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embarrassé pour en parler,et j'ai toujours reculé. Oui, c'est que j'en pense beaucoup de bien , et que ce bien, je n’ai que deux ou trois mots, — les mêmes pour les trois tableaux, — qui puissent l'exprimer. Quand je vous aurai dit que dans les États Généraux sous Philippe de Valois et sous Louis XTIT, et dans cette Assemblée des notables sous Henri IV ,il y a la physionomie historique, l'entente parfaite des masses, une perspective ad-— mirable, de la lumière et de l'harmonie, tout cela vous mettra-t-il bien dans l’idée que M. Alaux a fait trois beaux tableaux très-divers, nonobstant la similitude he ureuse de leurs qualités.
— Après les tableaux qui vous font des avances, il faut aller chercher ceux qui se tiennent ou plutôt qu'on tient dans une ombre fort modeste sans doute, mais aussi fort défavorable. Après les ramoneurs de Hornung, où l’on peut dire que la peinture se fait saltimbanque et revêt un habit paill'eté pour fixer les regards, il faut aller chercher les Pauvres israélites de madame Soyer, vêtus également de haillons, assis comme les autres auprès d’une borne , poétiques enfants, qui sourient humblement et qui ont souffert comme nous, parce qu'ils sont de chair et non pas d'ivoire poli et noirci. Madame Soyer a du malheur; le public ne regarde pas au second étage des tableaux.
— M. Cibot a rendu avec talent un sujet que nous netrouvons pas heureux. Galilée devinant le pendule au mouvement réglé imprimé par l’allumeur à une lampe d'église, cela implique assez l’idée de mouvement. Ce tableau ne se comprend donc pas sans la glose. Du reste, facilité et qualités brillantes. L'Annonciation aux bergers du même peintre, est composée avec goût et originalité et renferme des beautés remarquables.
— Dans son tableau de Cambyse et Psamménite, M. Guignet s’est armé d'une science profonde; 1l a, par une sorte de seconde vue rétrospective, deviné l'Égypte antique; son tableau est d’une couleur chaude et harmonieuse ; l'atmosphère, les costumes , les figures sont vrais. Mais, pour avoir imité les personnages qui se trouvent sur les vases égyptiens, il ne fallait pas en imiter le manque absolu de toute espèce de relief. Ces enfants et ces femmes sont découpés dans du papier couleur de brique et collés sur la toile.
— Comment exprimer tout ce qu'il y a de poésie de sentiment, de tristesse rêveuse, d’adorable langueur de jeunesse, dans le Petit Gitano et dans le
Petit Etudiant de M. Maréchal; élégance divine de la ligne, teintes harmonieu-
ses et amoureusement fondues, tout surprend et charme à la fois. Mais surtout cette expression indéfinissable de mélancolie, de hardiesse , de gravité adolescente, jette l'âme dans une foule de pensées charmantes. Ce ne sont pas seulement deux magnifiques études, ce sont deux créations. des sortes | de chérubins sauvages et rêveurs. Ces tableaux sont des pastels.
— Les Moines liqueurs de Cornille sont une ébauche beaucoup trop lâchée. Il s'y trouve un personnage qui est incrusté dans la muraille. M. Cornille à | du talent et ce n'en est que plus désolant.
