‹ Album du Salon de 1841Chapitre 13 sur 36 · GUÉ · texte numérisé non relu

GUÉ

M. Gué veut être gracieux d’un côté et terrible de l’autre : suivre dans le ciel des hommes les grandes prophéties, ces flamboyantes comètes , dérouler leur chevelure fatale, et passer ses doigts bienveillants dans les blonds cheveux de ces aimables enfants qu'il aime à peindre. Voici qu'il s'arrête à sourire aux joues roses et aux joies enfantines, puis qu'il met sessandales, se serre dans son manteau, et se prend à errer parmi les éternelles ruines, poursuivi par la pensée des cataclysmes à venir.

Il y a une noble hardiesse à vouloir arriver ainsi à être complet ; et peutêtre une trop grande hardiesse, car ils peuvent venir à vous manquer ces vigoureux coups d’aile qui vous portent et vous maintiennent au sublime.

Le jugement dernier était donc, selon nous, un sujet trop hasardeux , — un de ces sujets qui terrassent le talent assez osé pour se prendre à lutter avec eux. [l est vrai que cette scène est disposée avec art, et rappelle, par le bel effet, que M. Gue était peintre en décorations, — ceci est un éloge. — Îl'est vrai que la foule des hommes qui se recomposent de la poussière terrestre nous semblent dans un sentiment plus juste que les squelettes qu'on nous à montrés, Jusqu'à ce jour, soulevant la lourde pierre de leur tombeau; il est vrai encore que l'ange à la trompette est posé avec un cer tain goût fantastique , et qui tend à être terrible. Eh bien! malgré tous ces mérites, ce tableau laisse à désirer. Quoi ? Les grands épouvantements dont parle l'Écriture, et les grincements de dents. C’est là un jugement dernier un peu dix-neuvième siècle, l'enfer n’y a pas grande part.

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