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de la forme; le portrait de Lacordaire surtout est bien dessiné , et il aurait la pensée, si la pensée pouvait être indépendante de la vie.
Non pas qu'il faille sacrifier tout à l'éclat des chairs, à l'étincelle du regard, au luisant des ongles roses et aux reflets glacés des cheveux, comme le fait M. Dubuffe, par exemple; mais défaut pour défaut, — abstraction faite du dessin, — nous préférerions M. Dubuffe. Ses femmes n’appartiennent point à ce monde sans doute; mais elles ne sont pas sans vie; ce sont des sylphides, des fées, des anges transfigurés dans du satin.
En tout, il y a une Juste mesure, sorte de ligne équatoriale où le soleil de l’art darde directement ses splendides rayons ; M. Hippoiyte Flandrin s'en approche. Le portrait de madame””” est fait dans un sentiment profond de physionomie; ces joues sont bien de chair et non pas de cette pâte luisante et cassante qui ressemble à de fa laque et dont la plupart des peintres ornent leurs personnages. Mais il y a encore quelque peu d’abattement et d'inanimation dans cette figure. N'oublions pas cependant que c'est un portrait. L'artiste pourrait nous répondre qu'il a copié.
Il y à dans les arts un certain bien qui conduit tout droit au mauvais, si l’on ne s'arrête en chemin. La tête d'Ange, d'Amaury Duval, nous semble être une exagération de qualités qui touche de près le défaut. Robe, chair, cheveux, tout y est de la même étoffe. Mais ce défaut serait peu important si l’ensemble, par suite de cette uniformité de façon, ne se trouvait pas sans relief et sans réalité. C’est encore là de la peinture primitive. Les doigts de cet ange, posés sur sa joue, enfoncent profondément dans la chair; pourquoi ? parce que la tête ne ressort pas du fond, et que le creux que font ces doigts est plus considérable de tout le relief qui manque à la tête. M. Amaury- Duval conserve mieux ses avantages dans le portrait pur et simple. Témoin le beau portrait de M. Guyet-Desfontaines et ceux de deux dames.
Citons ‘élégant portrait de mademoiselle de B.. par madame Juillerat; —la plus malicieuse personne de France et de Navarre, que M. Falcoz nous représente dans ses moments sérieux, Anaïs Aubert. — Un portrait d'homme de M. Bauderon ; admirons les belles soieries que M. Schlesinger a faites à mademoiselle Heinefetter ; les portraits de M. Étex qui a aussi donné une Télésilla , dame d’Argos, d'une couleur un peu terne , mais d’un dessin sa vant et pur. La tête est bien celle d’une femme poëte , point d’afféterie dans l'expression; point de clinquant dans la prunelle; le regard pense bien.
ANR.
C'est admirablement compris. La draperie est d'un goût exquis.— Les portraits d’Arsène Houssaye et de C. Calemard de Lafayette, deux hommes d'’esprit, sont faits par M. Varnier, avec esprit et talent; des éloges au portrait de M. de Labédoliüerre, par Verdier, portrait élégant d'un élégant écrivain; au portrait de M. Adelon, par M. Ch. Lefebvre , remarquable pour la vérité des chairs et l'intelligence heureuse de la physionomie, et aux por traits de Louis Boulanger et de M. Jules Laure, les uns gracieux, les autres faits sévèrement et avec conscience. Quant aux portraits de M. Court, les nobles personnages qu'il a peints, doivent être très-outrés de se voir reproduits avec cette vulgarité de pinceau et cette trivialité d'aspect.
NCULPTURE,
La sculpture est l’art courageux par excellence , le seul chemin fermé du côté de la richesse. Comme Deucalion, les sculpteurs peuvent jeter une pierre par dessus leur épaule, en disant : Que cette pierre soit homme, mais ils ne peuvent pas dire : Que cette pierre se fasse pain.
M. Pradier est un des hauts représentants de la statuaire en France; cependant, cette année, ilnous semble avoir oublié une des plus nobles qualités de cet art, celle qui le fait encore accepter par ce siècle de robes montantes et d’esprits pudibonds, je veux dire la chasteté. Son odalisque est d'une beauté lascive. Ainsi qu’on le raconte de Pygmalion, M. Pradier est devenu amoureux de sa statue; il a voulu lui donner la vie, et il a réussi à moitié. C'est un éloge et c’est un blâme. On peut dire du corps de cette odalisque : que c’est plus que de la chair. En effet, cette peau est quelque chose de mince, de mou, de tendu , de satiné. Quant aux formes, elles sont correctes pour le corps : la tête est d’un type vulgaire de femme galante, et trop petite ; la pose est hasardée. En statuaire, les femmes qui ne cherchent à rien soustraire au regard , sont les seules qui soient chastes.
Une œuvre belle et noble, c’est le Tombeau de Géricault, par Étex. La composition en est pleine de simplicité et de grandeur. Géricault, couche sur un large socle, se soulève à demi; il tient encore sa palette, et son visage est déjà dévasté par le mal; le front est taillé avec une puissance et une largeur surprenantes ; dans cette heure de dépérissement, il domine
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fièrement les autres parties du visage, qui s’assombrissent; les draperies
ont un naturel parfait : on n'y sent pas l’arrangement ni la prétention des plis à effet. M. Étex a du courage; il est jeune et il a un grand talent. Il y a pour celui qui travaille . comme dans la Trinité catholique, une di vinité dans cette trinité de mots, la divinité de l'art.
