Album du Canadien
jl Monseignevr Colbert, conseiller du Roy en son Conseil Royal, Intendant des Finances^ et Sur-Intendant des Bastiments de Sa Majesté^ aron de Seignelay, etc.
Monseignevr,
Ayant fait vne Histoire Naturelle succinte, mais véritable, de la Nouuelle-France, qui est arrosée du grtind fleuue S. Laurens, et des Lacs et riuières qui s'y vont rendre ; i'ay creu que cet ouurage vous estoit deu, Dieu vous ayant donné pour ce pays vn amour particulier, qui sans doute ira croissant, lors que vous aurez esté plus amplement informé de la bonté et de la beauté de toutes nos contrées. C'est le sentiment commun de tous ceux qui vous connoissent, que l'vnique chose qui ayt pouuoir sur vostre esprit, est de vous faire bien connoi^tre, qu'il y va de la gloire du Roy, et des
interests de la France ; et qu'en suite l'on peut tout se pfo«mettre de vos soins et de vostre crédit. Cela estant, i'ay creu, Monseignevr, que ce narré pourroit contribuer queU que chose aux inclinations que vous auez déjà, de faire fleurir nostre Nouuelle-France, et d'en faire vn monde nouueau : lors que vous verrez dans la simplicité de moa stile, qui est sans artifice, que vrayment elle mérite d'estro peuplée, et qu'elle peut aisément receuoir les décharges de l'Ancienne-France qui est si abondante en hommes, que les Royaumes et les Colonies estrangeres s'en peuplent de iour en iour. Ne vaut-il pas mieux que le Roy conserue ses sujets, les faisant passer dans la Nouuelle-France, et que le nom François soit également florissant en l'vn et en l'autre Monde, dans l'Amérique et dans l'Europe. l'aurois sujet de craindre que cet Ouurage ne fust pas bien receu de ceuK qui recherchent les ornemens de nostre Langue, si ie ne me ressouuenois qu'ayant eu l'honneur l'année dernière de parler à sa Majesté, et de luy répondre à plusieurs questions qu'il me faisoitsur le Pays de la Nouuelle-France ; tant s'en faut qu'il se rebutast de mes réponses simples et naïues, qu'au contraire il eut la bonté d'en témoigner de l'agréement ; l'ai creu, Monseignevr, que vous n'auriez pas moins de bonté pour moy, et que receuant ce petit présent, que ie vous offre d'vn grand cœur, vous le protégerez, et vous rae permettrez de me dire,
Monseignevr,
De la Ville des Trois- Riuières, en la Nouuelle- France, le 8. Octob. 16G3.
Vostre (rès-humble & très-obeïssant seruiteur,
PiSRRE BOACHEP.
DU CANAOIEIf.