AVANT-PROPOS
Mon cher Lecteur, vous sçaurez que deux raisons m'ont porté à faire ce petit Traité. La première est, que i'ay esté engagé par quantité d'honnestes gens, que i'ay eu l'honneur d'entretenir pendant que i'ay esté en France, et qui ont pris vn grand plaisir d'entendre parler de ce pays icy, et de se voir desabusez de quantité de mauuaises opinions qu'ils en auoient conccu : en suite de quoy ils m'ont prié de leur enuoyer vne petite Relation du Pays de la Nouuelle- France, c'est à dire ce que c'est du Pays, et ce qui s'y trouue, afm de le faire sçauoir à leurs amis. Le nombre de ceux qui m'en ont prié estant grand, je n'aurois pu que malaisément y satisfaire ; c'est pourquoy ie me suis résolu de faire imprimer la présente Description, et les prier d'y ,«uoir recours.
La seconde raison, c'est qu'ayant veu l'affection que Sa Majesté tomoignoit auoir pour sa Nouuelle-France et la resolution qu'il a prise de détruire les Iroquois nos ennemis, et de peupler ce Pays icy, i'ay pensé que i'obligerois beaucoup de monde, de ceux qui auroient quelques desseins d'y venir, ou d'y faire venir quelques-vns de leurs alliez, de jleur pouuoir faire connoistre le Pays auant que d'y venir.
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il y a long-temps que i'aunis cette pensoe et i'attendois toujours que quelqu'vn mist la main à la plume pour céî eUct : mais voyant que personne ne s'en est mis en deuoir, ie me suis résolu de faire la présente description, en attendant que quelqu'autre la fasse dans vn plus beau stile : car pour moy, ie me suis contenté de vous d'écrire simplement les choses, sans y rechercher le beau langage ; mais bien de vous dire la vérité auec le plus de naïueté qu'il m'est possible, et le plus brièvement que faire se peut ; obmettant tout ce que ie crois estre superflu, et ce qui ne seruiroit qu'à embellir le discours.
le ne vous diray quasi rien qui n'aye déjà esté dit par cy-deuant, et que vous ne puissiez trouuer dans les Relations des IIR. PP. Jésuites, ou dans les Voyages du Sieur de Champlain : mais comme cela n'est pas ramassé dans vn seul liure, et qu'il faudrait lire toutes les Relations pour trouuer ce que i'ay mis icy ; ce vous sera vne facilité, sur tout pour ceux qui n'ont autre dessein que de connoistre ce que c'est du pays de la Nouuelle-France, et qui ne se mettent pas en peine de ce qui s'y est passé, ny de ce qui s'y passe. C'est la raison pour laquelle ie n'en parleray point, quoy qu'il y ayt eu quelque chose cette année de bien extraordinaire, dont ie n'auois rien veu de semblable, depuis environ trente ans qu'il y a que ie suis dans ce Pays icy ; qui est vn tremble-terre qui a duré plus de sept mois, sur tout vers Tadoussac, oij il s'est fait sentir extraordinairement ; il s'est fait là des remiiemens admirables. Nous en auons eu dans les commencemensdes atteintes aux Trois- Riuières, et mesme iusques au Mont-Royal. Mais ce qui est de plus aymable en tous ces bouleuersemens et ces secousses épouuantables ; c'est que Dieu nous a tellement conserué, que pas vne seule personne n'en a receu la moindre incommodité. le n'en diray pas dauantage, les Pères lesuites en font la description, auec tous les effets qu'il a produit, dans leur Relation que vous pourrez voir
DU CANADIEX.
àuec bien plus de plaisir, le tout y estant mieux d'écrit que le ne le pourois pas faire. Vous verrez cy-apres les nuantages que l'on peut tirer de ces pays pour le temporel, ie veux dire pour les biens de la terre.
Pour le Spirituel, l'on ne peut rien désirer de plus. Nous auons vn Euesque dont le zèle et la vertu sont au delà de ce que l'en puis dire : il est tout à tous, il se fait pauure pour enrichir les panures, et rc^^omble aux Euesques de la primitiue Eglise. 11 est assisté de plusieurs Prestres séculiers, gens de grande vertu ; car il n'en peut sotiffrir d'autres. Les Pères lesuites secondent ses desseins, trauaillant dans leur zèle ordinaire infatigablement pour le saîut des François et des Saunages.
En vn mot, les gens de bien peuuent viure icy bien contens ; mais non pas les meschans, veu qu'ils y sont éclairez de trop prés : c'est pourquoy ie ne leur conseille pas d'y venir ; car ils pourroient bien en estre chassez, et du moins estre obligez de s'en retirer, comme plusieurs ont déjà fait ; et ce sont ceux-là proprement qui décrient fort le Pays, n'y ayans pas rencontré ce qu'ils pensoient.
le ne doute pas que ces gens-là, qui ont esté le rebut de la Nouuelle-France, quand ils entendront lire cette mienne Description, ne dise que j'aiouste à la vérité : et peut-estre encore quelques autres personnes diront le mesme, non pas par malice, mais par ignorance : le vous asseure, mon cîier Lecteur, que i'ay veu la plus grande partie de tout ce que ie dis, et le reste ie le sçay par des personnes tresdignes de foy.
le sçay bien que vous trouuerez d'autres fautes, et quantité mesme contre l'ordre de la narration ; mais ie crois que vous me les pardonnerez bien volontiers, quand vous considérerez que ce n'est pas mon mestier de composer ; que d'ailleurs je n'ay fait ce petit abrégé de la Nouuelle-France, que pour obliger diuerses personnes, en attendant que quelque meilleure plume le fasse plus exactement, et dans vn
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plus beau stile ; c'est en partie pour cela que V'ay obrair quantité fie belles choses dignes d'vn Lecteur curieux, et n'ay cherché qu'à estre le plus bref qu'il m'a esté possible^ et cependant donner à connoistre ce qui est absolument nécessaire.
Extrait du Catalogue d'' Ouvrages sur P Histoire de l'Amérique, dt M. Farihault.
78. BorcHEK (Pierhe), gouverneur des Trois-Rivières en Canada.- — Histoire véritable et naturelle des mœurs et productions de la Nouvelle-France, vulgairement dite le Canada : Paris, chez Florentin Lambert, rue St. Jacques, à l'Image St. Paul, petit ift-12.
" L'auteur de ce petit ouvrage n'est pas le Père Pierre Boucher, Jésuite, " comme l'ont cru le Père Le Long et M. l'Abbé Lenglet, mais I3 Sieur' " Boucher qui a été Gouverneur des Trois-Hivières, et un des premiers " habitants de la Nouvelle-France : il est mort âgé '-ie près de cent ans. Il " avait été député à la cour pour représenter les besoins de la colonie, et " ce fut lors de ce voyage en France qu'il fit imprimer celte relation, qui " ne comprend qu'une notice assez superficielle, mais fidèle, dn Canada, " dit le PÈro de Charlevoix. — (M, d» Fontetle.)
DU canadie:».