‹ Album du CanadienChapitre 5 sur 25 · DESCRIPTION DES TERRES DONT NOLS AITON9 CONNAIS- SANCE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DES TERRES DONT NOLS AITON9 CONNAIS- SANCE

Cliapitrc III.

le crois qu'il n'est pas hors de propos de vous faire icy vne petite description des Terres dont nous auons connnaissance, comme elles sont différentes en diuers lieux, soit pour la forme, la bonté et la nature de la terre.

le ne vous parleray point des premières qu'on rencontre venant de France, puisqu'elles ne valent pas la peine que l'on en parle, en comparaison des autres : à proprement parler, ce ne sont pas des terres, mais de grands rochers horribles à voir.

Depuis l'isie Percée qui est l'emboucheure du fleuue jusques vis à vis de Tadoussac, du costé du Sud, que les nauires fréquentent quand ils montent à Québec, toutes les terres paroissent hautes, et la pluspart grandes montagnes : c'est ce qui a donné le nom aux Monts Nostre-Dame, qui tiennent vne partie de ce chemin là, et l'on dit qu'ils ne sont quasi iamais decouuerts de neige, et par conséquent inhabitables : ce n'est pas qu'il n'y ait entre les dites Montagnes et le bords du grand Fleuue, quatre, cinq, et quelquefois huit lieues de plat-pays, et que tout ce Pays ne soit coupé d'espace en espace par de belles riuieres. le le juge toute fois fort malpropre pourestre habité, sinon Gaspé que j'estime fort propre à faire vne habitation : c'est vne Baye qui entre dans les terres assez auant, et qui fait vn bassin propre à mettre les Nauires à l'abry.

Dans le fond de la Baye, les terres paroissent fort propres à habiter. D'ailleurs, il y a grande pesche de Moluë en ces quartiers-là.

Il y a aussi trois autres beaux Havres dix ou douze licuës au dessous sçauoir ; l'Isle Percée, Bonauenture et Miscou,

OÙ toutes les années des Nauires vont à ki pesche de la Moluë en tous ces Havres. Ce seroit vn lieu tres-piopre pour avoir correspondance auec Québec, puisqu'on y va facilement auec des Barques et des Chalouppes.

Là au droit se voit l'Isle d'Anticosti, dont ie ne vous parleray pas, n'y ayant point esté, seulement ay-je ouy dire que c'estoit vne fort belle terre, aussi-bien que la coste du Nort, depuis Tadoussac descendant en bas, dans laquelle on rencontre quantité de belles rmieres, bien profondes et grandement poissonneuses; mais surtout, abondantes en Saumons ; il y en a des quantitez prodigieuses, selon le raport que m'en ont fait ceux qui y ont esté.

Depuis Tadoussac jusques à sept lieues proche de Québec, que l'on nomme le Cap-Tourmente, le Pays est tout à fait inhabitable, estant trop haut et tout de roche, et tout a fait escarpé, le n'y ay remarqué qu'mi sevl endroit, qui est la Baye St. Paul, enuiron sur la moitié du chemin, et vis-à-vis Plsle aux Coudres, qui paroist fort belle lorsqu'on y passe, aussi bien que toutes les Isles qui se trouuent depuis Tadoussac jusques à Québec, lesquelles sont toutes propres à estre habitées. le n'en fais point de description en particulier, n'ayant dessein que de vous donner qu'vne briefue connoissance de tous le Pays, et de quelques lieux principaux.

La coste du Sud depuis Tadoussac jusques à Québec est fort belle, et vne terre plus basse et qui paroist, par les arbres dont elle est chargée, estre fort bonne. II y a plusieurs belles riuieres toutes remplies de poissons et de gibier dans la saison ; il se trouue de belles prairies le long de la coste, ce qui fait qu'il y a quantité de bestes fauues.

