‹ Album du Salon de 1841Chapitre 12 sur 36 · LATE A · texte numérisé non relu

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Nous aurions été très-curieux d'assister à cet engagement; malheureusement, la fumée nous a complétement dérobé les vaisseaux M. Gudin a voulu que, dans son histoire de la mer, dont toutes les pages sont si rayonnantes, pas un effet ne füt oublié. C’est de la couleur locale poussée un peu loin, peut-être.

Mais tout ce brouillard est dissipé. Un splendide soleil éclaire le ciel; le disque est caché par la voilure où glissent de fauves transparences; les lames qui se déroulent d'une façon onctueuse, sont comme ourlées d’or. La fumée blanche des canons brode ses capricieuses spirales sur les nuages jaunes ; car nous assistons à un combat. Un vaisseau français se défend seul contre vingtcinq galères espagnoles. IT fait beau voir le majestueux navire entouré de feu et de fumée comme un volcan, et assailli par cette foule de lourdes araignées de mer, avec leurs rames en guise de pattes, et qu'on appelle des ga lères. C'est qu’une galère maintenant est une monstruosité. Ce tableau , outre le fait historique qu'il consacre (1634), nous semble représenter merveilleusement la lutte de la marine civilisée contre la marine sauvage et phocéenne. Mais qui sait? les galères auront leur tour. Le jour n’est peutêtre pas loin où un panache de fumée remplacera toute cette orgueilleuse mâture ; et un bâtiment à vapeur, qu'est-ce autre chose qu'une galère dont les rames se sont réunies et s'irradient en forme de roues pour frapper l’eau ? Chassez le naturel, il revient au galop. Nous nous mettons à rêver au milieu d’un combat ; le moment est bien choisi, en vérité, quand il s’agit de continuer sa route horizontalement ou perpendiculairement, c'est-à-dire de passer outre ou d’être coulé à fond. Mais remettez-vous de votre trouble; voyez celte galère qui s'enfonce et diminue dans l'eau comme un glaçon; son pont est couvert de monde; on y devine le désordre et le désespoir, et le flot n’en monte pas moins avec tranquillité et calme, comme tout ce qui est infaillible. C'est effrayant.

Que vous dirai-je du n° 914, M. de Pointis, avec cinq vaisseaux , attaquant sept vaisseaux anglais. Le soleil, dans ce tableau encore , rayonne au milieu du ciel, mais son orbe n’est point caché, il scintille là devant vous : c’est à fermer les yeux. Disons-le, il y a dans ce tableau une pensée philosophique : ces tout petits bâtiments perdus dans l'immensité des mers, et se chamaillant sous la magnificence de cet astre, forment une heureuse opposition entre la petitesse de nos œuvres et la grandeur de celles de Dieu.

Dans la prise de quatre vaisseaux hollandais par le marquis de Coëtlogon, M. Gudin, ce roi de la lumière, cet esprit moitié salamandre et moitié feu follet, né de la rencontre d’un rayon de soleil et d'un rayon de lune, M. Gudin a été merveilleusement hardi. A gauche, l'horizon est de pourpre; à droite, la lune brille dans l’azur sombre du ciel, et jette dans le flot comme des poignées de pièces d'argent. Au milieu un vaisseau est coulé à fond. Toute sa poupe est dans la mer, et sa proue, entièrement dorée, luit aux dernières lueurs du soleil. Et tout cela est d'une admirable harmonie !

M. Gudin nous rappelle le mot de ce vieux marin : « Je n'ai jamais vu la mer deux fois de même. » M. Gudiu ne l’a jamais peinte deux fois de même. Ainsi, dans la bataille navale de Malaga, s'étend à perte de vue une mer miroitante, avec mille reflets mobiles. Lei, le brillant et la solidité de la glace; là, des taches huileuses; plus loin, des traînées d'un vert foncé ; puis encore les nuances de la nacre ou les teintes azurées du ciel.

Mais qu'ai-je entrepris de vouloir vous décrire tous ces tableaux étincelants? Que pourrai-je produire avec cette maussade encre noire sur du papier.

Cependant , il faut que je vous parle du plus remarquable tableau de M. Gudin, aussi bien ce sera une occasion toute trouvée de regagner la terre ferme.

