‹ Album du Salon de 1841Chapitre 17 sur 36 · PT OL · texte numérisé non relu

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sache faire une main en chair et en os, je n’en doute pas; mais il la préfère stritement gantée. Aussi était-ce un sujet qui lui revenait de droit que l'entrée de S. A. R. la duchesse d'Orléans dans le jardin des Tuileries. Cette | enceinte où règnent deux royautés , l’une représentative et l'autre absolue ; | l'une grave et l’autre frivole , la royauté des hommes et celle des femmes, le roi et la mode. Il était dit que la duchesse tiendrait de près à ces deux | royautés-là. Nous sommes, avec les spectateurs, d'un côté du bassin octo | gone; le cortége déroule de l’autre sa courbe gracieuse et étincelante. Ce premier plan est d’une grâce ravissante. La fraîcheur de ces toilettes aux | couleurs harmonieuses, la souplesse de ces tailles fines que le mantelet | cache et trahit à la fois, le demi-jour doucement coloré des sveltes ombrelles , tout porte le cachet de cette élégance, qui n’est pas une vertu sans doute , 6 moralistes! mais qui peut bien exister en ce monde au même

titre que la rose créée par Dieu lui-même, en dépit de votre lugubre aus- |

| térité.

| Le cortége a du mouvement et de l'éclat; les chevaux sont vivants. Ce ta- | | | bleau est chaud, riant et coloré. Tout, jusqu'à ia nature, y est d’une co— | quetterie charmante ; les arbres ÿ sont soigneusement taillés, et l'eau , — | où l'aristocratie va-t-elle se nicher! — s'élance du bassin en un superbe jet empanaché.

A, DAUZATS, | Le

| Les cinq aquarelles de M. Dauzats sont toute une expédition, et des plus périlleuses. Il s’agit de passer les Portes de Fer, de suivre ces pauvres sol- | | dats, — nos frères, — dans cet abrupte défilé que la nature n'avait destiné qu'à un ruisseau. D'abord, vous arrivez devant ces formidables masses cal- | | caires que Dieu soulève de terre à l'instar des machinistes d'Opéra, et que | certain peintre assez coloriste, et qu'on nomme le Temps, à nuancées des | plus riches teintes. La colonne se forme dans le ruisseau, gravier humain | que l'Oued-Biban n'est pas habitué à rouler, et la marche commence, si | cela peut se dire une marche. On atteint la seconde, puis la troisième mu- | | raille : là, il faut, par une pente à pic, quelque chose de roide et de glissant | | comme une chute d’eau qui aurait été prise subitement par la gelée, il faut, | | qu'on s'accroche ou qu’on dégringole , qu'on glisse ou qu'on tombe, rega- , gner le fond du ravin; et, toujours les pieds dans l’eau, la tête en feu, il

faut s'infiltrer, pour ainsi dire , par cette fente qu’on appelle un défilé. Du temps qu’Atlas était un géant, à coup sûr cet horrible ravin lui servait de cave. Enfin, les grandes vagues calcaires commencent à s’adoucir, à s’abaisser. On revient à la vie, au ciel, à la terre ferme Les sapeurs du génie creusent dans la muraille la date de leur passage. Le ruisseau , qui ne s’at-

tendait guère à être ainsi troublé, reprend sa tranquillité. Le passage est effectué. Voilà un drame dont les aquarelles de M. Dauzats sont les cinq actes. | |

S'il faut le dire, nous n’attendions pas de l’aquarelle cette admirable vigueur ; il paraît qu'elle s’endurcit à la guerre. Quand je vous aurai dit la solidité, la couleur de ces masses gigantesques; le mouvement de ces roches immobiles ( ce qui prouve , en passant, que limmobilité et le mouvement n'étant pas incompatibles pour l’artiste-Dieu, on peut espérer les réunir en peinture); quand je vous aurai dit tout cela, eh bien, je ne serai pas content

de moi, parce que les beaux mots n'ont pas la valeur des belles choses. |

Les mêmes éloges s'adressent à la Vue générale des Portes àe Fer, par M. Siméon Fort. |

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