Depuis Québec jusques aux Trois-Riuieres, du mesme costé du Sud, les terres sont assez belles, et il y a d'assez beau bois ; mais elles sont éleuées jusques à six ou sept lieues au dessous des Trois-Riuieres, oii elles commencent à estre basses, belles, vnies : et cela continue jusques dans le Pays des Iroquois. Ces terres sont parfaitement bonnes, entre-

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coupées de riuieres, garnies de lacs p^ir endrois. Quantité de prairies se rencontrent non seulement le lono- du fleuue, à l'entour des lacs dans ces petites riuieres, mais encore dans les terres : ce qui fait que la chasse y est abondante, tant d'Ojseaux que d'Animaux.

Du costô du Nort, depuis le Cap-Tourmente, qui est sept lieuës plus bas que Québec, jusques au Cap-Rouge, qui est trois lieuës au dessus ; cela est habité le long du grand fleuue : depuis le Cap-Rouge jusques à la riuiere Sainte Anne, qui font enuiron dix-sept lieuës de Pays en montant, les terres y sont assez belles ; mais l'abord n'en est pas si agréable, à cause que la pluspart de la coste est jjierreuse. Il ne laisse pas de s'y trouver de belles riuieres, et des prairies par endroits. Depuis la riuiere Sainte Anne jusques aux Trois-Riuieres, qui contient enuiron dix lieuës de PaySy les terres y sont très-belles et basses ; le bordage le lono- du grand fleuue est sable ou prairies ; les forests y sont trèsbelles et bien aisées à défricher.

Depuis Québec jusques aux Trois-Riuieres, il n'y a point d'Isles, sinon deux petites d'enuiron vne lieuë de tour chacune, et qui sont proches de la terre-ferme du costé du Nort ; elles se nomment l'Isle Sainte Anne et l'Isle Saint Eloy.

Depuis les Trois-Riuieres jusques au Mont-Royal, il y en a quantité et de fort belles, et la pluspart n'ont pas encore de nom ; quelques-vnes des principales s'appellent l'Isle Saint Ignace, auprès de laquelle il y en a prés d'vne vingtaine que l'on appelle les Isles de Richelieu. le ne diray rien de leurs beautez, ny de la grande chasse et pesche qui s'y rencontre ; ie serois trop long si à tous les endroits j'en voulais faire vne déduction ; ie me contentray seulement de dire que les prairies y sont abondantes.

Il croist dans les bois vne quantité prodigieuse d'ortyes propres à faire du chanvre ; les Saunages Hurons et Iro- '^uois s'en seruent pour faire diucrs ouuragcs, comme des

sacs, rets, colliers et armures ; il b'en trouue grande quantité en beaucoup d'endroits de ce Pays icy.

En suite se void d'autres Isles, que l'on nomme les Isles Bouchard ; plus haut sont les Isles Saint lean, en suite les Isles Percées, l'Isle de Sainte Thérèse, Tlsle Saint Paul, et plusieurs autres qui n'ont point encore de nom, toutes très-belles et bien commodes pour estre habitée;?, et qui d'ailleurs, sont abondantes en chasse, pesche et prairies.

Suiuant la coste du Nort, le Pays est très-beau, et tout le long du fleuue se sont prairies ; beaucoup de petites riuieres arrousent ces terres.

La riuiere des Prairies est vne grande riuiere qui se joint au fleuue Saint Laurent six lieues au dessous de l'habitation de Mont-Royal, vingt-quatre lieues au-dessus des Trois- Riuieres ; l'on prend cette riuiere pour aller au Pays des Hurons, quoyque le chemin en soit beaucoup plus long et plus mal-aisé que l'autre, pour éuiter les Iroquois qui habitent sur le bord du grand lac qu'on appelle le lac des Iroquois, par où passe cette grande riuiere.

le ne feray point la description des terres qui se rencontrent des deux costez de cette riuiere qui tire au Nort, veu qu'il est mal-aisé d'y pouuoir habiter à cause des sauts ou cascades d'eaux qui s'y rencontrent, qui empeschent la riuiere d'estre nauigable à d'autres bastimens qu'aux petits Vaisseaux dont se seruent nos Sauuages, qui peuuent estre transportez d'vn lieu à vn autre, sans autre machine que les épaules d'vn homme, ou de deux au plus. C'est bien dommage ; car il y a de très-beaux Pays, et qui meriteroient bien d'estre habitez : mais surtout, vn endroit appelé la Petite- Nation, qui est enuiron vingt on trente lieues au dessus du Mont-Royai, et qui contient presque vingt lieues de Pays le long du fleuue, le plus beau qui se puisse voir pour vn Pays non-habité ; car les Iroquois en ont chassé les Sauuages qui y habitoient. C'est vn beau bois remply de petits lacs et de prairies, auec vn fort grand nombre de petites riuieres :

