‹ Album du Salon de 1841Chapitre 28 sur 36 · SUBI · texte numérisé non relu

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sur nos pas pour M. Lottier. Ce peintre ne dessine pas assez ses paysages, il fait trop vite. Il y a dans ses tableaux une grande inexpérience, mais il est coloriste, il est coloriste au suprême degré. Il voit et il sait rendre les différences de nuances de ce mât qui, dans le bas, est envahi par le reflet fortement azurée et miroitant de l’eau, et dans le haut est éclairé par le reflet plus calme, plus lumineux et plus légèrement azuré du ciel. Il découvre de quelle couleur est l'ombre portée sur le flot par cette rame, ombre combinée des reflets mariés du bois et de l’eau. Enfin, que vous dirai-je, les deux Vues de Constantinople. l'une prise dans le jour, l’autre au soleil couchant, sont d'un coloris vraiment admirable, ce sont de magnifiques ébauches.

Dans Marilhat, par exemple, —car nous reprenonsle chemin de la Syrie, — comme sous le travail on retrouve bien l'inspiration première, le premier coup d'œil. En cet horizon de collines bleues et rouges, au milieu des gigantesques cactus, sous ces arbres à la cime plane, épaisse et sombre, voyez passer ces hommes sur des chameaux. Certes, la couleur de ce ta-

: bleau, comme aussi celle des Ruines grecques, est vraie et féconde aussi en

dégradations insensibles, en nuances complétement ignorées des yeux vulgaires, ce qui n'entrave en rien l’habileté prodigieuse du pinceau de M. Marilhat. Oh! point d'empâtements maladroits, rien qui surprenne désagréablement les yeux, et de la contemplation de la nature les ramène malheureusement au procédé du peintre.

M. Alexandre Colin, qui a fait une Fuite en Egypte où il y a de la facilité, — ce qui ne suffit pas pour un pareil sujet, -— nous mène droit à Calcutta ; la vue qu'il nous donne d'une rue de cette ville est faite avec adresse et ne manque pas d'animation.

De là, pour aller en Chine où nous appelle M. Borget, la route est assez douteuse. C’est le lieu de parler du tableau que M. Penguilly a intitulé Le Chemin perdu. Rien de plus désolé, de plus sauvage que ce tableau. Une gorge solitaire entourée de rochers et de terrains nus et brûlés. Rien, pas un arbre et pas un oïseau, pas un brin d'herbe et pas un grillon ; rien qu’un homme étendu mort et dévoré par les oiseaux de proie. Les terrains ont de la solidité, le soleil a de la chaleur.

Nous allions donc en Chine. Le plus grand mérite de M. Borget est d’avoir fait ce voyage; sans doute il est peintre encore inhabile et, pour des sujets comme ceux-ci, il aurait dû s'eflorcer autant que possible de fondre

un peu ces tons cris et naïvement heurtés , afin qu'on ne comparât pas ses tableaux à des peïmtures de paravent pour le fond et pour la forme. Mais il serait injuste de dleemander du style à un récit de voyage; c'est déjà beau coup que nous puissions compter sur la véracité de M. Borget, qui du reste a du mouvement et des rudiments de coloris. Vienne l'art, et tous ces effets criards s’adouciromt,, s’atténueront, et les qualités que possède M. Borget seront dans leur jour. Du reste, ces troistableaux chinoissont vraiment curieux.

Notre voyage esit terminé; j'aime à penser, lecteur, que vous retrouverez votre chemin, embarqué dans ce navire à voiles rapides qu'on nomme imagination.

TROYON, BRUNIIER, GOURLIER, DAUPHIN, WICKEMBERG, GRANET, NESTOR ID'ANDERT, MENN, AUG. MAYER, LABOUÈRE, DALLEMAGNE, CHANDELIER.

Vous savez que lies moissonneurs, après avoir fait leurs gerbes, parcourent de nouveau le «champ pour ramasser les épis oubliés dans les sillons. Après avoir noué moss diverses classifications, si cela peut se dire, nous allons revenir sur nos pas pour recueillir les quelquesnoms qui nous sont échappés, désireux de laisser Île moins d'ouvrage possible aux glaneurs malveillants.

