DU CHATEAU DE FONTAINEBLEAU
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Lithographie par 11 Victor Petit
Christine-Alessandra , la fille de Gustave-Adolphe , mena une existence de reine et de savante. Pendant vingt et un ans elle gouverna la Suède avec sagesse, avec esprit; puis elle se dégoûta du trône. Au grand étonnement de toute l'Europe, elle abdiqua les splendeurs royales au profit de son cousin, et visita la Flandre et l'Italie. C'est après ces deux voyages qu'elle vint se fixer en France, à Fontainebleau. Là , elle fut reine encore , par les grâces et les talents. Sa cour nombreuse se composait des poètes, des savants de l'époque, et Louis XIV lui-même , rendit de grands honneurs à Christine. L'arrivée de la reine de Suède à Fontainebleau fit du bruit en France : on lui trouvait des manières étranges , des idées excentiques , pour une personne de sa qualité.
Mais ce que l'on condamna à bon droit dans sa conduite , ce fut le meurtre de Monaldeschi. Le châtiment du coupable, ainsi puni par des voies illégales, ressemblait trop à une vengeance. Reine , elle eût commis là un excès de pouvoir. Devenue , par son séjour en France , hôtesse et presque sujette de Louis XIV, son fait portait atteinte à la justice royale
M. Justin Ouvrié , voulant peindre la Cour ovale de ce palais ,qu'ha-
bitèrent tant de princes célèbres , a su donner à son tableau un autre intérêt encore quecelui qui ressort exclusivement de l'art. Ils' est figuré voir Fontainebleau pendant le dix-huitième siècle, et de plus, il achoisi pour sujet l'arrivée de Christine. C'est en effet, avec l'abdication de Napoléon , l'événement historique qui préoccupe le plus ceux qui visitent aujourd'hui ce magnifique palais. Les gardiens ne connaissent que ces trois demandes : La cour des Adieux?— la chambre de Christine ? — le tombeau de Monaldeschi? tombeau qui est à Avon , village près de Fontainebleau.
Cette cour ovale est un assemblage d'architectures diverses. François I", Henri IV et Napoléon, se sont surtout complu à l'embellir à leur manière. On y voit du style renaissance, clu style Louis XIII, et de Y arrangement impérial. — Un monument est resté debout, qui avait vu les fêtes, qui s'était ressenti les caprices de plusieurs têtes couronnées qui ne sont plus!
Le tableau de M. Justin Ouvrié est d'abord d'une exactitude scrupuleuse, jusque clans les moindre détails; et l'exactitude du dessin est à l'architecture ce que la ressemblance est au portrait, elle est aussi indispensable que parfois difficile à obtenir. La couleur différente des bâtiments de diverses époques de la Cour ovale , est finement et habilement indiquée. Et ici , nous ne pouvons nous empêcher d'adresser le même éloge au lithographe, M. Victor Petit. Revenant au peintre , nous ajouterons que son tableau est plein de lumière et d'harmonie, et que les figures, bien disposées, concourrent à l'effet heureux de ce charmant tableau.
M. Justin Ouvrié a exposé aussi de jolies aquarelles.
M. Justin Ouvrié est né à Paris en 1806. Il est élève de M. le baron Taylor, de M. Abel de Pujol, et de M. Chatillon, architecte. Aux expositions du Louvre qui se sont succédé depuis 1829 , il a envoyé un grand nombre d'aquarelles et de tableaux inspirés par l'Angleterre, l'Allemagne et l'Italie, qu'il a visitées. Il a obtenu une médaille d'or en 1831.
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Dante Alighieri naquit à Florence, la merveille toscane, en 126S. Il consacra les prémices de sa Muse à l'amour, comme disent les biographes.
Dante est, selon nous, l'imagination personnifiée; son œuvre est multiple, chacune de ses pensées eu contient implicitement mille autres. C'est là le propre du génie, c'est là sa fécondité; il semble vouloir exprimer toujours moins qu'il ne pense. Lorsqu'on lit les vers de Dante, on sent qu'il y aurait tout un commentaire à essayer sur chacun d'eux.
