‹ Album de l'exposition rétrospective de ToursChapitre 57 sur 104 · ÉGLISE DE BEAULIEU-LEZ-LOCHES · texte numérisé non relu

ÉGLISE DE BEAULIEU-LEZ-LOCHES

Dès l'origine, les abbés comme les évêques eurent au fond du chœur, derrière l'autel, un siège plus ou moins orné, et dominant quelque peu les bancs en hémicycle réservés de chaque côté aux autres religieux. Ce siège, auquel on donnait le nom de chaire, était le plus souvent en pierre ou en marbre. Il possédait bras et dossier, ce qui le faisait ressembler à nos fauteuils. Mais nulle part on ne trouve trace de dais avant le xiif siècle. Cette adjonction importante coincide avec l'emploi du bois de chêne, qui devint alors presque général. Du reste, on voulait plus de confortable, même pour les simples religieux, dont les bancs se transformèrent en stalles au dossier élevé, que terminait, à la partie supérieure, une forte saillie. Et, comme au fond du chœur pareil changement ne pouvait guère s'effectuer facilement , les nouveaux sièges, en tête desquels la place était marquée pour celui de l'abbé, furent disposés, à droite et à gauche, en avant de l'autel.

A Beaulieu- lez -Loches, les choses se passèrent- elles ainsi qu'il vient d'être dit? Nous ne le pensons pas; car, vu la manière dont ses différentes parties sont constituées, la chaire abbatiale a toujours été faite pour être isolée. Ni d'un côté ni de l'autre, on ne voit pas qu'elle ait pu se relier à un rang de stalles; partant, il n'y avait pas d'utilité à chercher pour elle une nouvelle place.

La chaire proprement dite, avec son dossier, ses accoudoirs et sa tablette tournant sur pivots, qui sert de siège, disparaît tout entière dans une sorte de gaine. Des deux côtés, l'enveloppe monte jusqu'en haut, et le dais, en réalité, mériterait bien plutôt le nom de couronnement. Grâce à la hauteur de la frise, au lieu d'un ciel plat, on a pu, à l'intérieur, obtenir une coupole à quatre pans. Mais au sommet, comme dans l'état actuel, il n'y avait pas à l'origine, entre les montants, des panneaux pleins. Celui qui se voit en avant, et que décore une salamandre couronnée , vient d'un autre meuble. L'infériorité de la sculpture l'indiquerait déjà suffisamment,

i() CHAIRE ABBATIALE

quand bien mèine on n'aurait pas à faire valoir une différence de longueur. Si jamais on restitue cette partie, il faudra, entre quatre fleurons, découper une crête, inspirée du mélange de style qui domine dans toute la chaire.

Nous sommes, en effet, à une époque de transition, et, si la Renaissance occupe les grandes surfaces , si elle tend à dominer, sa victoire est loin d'être complète , et il lui faut abandonner aux errements de l'ère flamboyante, non seulement une foule de détails, mais toutes les claires-voies des côtés. L'abbé Hardouin Fumée (1494-1521), qui , après avoir achevé la reconstruction du chœur, porta ses soins sur le mobilier, ne pouvait demander aux artistes autre chose que ce qui se faisait alors. Beaulieu conserve un excellent spécimen de l'art du huchier, entre les années 1500 et 1520. En dépit de ses réminiscences gothiques si nombreuses , il est impossible de vieillir davantage cette chaire, qui a été le complément des grands travaux entrepris par l'abbé.

Les panneaux inférieurs, de même que ceux de la frise, sont d'une grande délicatesse. Des deux parts, la composition est, pour ainsi dire, identique, et l'on s'est borné, suivant la place, à disposer les ornements en hauteur ou en largeur. C'est toujours, au centre, une sorte de candélabre d'où s'élancent des rinceaux et des cornes d'abondance. Ajoutons que toute la sculpture était jadis peinte ; que çà et là on trouve des traces de rouge, de jaune et de vert. Voilà un nouvel exemple de polychromie au xvi' siècle, que nous nous permettons de recommander.

A l'intérieur, sur le dossier ou dorsal, on n'avait concédé qu'une moitié environ de la surface à la sculpture. La partie inférieure, qu'encadrait un arc brisé, avec choux frisés sur les ados, était réservée aux armoiries peintes de l'abbé en fonction. Aussi n'est-ce pas Hardouin Fumée, mais son dernier successeur, Philippe Micolon de Blanval, dont le souvenir est rappelé. Celui-ci, que la Révolution surprit la vingtième année de son élévation, portait, suivant Y Armoriai de Tournine, « d'azur, au chevron brisé d'or, chargé de deux étoiles d'argent et d'une merlette de même en pointe. »

HélioS Bujardin.

CIIAII^E ABBATIALE

Imp. Eudes. Paris.

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