1884, nous découvrions à Aiguisy, à 1m 30 de profondeur, la Sépulture no 17, en pleine terre, garnie d’un Mobilier funéraire assez intéressant. Cette Sépulture était celle d'une femme. On trouvait, sur la poitrine, deux petites Fibules en argent, genre Perroquet, dont lés yeux sont formés de verroterie rouge, PL. 45, nouvelle série, Fig. 7; puis à côté, une belle Perle cotelée, en pâte de verre : à la ceinture, une élégante Boucle en fer, supportant une trousse d’Objets divers, parmi lesquels on remarque des Ciseaux rie, Fig. 3, puis un Couteau et un Poinçon, même planche, Fig 2 et 6. À l'un des doigts de la main droite, était restée
une Bague ou Anneau en fer, de bonne conserva-
Bientôt une réunion d’Objets qu’on rencontre rarement: dans les Sépultures Mérovingiennes, attirait tout particulièrement notre attention; c'était une série de trente Coquilles de Limaçons (Hélix Tiortensis], rangées en forme de couronne s le levant.
Plusieurs fois déjà nousavions rencontré dans des Sépultures de l’'Epoque Mérovingienne, surtout
des Coquillages, marins ou autres, associés au Mobilier
funéraire. Chaque
es D
fois nous en avions constaté sur nos Pro
-Verbaux la présence et la place dans la Sépulture, avec la désignation de Coquillages votifs (1).
Mais aujourd’hui que le même fait s’est reproduit à Aieuisy, et est venu affirmer positivement nos premières constatations, nous avons cru intéressant d’en rechercher Vorigine et la cause.
Voici à cet égard l'opinion des auteurs les plus compétents.
L'abbé Cochet, traitant d’Objets d'Histoire naturelle, rencontrés par lui dans des Sépultures, s'exprime ainsi dans sa Normandie Souterraine, pages 372 et suivantes.
« Après avoir dépouillé le Franc de tous les Objets d'industrie humaine dont l'avait » entouré la piété de sa famille, ou l'affection de ses amis, qu’il me soit permis d'exposer, » en peu de mots, l’origine et l'attribution des produits de l'Histoire naturelle dont on » avait aussi accompagné ses dépouilles mortelles.
» Les Limaçons rencontrés assez fréquemment dans des Sépultures Mérovingiennes » en Normandie, surtout dans les environs de Dieppe, semblent indiquer que les premiers » chrétiens avaient symbolisé le Limacon comme l’emblême de la Résurrection. ». ë
L'abbé Martigny, traite ex-professo, la même question, dans son excellent Dictionnaire des Antiquités Chréliennes; ses conclusions sont les mêmes : on y lit au chapitre Coquillages (Symbole chrétien).
« On a souvent observé dans les Tombeaux des Chrétiens et des Martyrs, des
Coquillages marins ou autres {Boldetli, p. 512, Fig. 65), fixés à l'extérieur des Loculi, » et ils ont la forme du buccin. Placés dans de telles conditions, ils pourraient être du » nombre des Objets que les premiers chrétiens fixaient dans le mortier des Loculi, » comme moyen de reconnaissance; on en distingue de différentes espèces, dans les bas- » reliefs d’un curieux Sarcophage du Vatican {Bollari, tav XLH), où sont représentées » diverses scènes de pêche : on a de ces Coquillages exécutés en pierres fines, et des » Lampes sépulcrales en métal qui en affectent la forme, ou en ont de sculptés sur leur » disque {V. Bartoli: Ant. Lucern : parte 1IL, Fig. 23.)
» Des faits absolument analogues se sont révélés dans des Sépulture
s de la Gaule.
» Ainsi, des Coquilles de Limaçon ont été trouvées dans le Sarcophage de S. Eutrope, à » Saintes, découvert en 1843, et M. Letronne prouve que leur introduction n’a pu être » l'effet du hasard; il faut observer que la coque des Limaçons trouvés dans les Tombeaux » de la Gaule, est très-grande. Cest l’Helix Pomatia lEscargot » vulgaire. »
En effet, c’est le même Coquil- d’Armentières, etdontun spécimen lage que nous avons rencontré est reproduit grandeur naturelle,
plusieurs fois dans les Sépultures PI. 22, nouvelle série, Fig. 4.
(1) Voir nos Procès-Verbaux, des 25, 31
Octobre — 8 Novembre 1881 — 6 et 24 Juin
1882, et la reproduction des Coqillages aux F1 20 et 22, nouvelle s
« Enfin, ajoute l'abbé Martigny, tout nous porte à penser que l'intention des fidèles » a été de faire de cet Objet, un Symbole de la Résurrection. La Coquille est la Tombe, » demeure momentanée que l’homme doit abandonner un jour. »
Si maintenant on veut même remonter jusqu’à l’époque des Cavernes, ce ne sera pas sans un certain étonnement, qu'au Musée anthropologique du Jardin des Plantes on retrouvera une décoration à peu près analogue, de Coquillages autour de la tête de l'Homme de Menton. On sait que ce Squelette, précieusement conservé par la science, a été découvert dans les Alpes-Maritimes, et ramené à Paris, dans l’état où il avait été recueilli grâce aux soins du savant explorateur, M. E. Rivière.
Avant de clore ces citations, nous ferons connaître Popinion si autorisée de M. Damour, à l'occasion de Coquillages Marins que nous avions trouvés à Armentières autour de la tête d’un Mérovingien.
« Les Coquillages Marins que vous avez recueillis dans les Sépultures du VIle siècle, » appartiennent pour le plus grand nombre, à l'espèce désignée sous le nom de Cerithium » Lapidum. Quatre se rapportent, je crois, au genre Trochus. Le plus gros, placé au » centre du carton, que vous m’ayez communiqué, PI. 20, nouvelle série, serait déterminé » avec plus de certitude par un Conchyliologiste.
» La petite Coquille blanche placée au bout du carton, se rapporte, je crois, au genre
» Lymmea : celle-ci serait Lacustre ou d’eau douce.
» Les tes fossiles sont très-abondantes parmi certaines couches calcaires du bassin
» de Paris; des bancs entiers en sont comme pétris. M. le vicomte dArchiac, dans son
» Histoire des Pros
rès de la Géologie, en signale dans les environs de Fère-en-Tardenois, » canton où vous opérez.
» Mais celles que vous avez trouvées dans les Sépultures Mérovingiennes, ont ce
» caractère particulier d’être pétrifiées par de la Silice qui, sans doute, à l’état demi-fluide,
» pénétrant à l’intérieur de la Coquille,
y est moulée, puis s’y est durcie, pour passer à » l'état d'Agate. Le test s’est délité et a disparu. » Au point de vue de lArchéologie, il est à croire que, dès les temps les plus anciens,
» les Coquilles ont attiré l'attention des hommes, soit pour en faire des Amulettes, des
Objets votifs, des Ornements, etc. »
Eu résumé, quoi qu’il en soit des diverses interprétations que nous venons de rappeler, nous avons pensé que l'étrangeté de notre trouvaille, et l'authenticité des faits analogues
qui l'ont précédée dans nos Fouilles, devaient lui assurer une place dans notre Album.