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tout cela si plain de chasse et de pesche, qu'il n'est pas croyable : mais ce qui est le plus admirable, c'est le grand nombre de bestes fauues qui s'y rencontre ; car ie sçay qu'il y a eu de nos François qui en descendant des Hurons, ont fait rencontre de bandes de ces animaux, qu'on appelle icy vaches sauuages, qui sont proprement de grands Cerfs, où ils estimoient qu'il y en auoit bien huit à neuf cens, sans parler des vrais Cerfs, des Ours, Elans, Castors, Loutres, Rats musquez, et plusieurs autres sortes d'Animaux : mais la porte en est fermée, par vn grand sault qui a pour le moins trois lieues de long : quand ie dis fermée, c'est pour le présent ; car quand le Pays sera habité, et que les Iroquois seront soubmis, on trouuera bien l'inuention de s'en rendre l'entrée facile : et puis on ne manque pas de beaux lieux à habiter, qui ne peuuent pas estre occupez d'icy à bien long-tems. En voila ce me semble assez pour connoistre le Pays ; disons seulement vn petit mot du terroir : il s'y trouue de la terre glaise par endroits. La terre est noire, sablonneuse, rouge, pierreuse en d'autres endroits ; mais toutes sont assez fertiles : et pour preuue de cela, ie feray le chapitre suiuant des arbres qu'elle produit.

DES ARBRES QUI CROISSENT DANS LA NOUUELLE-FRANCE. Chapitre IV.

le vois bien que le Lecteur curieux demande desia quels sortes d'arbres croissent dans ces grandes forests, et si ce sont touiours les mesmes partout ; à quoy sont-ils bons ? s'en peut-on seruir à quelques choses ? sont-ils gros .'' sont-ils hauts ? le bois est-il sain ? A toutes ces questions, mon cher Lecteur, ie vous y répond ray, vous en faisant la description la plus naïfue que ie pourray, et auec toute la sincérité possible, tâchant de fuyr toutes exagérations,

comme j'ay fuit, et comme j'espère de faire dans tout le reste de mon discours : en suitte vous jugeray à quoy ils sont propres et ce qu'on en pourra faire. le n'y garderay point d'ordre : ie les nommeray comme ils me viendront en la mémoire ; ie commenceray par vn, qui est le plus utile icy, que l'on nomme Pin, qui n'apporte pas de fruit comme ceux de l'Europe ; il y en a de toutes grosseurs et grandeurs ; ils viennent ordinairement de la hauteur de cinquante à soixante pieds, sans branches : l'on s'en sert pour faire de la planche, qui est fort belle et bonne ; et l'on dit que ces arbres seroient bien propres à faire des masts de Nauires. Il s'en trouue d'assez menu et haut pour cet effet : ces arbres sont forts droits : il y a de grands Pays qui n'en portent point : mais les lieux oi^i ils naissent sont appelez Pinieres.

Ces arbres rendent quantité de gomme ; les Sauuages s'en seruent pour brayer leurs canots, et on s'en sert heureusement pour les playes, où cette gomme est fort souueraine.

Il croist aussi des Cèdres, le bois en est fort tendre, il a la fueille platte, et le bois est quasi comme incorruptible : c'est ponrquoy on s'en sert icy pour faire les clostures des jardins, et les poutres des caues : il sent assez bon ; mais d'ordinaire les arbres ne sont pas sains : cependant il s'en trouue plusieurs gros qui pourroient seruir à faire du meuble : il rend vne gomme, qui estant brûlée, a vne très-bonne odeur comme de l'encent. le ne sache pas qu'elle aye d'autre qualité.

