M. BLIGNY, A PARIS
Il y a déjà plusieurs années, visitant à Paris la collection Bligny, nous remarquâmes un petit portrait d'enfant , au bas duquel était écrit en caractères romains : Charles - Orlant , DAUPmN de Charles VIII, roy de Frange, âgé de XXVI MOIS. La peinture évidemment remontait au xv° siècle et accusait une main de maître ; mais l'inscription paraissait plus moderne , et il y avait là un petit problème dont la solution nous inquiétait.
Peu de temps après, M. Eugène Mûntz, dont tout le monde connaît les beaux travaux sur le xv'' et le xvf siècle, publiait son ouvrage intitulé : la Renaissance en Italie et en France, à Vépoque de Charles VIII. Or, à la page 514, il est question d'un portrait d'enfant « portant la barrette à la française et tenant un chapelet à la main », qui, suivant l'Anonyme de Morelli, se voyait, en 1532, à Venise, dans le palais de messire Andréa di Oddi'. Entre les deux tableaux, l'identité ne pouvait laisser aucun doute , et nous avions retrouvé l'un des plus précieux spécimens de l'ancienne peinture française, malheureusement enlevé par les Stradiots dans la tente de Charles VIII, lorsque le roi, à Fornoue, pour s'assurer la victoire, dut sacrifier ses bagages.
L'inscription, qui n'existait pas primitivement, a dû être ajoutée, à Venise, par l'acquéreur du portrait. En tout cas, on ne saurait arguer de sa présence pour parler de copie. Quel intérêt eût eu un collectionneur à faire reproduire la figure d'un enfant? Le petit prince n'était pas de ceux qui tenaient rang parmi les illustrations du temps. En outre, la peinture un peu sèche, mais pleine de charme dans sa naïveté, nous reporte au xv° siècle. Il n'est pas jusqu'au fond rouge ponceau, imité
* « El retratto del fanciullo piccolo bambino con la baretta bianca alla franzese, sopra la scuffia, e li pater nostri in mano. » (P. 63.)