MUSÉE DE POITIERS
La scène représentée par cette curieuse peinture est à trois personnages : 1° un saint évêque debout , mitré , crossé , soutenant un livre de la main droite ; 2° une sainte Barbe debout, portant sa tour; 3° un cardinal agenouillé, les mains jointes, tête nue, son chapeau à terre devant lui. A côté de ce dernier, un petit chien.
La position occupée par les deux saints indique qu'ils ne sont point ici à l'état de patrons, mais bien comme objets particuliers de la vénération du cardinal.
On a vu dans ce haut personnage Simon de Cramaud, qui présida au premier sacre de Charles VIT, dans la cathédrale de Poitiers, en 1423. Rien ne justifie semblable attribution. L'origine poitevine du tableau est d'ailleurs entièrement à établir. La présence du petit chien pouvant être, suivant l'usage du temps, un indice de nom, nous avions un instant songé à Raymond de Canillac, mort en 1396. Mais ce n'est là encore qu'une hypothèse; la vérité est peut-être bien loin de ces deux opinions.
Quoi qu'il en soit, le tableau du musée de Poitiers, surtout au point de vue du costvime, conserve un très grand intérêt.
Le fond est d'or uni, le sol gazonné et semé de pâquerettes, comme dans les tapisseries du temps. Le cardinal est recouvert d'un manteau rouge, de la nuance adoptée pour les cardinaux, qui n'est pas la pourpre, c'est-à-dire le rouge violet, mais l'écarlate, c'est-à-dire un rouge vif et éclatant. On sait que l'usage de cette couleur pour le manteau et la soutane, attribué généralement à Boniface VIII, a été rendu obligatoire au IV" concile de Latran (1215). Celui du chapeau rouge remonte seulement au concile œcuménique de Lyon (1274). La cappa de notre cardinal est doublée d'hermine.
Le costume de sainte Barbe est très caractéristique. Elle porte un triple vêtement, ce qui est toujours un indice de haut rang. La cotte de dessous est bleue. La