Il fut le plus grand homme de son siècle, et c'est à lui que l'Italie a dû sa suprématie intellectuelle pendant le moyen âge. A cause de lui qui avait marqué la route, elle brilla au moment où les autres nations de l'Europe commençaient à peine à sortir de la barbarie. Ce n'est pas tout : ce poëte (chose inouïe!) ce poëte, qui avait devancé son époque, ne perdit jamais dans la suite sa position suprême. D'autres ont eu plus de forme, plus de pureté; aucun ne l'a surpassé pour le génie.
Lisez le Dante, et vous serez inspiré. C'est une intarissable source qui coule pour tous, pour le poëte, pour le peintre, pour le statuaire, pour le musicien. Cet effrayant génie suffit à en alimenter plusieurs autres; et combien de chefs-d'œuvre ne devons-nous pas à Dante, outre ses propres ouvrages! Comment n'en serait-il pas ainsi?
« Voulez-vous être remué, dit M. de Chateaubriand dans son Génie du Christianisme; voulez-vous savoir jusqu'où l'imagination de la douleur peut s'étendre? voulez-vous connaître la poésie des tortures et les hymnes de la chair et du sang? Descendez clans l'Enfer du Dante. »
On connaît l'épisode de Beatrix. C'est le plus beau passage du Purgatoire; c'est, avec Franc.esca di Rimini , la plus magnifique création du poëte italien. II lui a prêté tant de charmes, tant de vertus, tant de prestiges, qu'il s'est surpris à l'aimer. Elle lui a retracé le modèle parfait de la sainte passion de l'amour; elle lui est apparue en songe; elle lui a soufflé l'inspiration; la créature a contribué au pouvoir de son créateur.
Longtemps le Dante a été méconnu en France. On n'oubliera pas, plus tard, que la nouvelle école littéraire a réparé cette énorme injus-" tice de plusieurs siècles, et qu'elle a su comprendre toute la sublimité poétique et philosophique du Florentin. Les Chateaubriand, les Hugo, les Michelet, les Ingres, les Delacroix, les Louis Boulanger, et mille autres, n'ont pas dédaigné de s'inspirer de ses œuvres. L'art ne périt jamais; tôt ou tard il sort vainqueur des chaînes qu'on lui avait données. C'est ainsi que furent réhabilitées ces grandes figures du moyen âge, que nos pères trouvaient si barbares,
L'Apparition de Beatrix au Dante a été parfaitement comprise et exécutée avec talent par M. Henri Delaborde. Il y a dans ce joli tableau des qualités de premier ordre, de l'harmonie, et une certaine teinte radieuse qui va bien au sujet. On voit que M. Henri Delaborde a étudié les maîtres avec fruit.
M. Henri Delaborde est né à Rennes en 18ï2 I) est élève de M. Delaroche. II a obtenu une médaille d'or en 1837.
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.Près de l'avenue conduisant à la Lanterne de Diogène, rAlLIâU FUIT PAIE M„ JA^UEi CTIAïIP t
Lithographie par lui-iucmc.
Le château de Saint-Cloud appartenait à la maison d'Orléans, lorsque Marie-Antoinette, à laquelle il plaisait beaucoup, en fit l'acquisition en 1782. Elle y passa de douces journées, dans l'imprévoyance de la catastrophe politique qui se préparait.
En 1793, le parc et le château furent mis au nombre des propriétés nationales. On ne conserva qu'une partie des jardins, et le reste dut servir à des plantations utiles. On y remarquait, ainsi qu'à Versailles, quelques champs de légumes. Cette double destinée ne dura que fort peu d'années. Saint-Cloud redevint complètement un lieu de plaisance; et, sous le gouvernement directorial, le conseil des Cinq-cents et celui des Anciens y furent transférés.
C'est laque se passa, comme on sait, la révolution de Brumaire, une des plus grandes épreuves de la vie politique de Napoléon. Le souvenir de sa réussite lui resta longtemps au cœur, et l'Empereur fit de Saint-Cloud ce que les Bourbons avaient fait de Versailles. Il y résidait habituellement, sitôt que le démon de la guerre cessait de l'agiter. C'est de Saint-Cloud que sont datés la plupart de ces magnifiques décrets, aussi importants que des victoires, et où il s'occupait de la prospérité matérielle de la France. L'Europe entière connaissait le Cabinet de Saint-Cloud.
Napoléon prodigua les embellissements au parc et au palais. De
nombreux artistes s'appliquèrent à le décorer, et les fêtes les plus somptueuses s'y succédaient.