Et ces noms, cæ ne sont pas les moins beaux! c'est M. Troyon et son paysage historique, Tobie et l'Ange. Un ruisseau aux vagues plates et larges comme des écailles jaunâtres, coule entre des rochers d'une aspérité superbe. Je ne pense pas que ce ruisseau soit le Tigre. Un arbre d’une ramure fastueuse s'étale sur la gauche ; à droite se groupent des amas de nuages blancs auxquels le soleil ciowuchant a donné les éblouissants reflets du cuivre rougi. Ce ciel est magnifique , d’une transparence et d’une lumière qui portent l'esprit à cent lieue:s des procédés du peintre pour le faire croire à la réalité.

C'est M. Brunier:, dont le paysage le Christ et la Samaritaine est d'un beau style et d’une grande harmonie. Les figures sont dignes d'un peintre d'histoire qui ferait bien.

C'est M. Gourlier , dont le paysage a cette heauté calme et sereine de l'Italie, cet éclat de: l'atmosphère méridionale, éclat voilé à force d’harmonie, pour imiter ceittte expression si vraie de Saint-Amant , qui disait que le soleil était sombre à fforce d'être brillant. Sur un escarpement du second plan le Giotto enfant dessine son troupeau: le chef de cette famille royale des

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Paysage. (Tobie et l'Ange)

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artistes florentins, Cimabuë le regarde dessiner:. Ce paysage est d'une grande finesse de lumière et de couleur.

Le Christ portant sa croix, par M. Dauphin,, s'éloigne des types vulgaires sans s'éloigner de la tradition. M Dauphin a sw conserver quelque chose de | divin sous l'abattement terrestre, une étincelle dans le grossier vase d'argile. Le dessin est d’une pureté digne d’être étudiée, la couleur harmonieuse. | | | M. Wickemberg peint avec tant de vérité la: glace et les brumes d'hiver, | | que, dans un moment d’hallucination, nous nous sommes surpris à penser comment M. Wickemberg peut-il peindre ayant si froid? Qu'y a-t-il dans son effet d'hiver ? Des enfants aux visages gercés: et pincés par la briseglaciale, un chasseur , des chiens, une cabane, un ciel Ibrumeux, voilà tout. Mais la | glace brille , l'atmosphère est parsemée de points scintillants; il fait vrai- | | ment froid dans ce tableau. Le second paysage de M. Wickemberg est || moins heureux. L'eau est de plomb ou de glace salie. Ce serait plaisant que M. Wickemberg ne sût pas faire l’eau liquide Qu'il nous ôte vite ce doute de l'esprit. Ce tableau est peint beaucoup trop: vite.

Les actions de grâce que des moines rendent iau ciel qui, dans un moment de disette , leur envoie des vivres , voilà un sujjet peu digne d’être chanté ; mais il à fourni à M. Granet l'occasion de peincdre des voûtes claustrales et | | des figures encapuchonnées, deux choses qu'il {fait admirablement, comme | | vous savez. Seulement les tableaux de M. Gramet , cette année , ne lui font | | point faire un pas en avant.

| Que de mystère et d'ineffable volupté souss les Feuillages de M. Nestor d'Andert. — Les branches sombres forment unee alcôve mystérieuse et fré-—

| missante. N’entendez-vous pas ce concert aérieen dont les rossignols sont les ténors et que les insectes brodent de leurrs trilles continues. Toutes les fleurs sont des cassolettes où Dieu lui-mênme a déposé le parfum. Une femme est assise au bord de ces eaux claires et lentes. Ce paon qui fait briller dans une échappée de jour ses reflets méftalliques, ne semble-t-il pas quelque bijoux précieux incrusté de pierrerie,, comme il s’en trouve dans un boudoir-de femme? Ce paysage de M. Nestor d’Andert est d’une élégance infinie, d’une couleur riche, et l'artiste s'est nmontré aussi gracieux poëte qu'il est peintre habile.

Un artiste qui s'est montré aussi paysagiste: vrai et coloriste profond, c'est M. Menn, que nous ne connaissions que pour ses tableaux historiques.

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