‹ Album du Salon de 1841Chapitre 8 sur 36 · LE LES · texte numérisé non relu

LE LES

Un lorrent ( itañe]

ilest dans l'ombre et c'est d’une observation vraie. Vous sentirez peut-être | un changement de température en arrivant devant le port de Nice. C’est en | vain que la mer est plus bleue que le ciel, et que les voiles blanches y luisent comme des étoiles, c'est un petit coin de l'Italie, mis au frais dans notre bonne et frileuse Normandie. L'homme qui est couché sur le premier plan est quelque peu difforme ; si c'est un portrait, il faut le dire. Pour les rochers dans la vallée de Nice, nous ne pouvons que répéter les éloges | || donnés au premier paysage. Le Zac, effet du soir, paysage composé, a ce dé- | faut, grand, selon nous, qu'on devine qu'il a été composé. Du reste, M. Huet est toujours ce grand paysagisle que vous savez ; nous n'avons qu'à sou-

haiter que le soleil continue à monter sur son horizon.

LOUIS GALLAIT.

L'abdication de Charles-Quint était un de ces sujets doubles, calmes à la surface et pleins de tempêtes au fond comme la mer perfide , un de ces sujets qui sont tout un drame masqué de tranquillité, où les prunelles des | personnages doivent être profondes et avoir un doux reflet derrière lequel passe une pensée sombre. En effet, Charles-Quint abdique, pour que le grand empereur remette à son fils tous les ordres de l'État, quelles épines |

cache donc en dedans cette couronne si dorée au dehors? À quoi sacrifiet-il ce pouvoir auquel il a jusqu'à ce jour tout sacrilié? L'histoire arrache ça et là quelques pages de son livre; il faut croire qu'il y a là un autre but que celui d'exercer la sagacité de quelques savants réunis en académie, | il faut croire que Dieu veut conserver à ces grandes figures, qui planent | sur les siècles, un côté mystérieux, quelques parties frappées d'ombre qui échappent à la lorgnette des analyseurs. En tout cas, pour un fait historique aussi étrange, pour ce coup de théâtre, on en est réduit aux conjec- | tures.

Quelques-uns ont avancé que Charles-Quint avait abandonné à son fils un pouvoir dont celui-ci se fût peut-être emparé; qu'il avait entendu quel- || ques grincements de dents, qu'il avait vu une impatience parricide passer | | comme un éclair sinistre dans les yeux du misérable que l'histoire à nommé Philippe IE, et qu'il lui avait jeté, pour protéger sa vie peut-être, cet os

creux qu'on appelle un sceptre.

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C'est sous l'empire de cette opinion que M. Gallaita composé son tableau. La tête de Charles-Quint est vraiment belle, et la douleur s'y devine sous la simple émotion ; celle de Philippe, vue de quart seulement, a dans la bouche cette expression qu'on retrouve chez tous les fils ingrats. Nous ne savons si M. Gallait a compris le caractère de cette bouche ; mais, à la cour d'assises et dans les maisons de fous, il caractérise presque constamment le parricide. Le premier plan à droite est fort beau; prélats, pages, moines, soldats, ont vraiment la vie et sont habilement exécutés. Cependant, à gauche, les personnages du second plan reviennent sur ceux du premier, qui trahissent l'inexpérience de M. Gallait pour les figures gigantesques. Mais c’est le premier tableau de cet artiste dans d'aussi grandes proportions, et, pour quelques hésitations qui se remarquent çà et là, on sent, dans l'ensemble, la main d'un maître. Somme toute, c’est là un beau tableau, d'une couleur chaude et harmonieuse, d'une bonne mise en scène, et qui justifie la confiance du roi des Belges, qui l’a commandé.

TONY JOHAHNOT.

Il y a des peintres qu'on pourrait nommer les gentilshommes de l’art . tant ils ont de distinction, tant leur manière a ce sans-façon toujours élégant qui sent sa personne de qualité. M. Tony Johannot est de ce nombre.

La Sieste est un petit tableau de boudoir à qui il faut une atmosphère parfumée, et ce demi-Jour qui n’est ni le soleil criard ni l'ombre froide , mais qui est la volupté de la lumière. Le ciel qu’on entrevoit pèse sur nous d’une lourdeur accablante ; une jeune fille est couchée sur un lit de repos ; sa compagne , accroupie à terre, se laisse aller à un abandon plein de langueur. Pas de pensées sur ces visages calmes et beaux : vous le savez, les pensies plissent les fronts de jeunes filles comme le froid plisse les fleurs. Elles sont affaissées sous la chaleur du jour. Pendant le sommeil, ce sont les yeux du corps qui sont clos; l'âme veille; l'image du bien-aimé passe quelquefois dans l'alcôve virginale; mais, à l'heure de la sieste, leurs beaux yeux noirs sont ouverts; ce sont les yeux de l’âme qui sont fermés. El y à dans le fond une draperie de taffetas violet doublée de taffetas bleu turquoise, qui est fort belle.

Dans la Ialte, nous sommes encore en pays chaud; ne vous en plaignez

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LE

= 15 -& pas, M. Biard nous à mis en cadre cette année toutes les glaces polaires. Donc le soleil transforme en braise ardente la cime des montagnes; les personnages se sont assis à l'ombre d'un vieux arbre fort échevelé. Les hommes causent entre eux, à part, inter pocula ; une mère allaite son petit enfant; une jeune fille, admirablement posée, regarde avec amour et envie le nourrisson; un Jeune homine tout rêvant est assis sur une partie plus élevée du tertre. À quoi pense-t-il? Sans doute à ce qui fait penser à vingt ans, malgré froid ou chaleur, malgré vent ou marée, à quelque fol amour. Voilà vraiment deux charmants tableaux, tous deux harmonieux, fins de couleur, deux petits poëmes gracieux eclos, par un soir de l'été passé, sans doute, dans l'imagination de cet artiste, que le drame a trouvé passionné et ardent ; la comédie, profondément observateur et d'une gaîté folle, et qui, dans ce moment-là, était poëte par désæuvrement.

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