Comme les cimetières sur lesquels on ne peut bâtir qu'un certain nombre d'années après leur fermeture , il semble qu’on ait respecté jusqu'à ce Jour ce grand ossuaire de la révolution. Pas d'époque plus féconde en contrastes ; le drame s'élève à tous les carrefours sous forme de lanterne, cependant les poetes et les artistes ont assez négligé cette mine où il y a de l'or | | mêlé à beaucoup de fange. Ce n'est qu’en 1841 que, grâce à notre cher et savant ami, Augustin Challamel (Jules Robert), on va posséder une histoire dramatique , et je dirai presque physionomique de la Révolution. Il est à croire que les peintres y puiseront d'heureuses inspirations. Cette année |
| | M. Lebouis est le seul qui ait abordé ces terribles sujets. Marie-Antoinette
dans sa prison est assez bien comprise. Pauvre femme! la plus grande cha-
rité qu'on lui ait faite, a été de la guillotiner. | — Nous parlions d'historiens dramatiques; M. Jung doit surtout prendre | ce titre. L'histoire de nos campagnes ne peut guère se comprendre sans ces || tableaux où le regard suit les savantes évolutions, vaste damier dont les | pièces sont des hommes. Les douze aquarelles de M. Jung , car il yen à || douze , sont faites avec une habileté, une finesse dont nous devons d'autant | | plus lui savoir compte, que le public étudie assez peu volontiers ces drames si curieux pour l'intérêt qui s'attache aux entrées et aux sorties des champs de bataille, surtout en 1814. et à la fidélité de la mise en scène. M. le général Pelet, qui a assisté à toutes ces batailles , les recommence pour le peintre. En vain le pinceau de l'artiste, — toujours horticulteur, — veu! placer un arbre où il ferait bon effet; le général porte la hache dans tout ce qui ne se retrouve pas en son souvenir. M. Jung se rattrape sur les fonds qu'il fait avec beaucoup de netteté et de grâce, et quelle fortune quand $ il a la moindre silhouette de ville !
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BENOIST, MADEMOISELLE CHOLLET, FLERS, J.-V. PETIT, DE GERNON, DANVIN. NOUSVEAUX, JACQUAND, JUSTIN OUVRIÉ, FONTALLARD,
Le soleil soulève vos rideaux et vous regarde avec ses prunelles fauves. Il fait bien beau, n'est-ce pas? La brise parfumée par les fleurs de l’acacia, n’emplit-elle pas votre poitrine de fougues insensées. Le pavé est brûlant; les toits sont poudreux. Tenez, avouez-le franchement, vous méditez quelque trahison, vous voulez abandonner votre cicérone au beau milieu de sa péroraison. Eh bien! voyageons, que vous en semble? | Nous partons de Paris, et avec M. Benoist, nous jetons un dernier re- | | gard à l’Institut, au Pont-Neuf et à ce Louvre que vous êtes si heureux de | fuir. Il y a dans cette vue tout ce dont nous sommes si fatigués ; du mou- || vement, du bruit, un ciel terne. Nous voici déjà à Sèvres, grâce à mademoi-
selle Chollet, l'air est plus pur, les arbres sont plus verts; mais le paysage | est encore trop porcelaine. Du reste, mademoiselle Chollet nous conduit tout || droit à la lioche Guyon. Mercià la gracieuse batelière. Voici quenous gagnons | la Normandie, là nous sommes tout à fait en pays de connaissances. Un des | gros propriétaires du pays va nous montrer deux coins de son domaine. Il a nom Flers. Toutes ces prairies épaisses où les chevaux errent en liberté,
ces chaumières zébrées et ces arbres verts lui appartiennent. On assure qu'il ne paie aucun impôt pour ces biens territoriaux. Est-il rien de plus animé,
de plus normand que ce marché de Toucques; rien de plus frais que ce paysage : Une rivière aux environs de Thibouville. — Voïlà lu mer! Et pour comble de bonheur, la mer par un gros temps. Elle flagelle avec une rage | inouïe ce fort calme et solide au milieu de ces fureurs, comme une idée au | milieu des passions. Des pêcheurs attelés à des cordages, s'efforcent de | | | sauver une barque que la vague va briser : M. J.-L. Petit, cette mer est || | belle et ce nuage vitreux et gros de pluie est vrai. Nous comptons sur vous l’année prochaine, car nous sommes d'humeur voyageuse. — M. de Gernon | | nous fait entamer la Basse-Bretagne, et ce n’est pas notre chemin, n'importe ! cette vue de Bretagne , vaut le détour. Du reste, rien qu'une chaumière , des arbres splendides, une voiture de foin et de bœufs. Cela serait parfait si ces terrains étaient plus solides. A propos de terrains qui s’enfon -
cent, nous voici dans les marais du château d'Eu. Jamais voyageurs ne se sont moins inquiétés des moyens de transport. Les nénuphars croissent sous
B- 50 -« ® nos pieds. Ce paysage de M. Danvin est joli. M. Nousveaux nous conduit de Normandie en Belgique, par un pays assez coloré et assez chaud — Et puisque nous voilà en Flandre, reposons-nous. — J’ai un oubli à réparer. Il s'agit du gracieux tabieau la dispense du Carême pour le beurre et les œufs ( coutume flamande) et du peintre-moine Jacquand. Ce sont de ces artistes qu'on oublie , parce qu'on est très-persuadé qu'on ne peut pas les oublier. Ce petit tableau est composé avec goût et exécuté avec beaucoup de talent, mais d’un ton un peu noir peut-être. Les tons bistrés ne sont pas de la couleur. Nous aimons beaucoup l’Après-Dinée. La componction béate de l'abbé || absorbé dans le souvenir un peu lourd d'un succulent dîner, est vraiment | comique. Les chairs sont fleuries et les yeux demi-clos. Les autres tableaux | | du même peintre sont signés de son talent habituel.