Il V a des Sapins comme en France : toute la différence que j'y trouue, c'est qu'à la pluspart il y vient des bubons à l'écorce, qui sont remplies d'vne certaine gomme liquide qui est aromatique, dont on se sert pour les playes comme de baumes, et n'a pas gueres moins de vertu, selon le rapport de ceux qui ont fait l'expérience : on en dit plusieurs autres clioses, mais ie laisse cela aux Médecins.

Il v a vne autre espèce d'arbre, qu'on nomm.e Epinette :

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cV.st quasi comme du Sapin, sinon qu'il est plus propre à faire des masts de petits Vaisseaux, comme des chalouppes et barques, estant pius fort que le Sapin. le parle de l'Espinette verte : car il y en a de deux sortes ; l'vne verte, et l'autre rouge.

L'Epinette rouge est d'vn bois plus ferme et plus pesant, et fort propre à bastir ; elle se dépouille de ses fueilles en Automne, et les reprend au Printemps : ce qui n'arriue point aux autres sapinages, L'escorce en est rouge ; il ne rend pas quasi de gomme, tout au contraire de l'Epinette verte <jui en a quantité.

Il y a encore vne autre espèce que l'on appelle Prusse ; ce sont ordinairement de gros arbres qui ont trente ou quarante pieds de haut sans branches : ils ont vne grosse écorce et routi-e : ce bois ne pourrit pas si facilement que les autres ; c'est pourquoy on s'en sert ordinairement pour bastir. Ce qu'il y a de mal dans ce bois, c'est qu'il s'en trouue quantité de rouillé, ce qui le fait rebuter. De celuy-là il en vient par tout, en bonne et mauuaise terre : il ne produit point de gomme.

Il faut remarquer que tous les sapinages ne croissent que dans des lieux humides, à la reserue des Pins et Prusses, qui viennent aussi bien aux lieux secs qu'aux lieux humides.

Il y a vne autre espèce d'arbre qu'on appelle Kerable, qui vient fort gros et haut : le bois en est fort beau, nonobstant quoy on ne s'en sert à rien qu'à brûler, ou pour emmancher des outils, à quoy il est très-propre, à cause qu'il est extrêmement doux et fort. Quand on entaille ces Herables au Printemps, il en dégoûte quantité d'eau, qui est plus douce que de l'eau détrempée dans du sucre ; du moins plus agréable à boire.

L'arbre appelé Merisier, dénient gros et haut, bien droit. Son bois sert à faire du meuble, et a monter des armes. II est rouge dedans, et est le plus beau pour les ouurages qu'il y ait en ces quartiers. Il ne porte aucun fruit.

On l'a nommé Merisier, parce que son écorce est semblable aux Meri>iers de France.

Il y a aussi du bois de Hestre, fort beau et bon, qui porte de la fayne comme en France : mais l'on ne s'en sert qu'à brûler.

Il se trouue de deux sortes de Chesncs ; l'vn est plus poreux que l'autre. Le poreux est propre pour faire du meuble, et autre trauaille de menuzerie et de charpente : l'autre est propre à faire des Vaisseaux pour aller sur l'eau : ces arbres viennent hauts, gros, et droits, et surtout vers le Mont-Royal.

Il y a aussi do deux sortes de Fresne, l'vn appelé franc- Fresne, et l'autre Fresne-bastard : Ces arbres viennent bien hauts et bien droits, le bois en est fort beau et bon.

Il y a des Ormes qui viennent fort gros et hauts, le bois en est excellent, et les Charrons de ce Pays s'en seruent fort.

Il y a des Noyers de deux sortes, qui apportent des Noix : les vns les apportent grosses et dures ; mais le bois de l'arbre est fort tendre, et l'on ne s'en sert point, sinon à faire des sabots, à quoy il est fort propre : de celuy-là il y en a vers Québec et les Trois-Riuieres en quantité : mais peu en montant plus haut ; l'autre sorte de Noyers apporte des petites noix rondes, qui ont l'écale tendre comme celle de France ; mais le bois de l'arbre est fort dur, et rouge dedans : on commence d'en trouuer au Mont-Royal, et il y en a quantité dans le pays des Iroquois. Les Sauuages mesmes se seruent des Noix à faire de l'huile, laquelle est excellente.