Le soleil, large et blafard, se couche dans quelques nuées aqueuses. Les étoiles , ces trous lumineux dont il semble que l'étoffe du ciel soit criblée, commencent à scintiller. Sur la mer, la brume bleue et froide du crépuscule se lève à l'horizon. Les flots roulent à grand bruit sur le sable leur robe verte fourrée , au bord, de cette hermine vaporeuse, qui est l'écume. I fait sombre. On voit reluire sur la côte de grandes flaques d’eau , et se dessiner, aux dernières lueurs du soleil, un chemin dont l'œil suit, dans une lumière douteuse, les capricieuses sinuosités. Quelques pêcheurs, qui sans doute regagnent leurs cabanes, se détachent en silhouettes tout au bout de ce chemin. C’est bien l'heure où il ne fait plus jour, où il ne fait pas nuit; où tout est doute, fantaisie , forme étrange ; où l'on voit assez des gens qu'on rencontre par occurrence, pour n'en rien distinguer.

Je ne saurais vous dire tout le charme toute la vérité, tout l'immense mérite de ce tableau ; la fluidité de cette eau , la froideur de cristal de cet horizon, le poudreux de ce soleil couchant, et la solidité de ce chemin.

Enfin, nonobstant certaine facilité, qui, dans quelques tableaux, se trahit par des impatiences de pinceau, M. Gudin, cette année, se montre à la hauteur de sa réputation, et ce n’est pas un petit éloge.

WILLIAM WYLD.

| Les Anglais vivent partout ailleurs que chez eux, dit-on souvent; ce | n'est pas étonnant , ils voient l'Angleterre partout; ils marchent entourés | du brouillard britannique; pour eux, l'Itahe n'existe qu'avec des horizons vaporeux, et les zones torrides sont consolées par un ciel gravure englaise. | M. Wyld sait comprendre ce qu'il voit; il ne teint pas en blond les che- | veux noirs de la nature orientale; il ne jette pas sur les contours fière- | ment accentués des climats chauds , le voile des brures nationales. C'est là un grand mérite. Mais M. Wyld, tout habile artiste qu'il est, n’a pu, nonobstant les goûts cosmopolites de son talent, lui faire perdre certain ac | | | cent insulaire, certain air de famille qui le trahit toujours. Ainsi, M. W yid se | donne un mal exorbitant; ses tableaux ont encore un peu l'air d'une vi- || gnette anglaise chaudement coloriée. Cet artiste est trop obséquieux , trop minutieux avec la nature ; il faut la traiter plus simplement, plus sans façon. Si nous insistons sur ce point, c'est que M. Wyld est un grand artiste , et qu il ne lui manque qu'un peu de paresse et de laisser-aller.

La Vue de Naples est de la véritable et bonne Italie. La ville nonchalante |

| et blanche, accroupie sur le bord de la mer, se mire dans le flot bleu. Cette | | eau à un scinlillement et un miroitage extraordinaires; mais, sur le pre- | mier plan, elle n’est plus de niveau, elle tombe.

Un autre tableau de M. Wyld nous transporte à Calais, et autant, dans la | | vue de Naples, l'œil, par un vague instinct, cherchait les coins où l'ombre

tend son manteau de gaze violette, autant dans la ville française on irait vo— | | lontiers s’adosser à ces pans de murs à peine attiédis par le soleil. Nous l’a-

vons déjà dit, c’est là une merveilleuse faculté que M. Wyld possède, de |

peindre le pays où il est, ou, pour mieux dire, d’être du pays qu'il peint. Le Départ d'Israilites pour la terre sainte est un tableau inspiré par un usage observé encore dans les États barbaresques. Les vieillards quittent leur famille pour aller en Judée, — la seule patrie des Juifs, — patrie de souvenir, — finir leurs jours dans la prière. A droite, une jeune fille jette

de l’eau dans la mer, pratique superstitieuse dont l'effet doit être de rendre le voyage heureux. Ce départ, à l'endroit des liens du sang ou de l'amitié, est une mort volontaire ; et, à cet âge avancé, ce renoncement des soins prévenants et des joies reposées, ne manque ni de grandeur ni de courage. Le tableau de M. Wyld est d'une grande richesse de tons; cette scène est disposée avec magnificence , et la façon anglaise n'ayant pas trop osé mettre pied à terre sur le royaume africain , est restée accrochée aux voiles et aux cordages, où elle n'est d'ailleurs pas déplacée,

Mentionnons aussi, comme preuve de la variété du talent de M. Wyld, une Vue de Subiaco. un charmant portrait d'homme, et la Porta della Carta à Venise.

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