Mais reprenons notre voyage. Nous sommes en Belgique, et dans {a plaine de Waterloo. On y fait la moisson. Aujourd'hui ce sont les épis qui tombent sous la gerbe. Il y a une idée poétique dans ce tableau de M. Fontallard qui a le tort de trop empâter ses toiles. Ses nuages sont sculptés et peints après , et il y a dans son tableau des petits l’écheurs , des poissons
qui ont plus d'épaisseur que les personnages. Si vous le trouvez bon, nous prendrons par le duché de Bade, ce sera une occasion de voir le château et la ville d'Heidelberg, dans leur aspect gé-
| | néral comme nous les montre M. Justin Ouvrié, ou bien le château seule- || ment, et plus en détail en prenant pour guide M. Pernot. Un feu de bois, allumé au milieu de la cour, accroche aux mille sculptures du vieux château, ses lambeaux de reflets rouges, tandis que la lune qui monte derrière les ogives d’un corps de bâtiment en ruines, recouvre le tout de son voile bla fard. C’est un peu décoration de Robert le Diable. Nous préférons la réalité, poétique aussi, de M. Justir Ouvrié qui a une vue d’Augsbourg, charmante pour la précision des détails d'architecture et l'harmonie calme et gracieuse de l’ensemble. Félicitons-le surtout de sa très-remarquable aquarelle : la place du marché à Nuremberg.
CHAMPIN, HOSTEIN, WATELET, JOYANT, E. DU SOMMERARD, DAUVERGNE, THUILLIER, BOUQUET, LOTTIER, MARILHAT, ALEX. COLIN, PENGUILLY, BORGET.
Nous entrons en Suisse, pays que nous avons déjà exploré avec MM Diday et Calame; la Suisse est sur notre route, meïs quand il n'en serait pas
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ainsi, nous ferions bien un petit détour por” admirer le torrent sauvage que M. Champin a découvert dans le Tessin. Hélas! par ce temps, où les
sociétés en commandite ont planté leurs vilaines roues et leurs prosaïques machines sur les plus indomptabies chutes d’eau, c'est une bonne fortune d’en trouver une qui ait encore conservé sa robe virginale de blanche écume,. M. Champin, qui est un de nos aquarellistes les plus discingués, a encore donné Le Matin et le Soir, deux petits tableaux pleins de fraîcheur et de poésie, et, pour ne pas séparer ce que Dieu et les jurés du Salon ont réuni, citons tout de suite le tableau de fleurs et de fruits de Me Champin, qui nous paraît ambitieuse de prétendre bientôt à ce trône de fleurs tressées que Redouté a laissé vacant.
| Nous traversons le lac de Genève, et nous voilà dans le Chablais, conirée riante, aux ondulations douces, où de vigoureux châtaigniers entrecoupent des perspectives dont les lignes rappellent Claude Lorrain. C'est M. Hostein qui est devenu notre guide. Dans notre course fort éthérée, les eaux minérales d'Évian ne nous arrêteront pas comme les autres voyageurs, mais nous admirerons cette Vue prise aux environs de Thonon et ces päturages
près d’Armoy, où M. Hostein à mis de l'air, de la perspective, et Je ne sais quelle vérité de végétation qui semble avoir son parfum de feuilles et de prés. M. Hostein est toujours en progrès.