V^ne autre espèce d'arbre, qu'on appelle de la Plaine, est quasi comme l'Herable ; mais vn peu plus tendre, qui sert à brusler.

Il y a du Boulleau, dont les arbres viennent fort gros et hauts ; nos Sauuages se seruent de l'écorce pour faire leurs canots, et pour couurir leurs cabanes portatiues ; cela se roiilant comme vn tableau, on le déroule et on l'étend sur

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deux OU trois perches plantées en terre, et on se met à l'abry là dessous, comme on feroit sous vne tente ; les Sauuagcs en font encore des plats et autres petits vaisseaux à leurs vsages ; le bois en est fort beau et bien sain, mais on ne s'en sert à rien icy.

Il se trouue aussi du Tremble de toutes façons ; c'est à dire, gros et petit, qui sert à la nourriture des Castors qui en avment fort l'écorce.

Il y a d'autres arbres appelez Bois-blanc, que quelques vns appellent Tillot ; le bois en est blanc et bien tendre, qui pourrit facilement à l'eau : l'escorce sert à nos Saunages en beaucoup d'vsages ; car celle des plus gros arbres leur sert à faire vne espèce de tonneau, dans lequel ils mettent leur grain et autres choses.

L'escorce des petits leur sert à lier, et mesme ils en font vn chanvre, duquel ils se seruent pour faire des cordages.

Il y a des Chattagniers et des Meuriers, qui se trouuent seulement dans le pays des Iroquois : pour les Chattagniers, il y en a en abondance, et qui raportent du fruit aussi bon que ceux de France : les arbres en sont beaucoup pins gros et plus grand.

Il se void quantité d'autres arbres au dit Pays des Iroquois, qui ne sont point icy dans nos cartiers, et dont ie ne sçay pas le nom ; seulement sçay-je bien qu'il y en a qui ont le bois rouge et fort propre à faire du meuble.

Il y a aussi en ces quartiers abondance de Coudriers, qui raportent force noisettes, sureau, épine blanche, qui apportent des fruits plus gros que ceux de France, et d'vn bien meilleur goust ; Pruniers qui apportent des prunes . rouges de la grosseur du Damas, et qui sont d'vn assez bon goust, mais non pas toutes fois si bon que celles de France.

Il y a des Saules et des Aulnes en abondance.

Il s'y trouue des Groseliers, qui apportent des groseilles de deux sortes ; les vues comme en France, les autres toutes . plaines de picquerons.

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Il y a des Gadeliers ou Groseilles rouges.

Il y a de petits arbres que l'on appelle Merisiers, qui apportent de deux ou trois sortes de petits fruits : le goust n'en est pas désagréable ; mais ils sont bien petits ; les arbres ne deuiennent iamais gros.

11 y a encore d'autres petits fruitiers semblables, qui ne valent pas la peine d'en parler, pour n'estre pas considérables.

Puisque ie suis sur les fruitiers, le n'obmettrez pas à vous parler des Framboisiers et Fraisiers, qui sont en tout ce Pays en si grande abondance, qu'il n'est pas croyaSle ; toutes les terres en sont remplies, et cela vient par dépit : cependant, ils produisent vne si grande quantité de fruits, que dans la saison on ne les peut épuiser : elles viennent plus grosses et de meilleur goust qu'en France.

Il se trouue d'vne autre sorte de petits fruits, gros comme de gros pois, ils s'appellent Bluets, et sont d'vn excellent goust : l'arbre qui les produit n'a pas plus d'vn pied de haut : ils ne croissent pas partout ; mais il y a des endroits où il y en a grande quantité.

Les Ronces de ce Pays produisent vn fruit qui est quasi d'aussi bon goust que nos meures de France ; il n'est pas si gros.

II y a quantité de petits fruits dont ie ne sçay pa^ les noms, et qui ne sont bas beaucoup exquis, mais se mangent faute d'autres.