L’Arnina de Bartolini a toute la pureté de l’école de Canova rendue froi- | | dement ; elle représenterait l'insignifiance, si pareille divinité se trouvait
| | dans une mythologie quelconque.
| | Il y a beaucoup de poésie dans la Désillusion, de M. Jouffroy. Cette femme ||
| | est jeune encore, mais ses cheveux sont dénoués; elle a bu jusqu'à la der- |
nière goutte de la coupe, son bras retombe, et l'amertume est sur ses lèvres. |
| La tête est d’une expression superbe. Les yeux sont hagards, la bouche est |
déformée par le dégoût. Quant au corps, il est d’une beauté parfaite, et
| n'a pas été touché par la désillusion; cette désillusion est toute morale.
| M. Maggesi a donné un Givtto. La pose en est heureuse; mais la figure ||
|| est fatiguée; c'est la figure d’un élève de l'école du dessin, ce n'est pas celle | | | d’un pâtre. L'épaule est un peu difforme, il nous semble que la pose ne mo- | |
tive pas un déplacement si considérable de l'omoplate. Sous certains rapports nous aimons mieux le Giotto de M. Legendre
|| Héral, et cependant celui-ci est un enfant qui à été trop choyé, trop bien | nourri, un amour d'enfant. Le Prométhée du même artiste, est un homme enchaîné et qui se tord, ce qui motive une belle étude de bras et de torse ; voilà tout. Quant au vautour, quant à la poitrine déchirée, il n'en est pas
question. Enfin, c'est Prométhée, il faut v souscrire ; nous le répétons, les bras et le torse sont très-beaux.
La pose de l’Icare essayant ses ailes, par M. Grass, est légère, et, pour | | ainsi dire déjà soulevée par les ailes. La poitrine est tourmentée. M. Grass a | trop été curieux de montrer son talent d'anatomiste. Sans doute la pose | tend à faire ressortir les détails osseux de cette poitrine, mais pas à ce point. | | | J'aurais voulu voir dans la tête cette présomption de jeunesse, cette insou - | | | ciance des conseils paternels qui sont la signification morale du fils d’Icare. | |
Le Saint Antoine de M. Évrard, rappelle trop le modèle; les artistes ne | sont pas assez persuadés, que les vices mêlent des rides ignobles à celles
| que creuse le temps, et que la plupart des gens qui posent dans les #
ateliers, rebut du cabaret, ne peuvent pas représenter dignement la vieil- En & LA (de )
lesse humaine , lors même qu'on leur fait endosser la robe de moine.
Je ne saurais dire ce qu'il y a de tendresse et de beauté miséricordieuse dans la tête du Christ de M. Rochet : le Christ et les enfants. L'enfant que la main de Jésus caresse et qui se serre contre lui avec calinerie est charmant. Celui qui est à genoux est moins heureux; sa figure est molle et déformée. Le groupe de la jeune fille et du tout petit enfant est plein de grâce.
Décidément une redingote en sculpture est aussi horrible qu’en nature. Tout le goût du monde n'y fait rien. Dans un bas-relief pour un tombeau, M. Fromanger à représenté an bourgeois et un ouvrier accoudés l'un près de l’autre. L'ouvrier est bien, quoique son pantalon large dissimule trop les jambes. La chemise, dont lesmanches sont retroussées,fournit de beaux plis et laisse voir les bras nerveux Mais l’autre personnage en redingote est bien disgracieux. Est-il, en effet, plus sot vêtem ent que celui qui n’a ni l’avantage d’être juste ni celui d’être large et qui n’est que grimaçant. Tout ceci n'empêche pas que M. Fromanger n'ait fait preuve de talent.
Nous aurions dà parler plus tôt de {a Nymphe de M. Chambard. Les lignes doucement arrondies du corps sont d’une souplesse et d’une harmonie parfaites. Les chairs ont une certaine fermeté virginale qui est tout un un voile de pudeur ; la tête est jolie. Cette nymphe porte à son oreille un coquillage dont elle écoute le bruissement.
Pour ce Groupe d'enfants, M. Feuchères a eu tort de s'inspirer des enfants sculptés sur les pla‘onds du palais de Versailles ou dans les jardins. Ce sont des enfants à qui ilne manque que la plus belle qualité de leur âge, le naturel. Quant à la Poésie, autre groupe. c’est encore un type de convention que vous avez vu ici, que moi j'ai vu là, qui se trouve partout.
La croupe du Lion de M.Rouillard et les jambes de derrière sont fort belles, nerveuses et prêtes à bondir. Pour n'avoir pas voulu être de ce type vulgaire des chiens de faïence qui tiennent une boule, la tête nous semble peu ressemblante; c’est peut-être un lion, un lion vieux ou doué d’une physionomie particulière, mais ce n est pas le lion.
Mentionnons les bustes des deux Dantan, le Groupe de l'enfant, le chien et Le serpent, par M. Gayrard père, —le corps de l'enfant est fait admirablement. — Le buste d'Anna Thillon, par M. Gayrard fils, le bas-relief d'Eudore et Cymodocée, par M. Tenerani. — Les médailles de M. Farochon, et la Vierge en prière, de M. Mercier.
è lup Peht & Berlauts.
BAS A Znéschulf
Jafou de 18H,