Nous pouvons mettre ici la Sapinière de M. Watelet. On à tant reproché à ce peintre de ne faire que des moulins à eau, que cette année il a fait | des sapins et un ruisseau où il n'a pas mis de moulin à eau et où précisément | | il ne manque qu'un moulin à eau. Il y a dans ce petit tableau, cette facilité | qu'on connaît à M. Watelet, facilité sans naturel, nature de convention, | | qu'on peut peindre de souvenir auprès d’un bon feu.
Traversons l'Italie autrichienne, nous sommes sûr de trouver à Venise quelques-uns de nos peintres aimés; c’est Joyant qui nous a donné une vue du Rialto, où les détails de l'architecture ont été vus avec une précision admirable et sans sécheresse, grâce à Je ne sais quel voile poétique et coloré que l’auteur a jeté sur ce minutieux travail; c’est du Sommerard, le fils du célèbre antiquaire, qui nous promènera par le grand canal de | Venise, dans de charmantes gondoles, le long des maisons aux balcons | mystérieux, sur une eau qui par malheur ressemble un peu à de la glace ; à
mais voici le soir : la lune se lève, et de son filet lumineux laisse tomber
dans le flot ses mille poissons d'argent; nous allons faire un saint pèlerinage. Voyez, nous sommes dans un cimetière. Essayez de lire l'inscription de cette pierre incrustée dans le mur : 4 Léopold Robert. C'est là qu'est venu mourir ce mélancolique et sublime génie, pour qui nos cimetières eussent été trop vulgaires et trop bruyants. M. Dauvergne a reproduit avec poésie, et je dirai presque avec douleur , ce coin du cimetière de San-Cristoforo. On nous assure toutefois que les arbres plantés sur cette tombe sont
encore arbustes, et que M. Dauvergne, pensant que Dieu leur préterait vie,
les a faits grands et ombreux. C’est un tort. Croîtront-ils? S'ils croissent , sera-ce ainsi ? Mieux eût valu un mur et trois ou quatre petits cyprès ou oliviers , quelque chose de récent, comme cette grande perte.
Nous voici, avec M. Thuillier, en belle et bonne [talie : c’est Vietri, nouvelle route de Salerne à Amalfi. Un vieux pont à droite ; sur la gauche, cette route qui s'enfuit dans une courbe gracieuse; puis Naples, au milieu des collines, comme un bouquet de roses blanches dans des grappes de lilas; puis le golfe Bleu , le golfe Napolitain, qui est un ciel avec ses constellations mobiles de voiles blanches. C’est le Monte San Liberatore, toujours avec cet admirable golfe, c’est la grotte de Bonea, etc. M. Thuillier s'est mis au plus beau rang de nos paysagistes ; il a compris l'Italie, cette belle reine qui n'a plus sa couronne, mais qui en donne encore à ses amis, à ceux qui la comprennent.
De l'Italie nous allons passer en Sicile avec M. Bouquet; nous voici près de Palerme, au pied du Montereale. M. Bouquet est aussi de ceux qui | mettent sur la toile, de l’air et du soleil, et tout le luxe de natures méri-
dionales. Nous croyons ce jeune peintre appelé à devenir grand paysagiste; notre prédiction n’a pas grand mérite, puisqu'il possède déja presque toutes les qualités requises; oui, mais à l’épi en herbe, et dont on compte déjà les grains, il faut encore beaucoup de soleil; au talent dont on devine déjà les fruits, il faut encore beaucoup de travail. Cependant M. Bouquet fait preuve d'un talent déjà bien mür dans son Aqueduc romain aux environs de Smyrne; ce passage est chaud, coloré, harmonieux, je dirais presque mélo-
dieux, tant il y a de mouvement et d'air dans les feuillages.
| M. Bouquet nous a égaré. Nous devions, en partant de Sicile, traverser l’Archipel et nous trouver à l'entrée de la mer Noire, c’est-à dire à Constan—
tinople. Croyez-moi, nous pouvons, sans avoir à nous en repentir, revenir
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