Il y a aussi abondance de Vignes sauuages, qui portent des raisins : le grain n'en est pas si gros que celui de nos Vignes de France, ny les grappes si fournies : mais ie croy que si elles estoient cultiuées, elles ne ditîereroient en rien : le raisin en est vn peu acre, et fait de gros vin, qui tache beaucoup, et qui d'ordinaire est meilleur vu an après, que l'année qu'il est fait.

Quelques particuliers ont planté quelques pieds de Vigne venue de France dans leurs jardins, qui ont rapporté de fort beaux et bons raisins.

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On ii*a point encore planté icy d'arbres de France, sinon quelques Pommiers qui rapportent de fort bonnes pommes et en quantité, mais il y a bien peu de ces arbres.

NOMS DES ANIMAUX QTTI SE EENCOxVTEENT AU PAYS CE LA IVOUUELLE-FRANCE.

Cliapitie V»

Pour satisHûre à la promesse que j'ay faite dans mon premier Chapitre, de traiter de chaque chose en particulier : le vous feray ce Chapitre du nom des Animaux, et des lieux où ils se rencontrent d'ordinaire ; car comme vous sçauez, toutes les choses ne sont pas en vn mcsme endroit. Par ce moyen, ie vous usteray la confusion qu'on peut auoir dans l'esprit, prenant les choses en gros ou en gênerai.

Commençons donc par le plus commun et le plus vninersel de tous les Animaux de ce Pays, qui est l'Elan, qu'on appelle en ces quartiers icy Orignal : ils sont plus grands d'ordinaire que de grands Mulets, et ont a peu prés la teste faite de mesme. La différence qu'il y a, c'est que les masles portent des bois fourchus comme celuy des Cerfs, sinon qu'ils sont plats. Ils leur tombent tous les ans, et croissent tous les ans d'vn fourchon. La chair en est bonne et légère, et ne fait iamais de mal. La peau se porte en France pour la faire passer en buffle, la moiielle est medecinale contre les douleurs de nerfs. L'on dit que la corne du pied gauche est bonne pour le mal caduc : c'est vn animal bien haut sur jambe et bien dispos : il a le pied fendu : il est sans queue ; il se deffend des pieds de deuant comme les cerfs.

Le Caribou est vn animal de la ijauteur enuiron d'vne Asnc, mais qui est fort dispos. Le masle a le pied fourchu, etl'ouure si large en courant, qu'il n'enfonce point l'Hyuer

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dans les neiges quelques hautes qu'elles puissent estre;- II' porte vn bois fourchu, rond et bien pointu. La chair en est bonne à manger,, et délicate.

L'Ours est de couleur noire, et n'y en a point de blancs en ces quartiers, La peau des petits est estimée pour faire des manchons. Ils ne sont point mal-faisans si on ne les . irrite : la viande en est bonne à manger : la graisse fondue deuient comme de l'huile, et est bonne contre les humeurs froides. Il est six mois sans sortir des lieux oij il se tient caché : il se retire dans des creux d'arbres pour l'ordinaire : il ayme beaucoup le gland, de la vient qu'il y en a si grande abondance allant au Pays des Iroquois : il est carnassier, tuë les cochons pour les manger quand il en attrappe à l'écart.

Les Animaux qu'on appelle icy Vaches saunages, sont espèce de Cerfs : les masles portent des bois tout semblables, et quittent leurs bois tous les ans : ils ont le pied fourchu ; ils sont grands comme de grands Cerfs, la viande en est délicate, et ces Animaux vont ordinairement par bandes, et ne se rencontrent pas partout. On n'en void point au dessous des Trois-Riuieres, mais bien au dessus ; plus on monte en haut vers les Iroquois, et plus il y en a.

Il y a aussi des Animaux qu'on appelle Cerfs, qui sont de la mesme façon que ceux de France, à la reserue qu'ils sont plus petits, et d'un poil plus blanchastre. De ceux là il ne s'en trouue pas au dessous du Mont Royal, mais bien au dessus ; montant plus haut, il y en a sans nombre.

