Chapitre X~l
En vous mettant le nom des oyseaux qui sont dans ce Pays, ie ne vous parleray point de ceux qui se rencontrent à l'entrée du Golfe, comme Cormorans, Tangueux, Fauquets. Poules d'eau, Griseaux, et vne infinité d'autres, qui sont plustost oyseaux de mer que de terre : mais ie vous Dommeray seulement ceux qui sont procbes de nous, et que l'on tue tous les iours, comme Cygnes, Outardes, Brenesches,
Oyessauuages, Grues, Canards, Cercelles, Plongeons de plus de dix sortes, lïuarts, Butors, lierons, Beccasses, Beccassines, Clieualiers, Pluuiers, Piroûys, Alloûettes de mer : car il n'y en a point des champs. Tous les noms cy-dessus sont oyseaux de riuieres ; veu que si ils ne se trouuent dedans, ils se trouuent le long des bords.
Tout ce Pays est remply de ce Gibier dans la saison, qui est le Printemps et l'Automne.
Comme Loutarde n'est pas vn oyseau commun en France, j'en feray vne petite description, à cause que c'est le Gibier de riuiere le plus commun d'icy ; elle est faite tout comme vne Oye grize, mais beaucoup plus grosse, elle n'a pas la chair si délicate que celle des Oyes que nous voyons icy en Canada ; qui en passant sont toutes blanches, à la reserue du bout des aîles et de la queue qui est noire : car pour la chair des Oyes de France, il s'en faut beaucoup qu'elles approchent du gou^t de celuy de nos Outardes.
Les noms des autres Oyseaux sont, l'Aigle, le Cocqd'Inde, des Oyseaux de proye de plus de quinze sortes, dont ie ne scay pas les noms, sinon de l'Eperuier et de l'Emerillon.
La lëmelle de l'Aigle a la teste et la queue blanche, on rappelle Nonnette.
Pour le Cocq-d'Inde saunage, il ne s'en trouue point ny à Québec, ny aux Trois-Riuieres, ny à Montréal : mais dans le Pays des Iroquois, et dans le Pays oi^i demeuroient autresfois les Hurons, il y en a des quantitez, et dont la chair est bien plus délicate, que des Cocqs-d'Inde domestiques.
Il y a de trois sortes de Perdrix ; les vnes sont blanches, et elles ne se trouuent que l'Hyuer, elles ont de la plume jusque sur les argots, elles sont fort belles et plus grosses que celles de France, la chair en est délicate. Il y a d'autres perdrix qui sont toutes noires, qui ont des yeux rouges : elles sont plus petites que celles de France, la
cliair n'tn est pas si bonne à manger ; mais c'est vn bel oyseau, et elles ne sont pas bien communes.
Il y a aussi des Perdrix grises, qui sont grosses comme des Poules : celles-là sont fort communes et bien-aisées à tuer ; car elles ne s'enfuyent quasi pas du monde : la chair est extrcinément blanche et seiche.
Il y a d'vne autre sorte d'Oyseaux, qui se nomment Tourtes ou Tourterelles, (comme vous voudrez) : elles sont presque grosses comme des pigeons, et d'vn plum.age cendré ; les masles oni. la gorge rouge, et sont d'vn excellent goust. Il y en a des quantitez prodigieuses, l'on en tuë des quarante et quarante-cinq d'vn coup de fusil : ce n'est pas que cela se fasse d'ordinaire ; mais pour en tuer huit, dix, ou douze, cela est commun ; elles viennent d'ordinaire au mois de May, et s'en retournent au mois de Septembre ; il s'en trouue vniuersellement par tout ce Pays-cy. Les Iroquois les prennent à la passée auec des rets ; ils en prennent quelquesfois des trois et quatre cens d'vn coup.
Il y a aussi grand nombre d'Etourneaux qui s'abandent en Septembre et Octobre : quantité de Griues, Merles, Hortolans, et vn nombre intiny d'autres petits oyseaux dont ie ne sçay pas les noms.
Il y a des Hirondelles, Martinets, Geays, Pies, mais elles ne sont pas comme celles de France : car elles sont cendrées et raal-bâties.
il se void des Hiboux et Chats-huans : des Corbeaux et Corneilles, des Piuerts, et autres sortes que l'on appelle Picquebois : des petits oyseaux qui sont tout rouges comme du feu : d'autres sont rouges et noires : d'autres sont tout jaunes, et d'autres tout bleus.
Les Oyseaux mouches, qui sont les plus petits de tous, sont quasi tout verds, à la reserue des masles qui ont la gorge rouge.
Les oyseaux que l'on a apporté de France, sont Poules, Poules-d'Indes, et des Pigeons.
NOMS DES POISSONS QUI SE TROUUENT DANS LE GRAND FLEUUE S. LAURENS, ET DANS LES LACS ET RIUIERES QUI DESCENDENT, DONT NOUS AVONS CONNOISSANCE.
Cîiapiti-e VII.
A l'entrée du Fleuue, il s'y voit! dos Balenaux, et l'on dit mesme qu'il y a de grosses Baleines.
Il y a quantité de Moluës, et l'on en pescLe jusques à dix lieues de Tadoussac.
