‹ Album de l'exposition rétrospective de ToursChapitre 50 sur 104 · COMTE DE FORESTIER DE GOURERT · texte numérisé non relu

COMTE DE FORESTIER DE GOURERT

A LA BOISNIÈRE, PRES CHATEAURENAULT

Saint-Simon nous dit, en parlant de Samuel Bernard : « G'étoit le plus riche de l'Europe, et qui faisoit le plus gros et le plus assuré commerce d'argent. Il sentoit ses forces, il j vouloit des ménagements proportionnés, et les contrôleurs généraux, qui avoient bien plus souvent affaire de lui qu'il n'avoit d'eux, le traitoient avec des égards et des distinctions fort grandes. » Louis XIV lui-même, en 1708, se vit obligé d'abaisser la majesté royale devant l'opulent banquier. Les ressources de l'Etat étaient épuisées, on ne savait où trouver de l'argent, Bernard seul pouvait en fournir. Sur le conseil de Desmarets, neveu de Colbert, alors chargé des finances, une rencontre fut habilement ménagée dans les jardins de Marly, et le roi, durant une promenade à laquelle il invita son interlocuteur, se montra si plein de prévenance, au grand scandale des courtisans, sut si bien flatter une vanité naturellement en éveil, que le ministre aussitôt après trouva toute facilité pour contracter l'emprunt dont on avait besoin.

Le nom de Samuel Bernard, dans une occasion solennelle, se trouve donc lié au salut de la France, et les réflexions de Saint-Simon à ce sujet nous font quelque peu sourire aujourd'hui : « J'admirois, dit-il, et je n'étois pas le seul, cette espèce de prostitution du Roi , si avare de ses paroles, à un homme de l'espèce de Bernard. Je ne fus pas longtemps sans en apprendre la cause, et j'admirai alors où les plus grands rois en sont quelquefois réduits. »

On a dit souvent que Samuel Bernard était juif, et sans doute il paraissait ainsi plus facile d'expliquer sa grande fortune. Mais, en réalité, avant de se faire catholique, en 1685, il appartenait à la religion protestante. Son acte de baptême, daté du 3 décembre 1651, a été retrouvé sur les registres du temple de Charenton. Les richesses acquises par le célèbre financier eurent surtout pour origine les relations établies avec ses anciens coreligionnaires fixés à l'étranger.

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