Quant est des Animaux qu'on appelle Bufles, il ne s'en trouue que dans le pays des Outaoùak, enuiron à quatre ou cinq cens lieues de Québec, tirant vers l'Occident et le Septentrion.

Il y a des Loups de doux sortes, les vns s'appellent Loups Ceruiers, dont la peau est excellente à faire des fourures. Ces Animaux abondent du costé du Nort, et il s'en trouue peu proche nos habitations ; les autres sont Loups cora-

muns, qui ne sont pas du tout si grands que ceux de France, ny si malins, et ont la peau plus belle : ils ne laissent pas d'estre carnassiers, et font la guerre aux Animaux dans les bois : et quand ils trouuent de nos petits chiens à l'écart, il les mangent. Il y en a peu vers Québec. Ils sont plus communs à mesure que l'on monte en haut.

Il y a aussi quantité de Renards par tout le Pays : commç ie ne trouue point qu'il y ait de différence auec ceux de France, ie n'en parleray point ; sinon qu'il s'en trouue quelquefois de noirs, mais bien rarenjent.

Il y a vn autre sorte d'animal plus petit qu'vn Renard, qui monte sur les arbres ; on l'appelle Enfant du Diable ; il est extrêmement carnacier, et il a l'industrie de tuer des Elans : la chair en est bonne.

Il y a aussi quantité de Martres ; mais elles sont toutes rousses, et il ne s'en void point de noires.

Il y a d'autres Animaux que l'on appelle des Chats saunages, quoy qu'ils ne ressemblent gueres aux autres Chats ; mais c'est à. cause qu'ils grimpent aux arbres : ils sont plus gros beaucoup que les nostres : ils sont d'ordinaire extrêmement gras, la viande en est bonne : les Sauuages se seruent de la peau pour en faire des robes.

Il y a des Porcs-Epics. Les Sauuages se seruent du poil qui est fort gros, creux et pointu par les deux bouts, pour faire diuers petits ouurages qui leur seruent d'ornemens parmy eux, comme les passemens parmy nous : la viande de cet animal est bonne.

Il y a vn autre animal vn peu plus petit, qu'on nommo Sifleur : il loge en terre et fait vne tanière comme le renard ; la viande en est aussi bonne.

Il y a quantité de Lièvres, ils ne sont pas si grands que ceux de France : Ce qui est remarquable, c'est qu'en Esté ils sont Lms, et l'Hyuer ils sont blancs : ainsi ils changent deux fois de couleur l'année.

Il y a d'autres animaux que l'on appelle Bestc puante^,

Cet animal ne court pas viste : quand il se voici poursuîuy, il vrine : mais cette vrine est si puante, qu'elle infecte tout le voisinage, et plus de quinze iours ou trois semaines après, on sent encore l'odeur approchant du lieu. Cet animal étrangle les poules quand il les peut atraper.

Il y en a vne autre espèce d'animaux qui leur font la guerre, qui sont beaucoup plus petits, que l'on nomme Peâcheurs, parce qu'ils vont dans le fond de l'eau comme à terre.

Il y a quatre sortes d'Escurieux, les vns sont roux comme ceux de France ; d'autres sont plus petits, et ont deux barres blanches et noires tout le long du dos ; on les nomme Escurieux Suisses : il y en a d'vne troisième sorte qui sont gros €t cendrez, qu'on appelle Escurieux Volans, parce qu'ils volent en effet d'vn arbre sur l'autre, par le moyen de certaines peaux qui s'estendent lorsqu'ils ouurent les pâtes : ils ne volent iamais en montant comme les oyseaux, mais ■droit ou en descendant ; ils sont beaux et mignons : la quatrième espèce sont des Escurieux noirs ; ils sont plus gros que tous les autres : la peau en est tres-belîe, et les Sauua""es s'en seruent à faire des robes : cet animal est joly et curieux ; mais il ne s'en trouue que dans le pays des Iroquois.

Apres cela nous parlerons des Animaux Amphibies, qui viuent et dans Teau et sur terre, comme Castor, Loutre, et Rat musqué.