Le parc de Saint-Cloud est bien situé; il est accidenté , frais, sombre en mille endroits. Si l'on monte jusqu'à une certaine position en forme de terrasse, et où se trouve la Lanterne de Diogène, on jouit d'un coup d'œil magnifique; on aperçoit au loin Paris, avec ses dômes et ses tours, ses hautes maisons; la Seine se déroule dans la campagne comme un large ruban d'argent, et l'on découvre la belle avenue des Champs-Elysées.
A l'intérieur, si l'on se place à une des fenêtres du palais, la vue est bornée, mais cependant délicieuse. Ce sont des massifs de chênes et de marronniers verts, qui forment l'horizon d'un parterre émaillé de fleurs. L'aspect général est simple. Bien sûr, le parc de Saint-Cloud est un des plus pittoresques qui existent en France, dans les domaines royaux.
C'est en face du château que M. Guiaud s'est placé pour peindre son tableau. C'était le plus beau point de vue. 11 l'a rendu exactement, fidèlement, de manière à évoquer nos souvenirs. Les tons variés et riches des arbres s'y font bien sentir; le terrain du premier plan est bien peint, le ciel est lumineux. En résumé, c'est un bon tableau.
M. Guiaud a fait avec succès de nombreuses et charmantes aquarelles, et a enrichi de ses dessins plusieurs magnifiques publications.
M. Jacques Guiaud est né à Chambéry le là mai 1810. 11 est élève de MM. Léon Goignet, Watelet et Gué. 11 a voyagé en Italie , dans le Tyrol , en Allemagne et en Belgique , et a exécuté , d'après quelques-unes des études faites dans ces différents pays , des tableaux qui ont été acquis par le Roi.
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Lithographie par lui-même
Sur la porte, au dehors, ces mots sont écrits : Atelier d'aniste; et quand vous les lisez, une voix mystérieuse se fait entendre; elle vous dit que dans ce modeste réduit habite l'Étude, qu'au seuil de cette porte où vous allez frapper, viennent expirer tous les bruits et toutes les niaises futilités du monde; que c'est lé lieu des rêves dorés, des enthousiasmes, des extases, et qu'il ne faut pas le profaner, vous, riches et somptueux, parce que sa pauvreté apparente cache le génie et la grandeur.
Mais nous sommes au seizième siècle; vous êtes un digne émule des Léon X et des Laurent de Médicis, vous vous intéressez aux œuvresd'art et vous donnez au maître, non-seulement votre or, mais, ce qui vaut mieux encore, votre estime, car on ne paie pas une production du génie. Entrez donc, soyez le bienvenu.
C'est un jeune sculpteur des temps modernes, ayant le poignard au côté, la longue chevelure, le maintien chevaleresque. Son ciseau taille dans le marbre un groupe auquel il va donner la vie; il contemple avec amour cette création. La critique n'a point encore jeté sur son œuvre ses regards impitoyablement scrutateurs; ses amis, ses protecteurs seuls l'ont vue et l'ont admirée par avance. Quel espoir ! Oh !
que l'artiste est heureux dans ces moments-là!
Derrière lui, deux belles jeunes filles au sourire gracieux. Qui sait? il y en a sans doute une qui l'aime et qui l'inspire. N'en est-il pas ton-
jours ainsi? ne faut-il pas toujours un ange aux côtés de l'artiste: une mère, une sœur, une amie? Bien sûr, il a reproduit les traits de l'une d'elles, et celle-là est peut-être pour beaucoup dans l'accomplissement du chef-d'œuvre.
Les beaux-arts sont frères. Un concert s'est organisé dans l'atelier du sculpteur; il est d'autant plus agréable qu'il est impromptu. Je me doute bien du caractère de la musique qu'on y exécute, car ici on aime l'art pour l'art. — Écoutez, monseigneur. Avez-vous jamais entendu quelque chose de plus harmonieux et de plus pur dans vos éblouissantes galeries? cette musique vous a-t-elle fait autant d'impression? Comment ne serait-elle pas supérieure ici? l'âme de l'artiste est une commotion électrique qui communique aux idées et aux choses son moi inimitable.
