‹ Album du Salon de 1840Chapitre 11 sur 24 · DE L'ABBAYE DE LONGPONT · texte numérisé non relu

DE L'ABBAYE DE LONGPONT

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Qui peut rester insensible à la vue d'une fleur? — Ces couleurs éclatantes et variées, ces délicieux parfums nous captivent. La fleur, c'est le diamant de la végétation; la verdure nous calme et nous repose, la fleur nous sourit. Sans doute, il n'y a que le méchant qui n'aime pas les fleurs, parce qu'elles ont un langage innocent et pur, parce qu'elles portent aux douces rêveries. Mais le poëte entend et commente ce langage, et il n'est pas indifférent aux prairies, aux parterres, tous ces bosquets prodigués par la nature.

Nous savons bien que les fleurs d'un si ravissant aspect se refusent presque à être pourtraictées par le pinceau ; les fleurs artificielles nous semblent souvent être autant de parodies. Mais aussi , dans notre France qui n'a pas de printemps, et dont l'été passe comme un rêve, il faut que nous puissions nous créer nous-mêmes une éternelle saison de fleurs. Voyez, le présent disparaît si vite, que nous avons tout de suite besoin de souvenirs !

Un tableau de fleurs qu'on regarde en hiver, c'est comme un coin d'azur illuminant le ciel pendant l'orage. Le tableau nous semble parfait, le ciel nous paraît aussi bleu que le saphir.

La vue de l'Abbaye de Longponi (département de l'Aisne), est une

innovation heureuse. Il y a à la fois paysage et étude de fleurs. C'est un gracieux enclos où se trouvent réunis la lumière , les fleurs, les fruits et les instruments du jardinage. Nous y apercevons l'antique abbaye de Longpont, dans la partie habitée aujourd'hui par M. de Montesquiou. Une riche nature est étalée sous ces voûtes ridées par le temps; tout y est gracieux, jusqu'à ces saules qui courbent tristement leur tête inclinée vers la terre, jusqu'à ces tiges rampantes qui s'attachent à la pierre pour lui donner la vie.

M. et M"" Champin ont tous deux un joli talent. Il n'est pas que nous nous rappelons plusieurs magnifiques bouquets de fleurs dessinés par M"" Champin. Quant à M. Champin, c'est à lui que nous devons les aquarelles les plus importantes qui aient jamais été faites. Il s'est placé depuis longtemps au nombre de nos plus habiles lithographes, et travaille ardemment à perfectionner cet art qui ne manque pas d'avenir.

M. Champin a publié deux ouvrages fort remarquables, et que nous croyons devoir signaler dans cette notice. Nous voulons parler de Pans historique, dont le texte est sorti de la plume élégante et spirituelle de M. Charles Nodier, et surtout de la Grande Chartreuse, série de vues admirablement exécutées et d'une exactitude parfaite.

L'aquarelle originale de la lithographie que nous donnons ici appartient à M. Rhoné, grand amateur, et l'un des Mécènes qui se plaisent à encourager activement les beaux-arts.

M. Jean-Jacques Champin est né à Sceaux en 1796. Il est élève de M. Storelli , et a exposé pour la première fois en 1819. Il a obtenu la médaille de première classe en 1831 . Il a longtemps voyagé en France , en Suisse, en Piémont, et possède une collection nombreuse de sites d'après nature.

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