AVERTISSEMENT
J’ai exposé ailleurs l’étude d’un grand nombre d’affections musculaires (1). Les meilleures descriptions ne sauraient donner une idée parfaitement exacte de leur aspect, des déformations et des mouvements pathologiques qu’elles occasionnent, tandis qu’il suffit d’avoir observé chez le malade ces déformations, ces mouvements pathologiques, pour les reconnaître, avant même de savoir par quelle maladie ils ont été produits. Et puis, combien la vue du sujet vient en aide à la description de ces affections musculaires ! Existe-t-il, par exemple, une maladie aussi bizarre, dans sa forme extérieure, que l’atrophie musculaire graisseuse progressive? L’artiste le plus habile ne saurait, par la gravure, rendre exactement les reliefs, le modelé capricieux et infiniment varié, le je ne sais quoi enfin qui permet de diagnostiquer celte espèce de maladie, pour ainsi dire à distance, pourvu qu’antérieurement on l’ait vue une seule fois.
La photographie seule peut montrer la nature telle qu’on l’observe dans ces espèces de manifestations pathologiques. Dès 185*2, j’avais déjà eu l’idée de représenter, à l’aide de ce merveilleux procédé, l’action propre des muscles excités individuellement par l’électrisation localisée, et les troubles fonctionnels que l’on observe consécutivement aux affections musculaires, soit pendant le repos, soit pendant les mouvements. Les essais des artistes auxquels je me suis adressé ont été peu satisfaisants, malgré leur habileté incontestable, parce que, dans ce genre de photographie, l’art consiste à mettre en relief le phénomène physiologique ou pathologique sur lequel on veut attirer l’attention. Or, pour bien représenter ce phénomène, il faut le comprendre, et
(1 ) De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et à la thérapeutique, 2“ édition, entièrement refondue. Paris, 1861, in-8.
lorsqu’on le comprend, on doit étudier la manière de le mettre en saillie. Il est donc nécessaire que le photographe soit, dans ce cas, physiologiste et pathologiste. Ces raisons m’ont déterminé à apprendre et à étudier l’art de la photographie, au point de vue de son application à la physiologie et à la pathologie.
En quelques années je me suis composé une riche collection de photographies électro-physiologiques et pathologiques qui m’ont singulièrement aidé dans mes recherches , et parmi lesquelles j’ai fait un choix pour faire connaître les formes extérieures ou l’aspect de quelques-unes des affections musculaires que j’ai décrites dans mon livre, et principalement de l’atrophie musculaire graisseuse progressive.
Les photographies électro- physiologiques représentent la plupart des mouvements partiels de la face et des membres. J’en ai donné un spécimen dans la figure placée en tête de cet Album, où l’on me voit faradiser le muscle frontal, et dans la figure 7, où je fais contracter individuellement à gauche le deltoïde d’un membre sain, comparativement à l’élévation volontaire du membre supérieur du côté opposé, dont le grand dentelé est atrophié.
Cette espèce de photographie présente d’assez grandes difficultés, parce que les mouvements produits par l’expérimentation électro-physiologique sont de trop courte durée, et parce que les sujets affaiblis ou affectés dans leur musculature ne peuvent conserver l’immobilité nécessaire à la netteté de l’image photographique.
Il est des difformités qui apparaissent ou disparaissent seulement pendant certains mouvements. Souvent les malades exécutent difficilement ces mouvements ou ne peuvent conserver longtemps l’attitude pathologique que prennent alors leurs membres. Il m’a fallu saisir, pour ainsi dire, au vol par la photographie instantanée ces difformités et ces mouvements anormaux.
Si donc ces photographies, qui n’ont pas été retouchées, laissent quelquefois à désirer, quant à leur exécution, on voudra bien tenir compte des difficultés que je viens de signaler, et songer aux avantages qu’en pourra retirer l’iconographie scientifique. J’aurai montré la voie, et je ne désespère pas d’arriver un jour à une plus grande perfection.
Pnris, 20 octobre 1861.