J'ai décrit le délicieux petit tableau de M. Baron. Je ne pense pas qu'il soit inexact de dire que c'est une des plus parfaites miniatures à l'huile de l'exposition. Cela a l'aspect du fini sans en avoir les défauts; cela est gracieux de composition, de forme et de couleur. Nous pouvons en dire autant de la Villa dans le pays Latin, qui forme, avec l' Atelier de sculpteur, l'envoi de M. Baron. Ce jeune peintre est du nombre de ceux dont on voudrait voir plus d'ouvrages, et de plus importants; ce n'est pas le moindre éloge que l'on puisse lui faire par le temps qui court.
M. Henri Baron est né à Besançon en 1816. Il est élève de M. Gigoux.
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«rave par H. A. Wacquez.
La vallée de Java — Guevo-Oupas en langue javanaise— a environ un mille de circonférence. Elle est entourée de coteaux escarpés où croît une superbe végétation; on dirait d'une ronce sanglante au cœur d'un parterre de fleurs. Lorsqu'on descend dans cette vallée empoisonnée, un air fétide étourdit et force à reculer. Les oiseaux meurent en la traversant; et, au rapport d'un voyageur, on y voit beaucoup de squelettes d'hommes, de tigres, de sangliers, de cerfs, dont les os à demi consumés, sont aussi blancs que l'ivoire.
Mais laissons parler ici le chirurgien hollandais Forsœck; c'est son récit qui a inspiré M. Jeanron.
« Le bohom-upas, entouré seulement de quelques arbres de son espèce, croît au milieu des rochers, dans une vallée profonde de l'île de Java. Il exhale de malignes vapeurs qui détruisent la végétation d'alentour. Les criminels condamnés à mort obtiennent la faveur de chercher leur salut en essayant de recueillir la gomme qui en découle. Munis d'une boîte d'écaillé, de gants et d'un capuchon de peau, ils suivent un ruisseau qui les conduit à la vallée de la mort. Celui qui est assez heureux pour en revenir est reçu avec transport par les habitants de Java, qui trempent leurs flèches dans ce poison mortel. »
Nous savons que tout cela a été contesté ; mais nous abandonnons l'authenticité scientifique pour n'examiner que la question d'art. M. Jeanron a parfaitement senti quel devait être l'aspect de son pay-
sage. D'abord, selon le climat, les terrains sont brûlants et desséchés, excepté à de rares intervalles. Ce ruisseau tiède coule sur un lit de cailloux et de racines pétrifiées. Comme ces arbres sont jaunes ! à peine si leurs feuilles se sont développées. Le ciel est nuageux, triste, plein de vapeurs ; en voyant là ces cadavres entassés, je me doute bien que c'est la nature qui les a assassinés, et qu'ils ont fait mille efforts pour triompher d'elle. L'ombre même de ces rochers est perfide. Mon Dieu ! ce criminel qui s'approche de l'arbre pour y recueillir le poison, n'estil pas déjà frappé de mort ! A la vue de ses compagnons étendus par terre, comment a-t-il osé... ? Et la liberté !
Il y a, dans le tableau de M. Jeanron, imagination et science, les deux conditions nécessaires d'une œuvre complète. De même que cette nature javanaise est exceptionnelle, de même il a cherché à donner au paysage un caractère particulier. La forme, le dessin, la couleur, nous y rencontrons tout réuni. En regardant son tableau , notre illusion a été telle que nous avons tremblé ; et cependant nous ne pouvions en détacher nos yeux ni notre esprit. Dans le Bolmm-L'pas , on s'aperçoit que M. Jeanron n'est pas que paysagiste; les personnages y sont parfaitement dessinés.
M. Jeanron a exposé un autre paysage, les Bords de la petite Briance, dans la Haute-Vienne ; c'est un petit point de vue lumineux et d'une fraîche végétation. Le portrait de M. Aimé Martin, du même peintre, est ressemblant d'abord , et de plus, vigoureux de couleur et de dessin.
Un mot maintenant de la gravure qui reproduit le tableau de Bohom- Upas. Autant l'œuvre était parfaite, autant elle était difficile à rendre exactement. M. Wacquez, qui a exposé lui-même cette année une belle Vierge, d'après un dessin de Raphaël, n'est pas resté ici au-dessous de son modèle.
M. Philippe-Auguste Jcauron est né, en 1810, à Boulogne-sur-Mer. Tl est, avec M. Léopold Leclanché, traducteur et commentateur du Fasari. Il a visité l'Auvergne et tout le midi de la Fiance.
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