CINQUE-DEA
CRAFT . dont le sens, suivant Equicola dans ses Commentari délia Isforin cli Mnnfova . publiés en 1521, correspondrait à l'ancien italien Contro possanza; en français, Contre puissance. Cette devise, que l'on voit déjà employée, en 1397, par François I" de Gonzague , est un ressouvenir de la lutte des Guelfes et des Gibelins. Le seigneur de Mantoue , qui figurait parmi les derniers , avait voulu opposer puissance à puissance, au moins dans sa devise, et, par l'adoption de la langue allemande, se montrer implacable adversaire de Rome. Son descendant, François II, fit de même, et, dès l'année 1484, nous le retrouvons reprenant sur ses sceaux et ses monnaies la biche avec la devise : Bider crafl. 2° Une sorte de grand panier d'osier, à base arrondie, qui semble plein de fruits, et porte la légende : CHAVTIVS
I pour CAVTIVS). 3° Un homme, de grande taille, debout, tenant un bâton de commandement à la main, et un autre, plus petit, un genou en terre, semblant faire au premier une opération au flanc. 4° Deux jeunes gens nus : l'un, tenant les bras levés, une corne d'abondance à la main; l'autre, semblant se servir d'un crible.
On a pu remarquer le peu de correction des deux légendes accompagnant les décorations que nous venons de décrire. Les inscriptions proprement dites, qui se lisent sur la lame et autour de la poignée , laissent encore plus à désirer. Sur la lame, d'un côté : OMINES (pour omne) SOLVM FORTI PATRIA EST; de l'autre : AMMVS ÏELO PRESÏANCIOR OMINI (pour omni). Sur la poignée : NVNQVAM POTEST NON ESSE VIRTVTI LOGOS (pour locus).
Nous ne croyons pas qu'il soit possible d'hésiter sur le nom de l'artiste qui a exécuté cette cinque-dea. Il existait à Ferrare, à la fin du xv" siècle et au commencement du xvi' , un atelier dirigé par un nommé Ercole Fedeli, dont on connaît environ trente-cinq œuvres : le style de ces pièces est le même que celui de la dague qui nous occupe. Ercole Fedeli, primitivement juif, porta d'abord le prénom de Salomone ; à l'occasion de sa conversion, il le changea en celui d'Ercole. C'est lui que M. Yriarte a étudié, en 1888, dans la Gazette archéologique , où il l'a confondu avec un orfèvre romain , maître Hercule de Pesaro , dont le nom avait été rencontré dans un registre du Vatican par M. Eug. Mûntz. Ercole Fedeli travailla pour les Borgia, pour les d'Esté et les Gonzague. On retrouve, aux archives de Mantoue, des lettres de lui adressées à Isabelle d'Esté, femme de François II de Gonzague.
II existe également des dessins originaux de sa main au musée de Berlin. On peut consulter sur cet artiste, outre l'article de M. Yriarte, V Illustrazione délia real f/alleria d'arme di Torino, d'Angelucci , qui a paru il y a seulement quelques semaines.
A la suite de l'Exposition, celte cinque-dea a été achetée, grâce à nous, par le musée du Louvre, où l'on s'occupe en ce moment de réunir une collection d'armes historiques.
EXPOSITION DE TOURS