Depuis là jusques au Mont-Royal se trouue grande quantité de Marsoins biancs, propres à faire de l'huiie, si on les pouuoit attraper. On en void des quantitez admirables depuis Tadoussac jusques à Québec, qui bondissent sur la riuiere. Ils sont extrêmement grands et gros ; et l'on peut espérer du moins vne baric^ue d'buile de chacun, ainsi qu'on a expérimenté de quclques-vns qu'on a trouué éclioiiez.
Il y a aussi quantité de Loups-marins vers Tadoussac, et descendant plus bas ; l'huile en est excellente, non seulement à brûler ; mais à beaucoup d'autres choses : ils sont fort aisez à attraper, la peau sert à beaucoup d'vsages.
Il y a quantité de Saulmons et Truites, depuis l'entrée du Golfe jusques à Québec : il ne s'en trouue point aux Trois- Riuieres, ny au Mont-Royal : mais quantité dans le Pays des Iroquois.
II y a abondance de Maquereaux, mais ils ne se trouuent qu'à l'Isle Percée.
Le Haran donne en plusieurs endroits : à l'Isle Percée, Tadoussac, et autres riuieres, il va par bandes comme en Europe.
L'Esturgeon se prend depuis Québec en montant en haut, et dans tous ces grands lacs, où il y en a grandes quantitez : il s'en void bien peu de petits, mais tous grands Esturgeons de quatre, de six, et de huit pieds do long : j'ay veu qu'il
s'en peschait en abondance douant l'habitation du Mont- Royal, pendant qu'ils auoient des homnies allëclionnez à la pesche : il est parfaitement bon salé, et se garde bien longtemps : j'en ay mangé qu'il y auoii deux ans qui estoit salé, qui estoit aussi bon que quatre iours après la prise.
L'Aloze est plus abondant à Québec qu'en aucun lieu ; il en a des quantitez prodigieuses au Printemps, qui est la saison qu'on la pesche.
Le Bar est vn poisson d'eau douce : on en pescbe quantité à Québec et aux Trois-Riuieres : je n'ay point ouy dire qu'on en prist à Tadoussac, ny au Mont-Boyal : c'est vn poisson dont la chair est excellente, et oià il y a peu d'arêtes.
La Barbue commune en tout ce Pays, et qui abonde par tout, est vn poisson sans écaille, qui a la teste plus grosse que le reste du corps, n'a que la grosse arreste : la chair en est blanche et délicate, pour estre vn des plus gras de ce Pays-icy : elle a d'ordinaire vn pied et demy ou deux pieds de long : elle se prend à l'ameçon : elle est fort bonne salée.
Il y a aussi abondance d'Eplan durant l'Autonne, tant à Québec qu'à Tadoussac.
Il se trouue des Loches à Tadoussac, et quantité d'autre sorte de Poissons que j'obmets pour n'en sçauoir les noms.
L'Ano-uille se pesche à Québec, en plus grand abondance qu'en aucun lieu, dans le m.ois de Septembre et au commencement d'Octobre : elle est plus grosse et de beaucoup meilleur goust. que celle qui se voit en France. l'en ay veu d'aussi o-rosses que la jambe d'vn homme : elle est délicate : elle se «-arde fort bien salée : elle se prend auec des nasses : on en prend si grande quantité, que cela n'est pas conceuable à moins que de l'auoir veu.
Les Poissons qui se trouuent dans les petits lacs et petites riuieres, sont Brochets, Carpes de plusieurs sorte^>; Perches, Braimes, petites Truites, Poissons dorez, Ouchigans, vne autre sorte de poisson plat qui n'a point de nom f'ançois, non plus que le procèdent, oui est petit, mais excellent, et
vn autre nommé le Poisson blanc ; voila les plus communs
qui se rencontrent par tout.
Les Brochets y sont orflinairement bien grands. Les
Carpes, de quelque nature qu'elles soient, ne sont pas bien
excellentes, à moins que d'estre frites à Thuile : elles ont
la chair molasse.
De tous ces poissons, il y a abondance dans tous les petits
lacs et petites riuieres.
Dans ces grands lacs, il y a quantité de beaux et grands
poissons, et de diuerses espèces, qui n'ont point encore de
nom parmy nous autres François, qui cependant sont des mangers délicieux. le n'en feray point la description, ils sont encore trop éloignez de nous.
Il serait bien difficile de dire les noms de tous les poissons qui se prennent dans vn grand Pays comme celui-cy. De temps en temps il s'en prend quelques-vns dont on n'a point encore veu de semblables. On trouue aussi des Escreuisses dans les petites riuieres.
l'oubliois à vous faire la description d'vn poisson, qu'on appelle Poisson armé : il a enuiron deux pieds et demy de long, et mesme trois pieds ; il est tout rond, et a six ou huit poulces de tour ; il est quasi également gros partout : il a vne écaille extrêmement dure, et qu'on ne sçauroit auoir percé d'vn coup d'épée ; son bec a enuiron huit poulces de long, et est dur comme de l'os ; armé de trois rangés de dents de chaque costé, qui sont pointues comme des alesnes : la chair ne vaut pas grand chose à manger. Il est fort facile à prendre, mais il est rare.
NOMS DES BLEDS ET AUTRES GRAINS APORTEZ d'eUROPE, QUI CROISSENT EN CE PAYS.