Le Castor ou Biévre est vn animal qui a les jambes fort courtes, vit dans l'eau et sur terre : il a vne grande queue platte, dont la peau est en façon d'écaille : vous sçauez que le poil sert à faire des chapeaux, et c'est le grand traltic de ce Pays-icy.

Ces animaux multiplient beaucoup ; la chair en est délicate comme celle do mouton : les testicules sont recherchez par les Apoticaires. Cet animal tout grossier qu'il est, a vne merueilleuse industrie, non seulement à se loger dans l'eau et dans terre, mais surtout a bastir des digues : car

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ils ont l'addresse d'arester de petites riuieres, et de faire des chaussées que l'eau ne peut rompre, et font par ce moyen noyer vn grand Pays qui leur sert d'Estang pour se joiier, et pour y faire leur demeure. Les Saunages qui vont à la chasse, ont toutes les peines du monde à rompre ces digues. Les Castors qui sont du costé du Nort valent bien mieux, et le poil en est plus excellent que de ceux du costé du Sud.

Pour les Loutres ils se trouuent d'ordinaire dans les lacs ; il y en a quelques-vns qui ont la peau assez belle.

Le Rat musqué est vn animal qui vit dans l'eau, et qui est asseurément estimé pour les testicules qui sentent le musc pendant deux mois, qui est le tems qu'ils sont en chaleur, sçauoir Auril et May : leur peau ressemble à celle d'vn Lapin, tant pour la couleur que pour la grandeur ; la chair en est bonne.

Il y a aussi des Belettes, Mulots, Taupes, et Souris : Voila pour ce qui est des animaux du Pays. Voicy le nom de ceux que l'on amené de France, des Bœufs et des Vaches : les Bœufs seruent à labourer la terre, et à traîner du bois l'Hyuer sur les neiges. Des Cochons en grand nombre : des INÎoutons il y en a peu : des Chiens, des Chats, et des Rats. Voila les animaux que l'on nous a amené de France, qui font bonne fin en ce Pays-icy,

Apres auoir parlé de tous les animaux qui sont dans le Pays, disons vn mot des Reptiles qui s'y trouuent.

Il s'y void des Couleuures de plusieurs sortes : il y en a qui ont la peau émaillée de blanc et de noir ; d'autres de jaune et de verd : elles ne sont pas mal-faisantes, du moins on ne s'en est pas encore apperceu : les plus longues sont enuiron d'vne aulne ; mais il y on a peu de si longues. Plus on va en haut, plus il y en a.

Dans le Pays des Iroquois, il y en a d'vne autre sorte que l'on appelle des Couleuures à sonnettes : celles-là sont dangereuses, elles mordent quelquefois les Saunages, qui en mourroient en peu de temps, n'estoit la connoissance d'vne

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berbe qu'ils ont, laquelle croist en ce Pays, qui estant appliquée sur la blessure en forme de cataplasme, en tire tout le venin.

Il y a (les Lézards et autres petits animaux semblables : des Crapaux, mais ie n'en ay jamais veu de si gros en France.

Il y a des Grenouilles de plusieurs sortes ; j'en ay veu de trois, sçauoir les mes aussi grosses que le pied d'vn cheual, qui sont vertes et se trouuent sur le bord du grand Fleuue ; elles meuglent le soir comme vn Bœuf, et plusieurs de nos nouiieaux venus y ont esté trompez, croyans entendre des Vacbes sauuages ; ils ne le vouloient pas croire quand on leur disoit que c'estoit des grenouilles, on les entend d'vne grande lieuë. Les Sauuages, Hurons, les mangent, et disent qu'elles sont fort bonnes.

Il v en a d'autres semblables à celles de France, et c'est de celles-là qu'il y en a plus grand nombre.

l'en ay veu d'vne troisième sorte, qui sont toutes comme les grenouilles communes, sinon qu'elles ont vne queue : ie n'ay iamais veu de celles-là qu'en vn seul endroit, le long d'vne petite riuiere ; mais j'en vis plus d'vn cent.

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