CHAPITRE IX
Les Byzantins, les Russes et les Turcs au Moyen Age.
Ornement russe, tiré d'un manuscrit russe du XI" siècle (de Boutovsky).
La décadence byzantine. — Quelques traits distinguent les Byzantins du xiv" et du xv" siècle de leurs prédécesseurs. La détresse où leurs malheurs et leurs fautes jettent les empereurs grecs met fin au luxe de leur cour; le costume des différentes classes de la société se simplifie ; les habitations changent d'aspect ; Constanti nople déchoit et l'enceinte de ses murailles devient trop grande pour la population qu'elle protège contre les attaques des Turcs.
Ornement russe,
tiré d'un manuscrit russe du xii" siècle de Boutovsky).
Le costume impérial.
— Les empereurs abandonnèrent la lourde chape, toute ruisselante de pierreries, que leurs prédécesseurs portaient au x^ siècle, et la remplacèrent par une longue tunique tantôt à manches longues, tantôt à manches courtes. Une sorte de collet décoré de broderies, de galons d'orfèvrerie et de pierres précieuses couvre les épaules; de ce collet descend jusqu'aux pieds une longue bande ornée de la même manière.
Ornement russe semblable au palllUm tiré d'un manuscrit 1 , A 1 russe du xv» siècle
des eveques ; une large (de Boutovsky).
Costumes byzantins au XIV* et au XV* siècle.
L'empereur Jean Ganta- L'empereur Jean Le grand duc de Constanti- L'Impératrice Théo- Alexis III, empereur
cuzène (1347-1 338) en costume Cantacuzène (13i"-1358) nople en 1350, Alexis Apo- dora, femme d'Alexis III. deTrébizonde(13l9-1350).
de cérémonie. en costume do moine. caukos;d'api-es une miniature du „ , , „,i.,:,„ ,i'„„,;.. „«« fr^smip
^ ^ .^ vAu j.^,^ (Iciix pprsonnagps sont reproduits d âpre» une iresque
Ces doux miniatures sont empruntées au manuscrit greir no 1212, manuscrit grec n» 2144 conservé ^i, monastère de la Mère-de-Dieu, près «le Trébizonde
conservé à la Bililiotlièque nationale. à \n Bibliothèque nationale. (Tcxlcr).
Bouvier byzantin au xiv'siècio, d'après le manuscrit grec n" 135 conservé à !a Bibliothèque nationale
Manuel Paléologue (t391-l42o), sa femme Hèléna et leurs enfants,
miniature byzantine du xv« siècle conservée au Musée du Louvre.
Femme byzantine au xiv siècle, d'après une miniature du manuscrit grec n° 135 conservé à la Bibliothèque nationale.
ccinliire, également, décorée de pierres précieuses, passe par-dessus celle bande; enfin une aulre bande , toujours richement ornée, contourne le bord inférieur de la tunique. Sur le bras gauche est placée une pièce d'étoffe analogue au manipule des prêtres. Une couronne ronde, en forme de bonnet, sans pendeloque, est placée sur la tête de l'empereur. Le costume des impératrices conserve davantage la richesse des anciens vêtements impériaux; l'usage d'orner le manteau et la robe d'une infinité de broderies et de pierres précieuses s'est maintenu; leur couronne
est aussi plus ouvragée que celle des empereurs. Le costume. — A la différence des peuples d'Occident qui, à partir du xiv« siècle, adoptèrent alors les vêtements courts et collants, les Byzantins conservèrent l'usage des costumes longs. Les hauts dignitaires et les riches sont revêtus de tuniques à manches longues; les paysans, les ouvriers, les soldats portent une courte tunique à manches longues, serrée à la taille, et des chausses collantes. Ils ont une variété infinie de coiffures, bonnets quelquefois garnis de fourrures, coiffes, chapeaux ronds
LES BYZANTINS, LES RUSSES ET LES TURCS AU MOYEN AGE
Costumes byzantins *% au XIV^ et au XV^ siècle.
Paysan byzantin au xiv« siècle.
Gaerrier byzantin au xiv» siècle.
L'empereur Jean Cantacuzène (1347-1358) au milieu de sa cour; d'après lo manuscrit Rrec n» 1242 conservé à la Bibliothèque nationale. Autour de l'empereur sont groupés les prélats; en arrière les fonctionnaires civils reconnaissables à leurs hauts bonnets d'étotfe. et les ofHcicrs reconnaissables à leurs chapeaux ferrés.
Archer byzantin au xiv' siècle.
de feutre, chaperons de drap, etc. Ils ont aux pieds des chaussures de cuir ou de drap. Les plus nobles d'entre eux portent la barbe longue. Le costume des femmes est simple : c'est une tunique longue, peu ajustée; la tête est couverte d'un voile qui fait ensuite le tour du cou et retombe en plis sur les épaules.
Un détail nouveau est à signaler dans le costume des ecclésiastiques : leur chape est semée d'un nombre considérable de croix. Quant au costume militaire, il semble qu'à partir du xiv" siècle les Byzantins aient abandonné l'ancien équipement romain pour revêtir un armement plus semblable à celui des combattants d'Occident, avec qui ils furent plus en rapport qu'aux siècles précédents.
Les habitations. — Au xiv" siècle, les maisons byzantines n'ont plus rien de l'aspect des maisons antiques. Ce sont des édifices rectangulaires à un étage, couverts de toits de tuiles, percés de fenêtres fermées par des draperies ou par des
Cavalier byzantin au xiv siècle. Femme byzantine
et son enfant (xiv" siècle).
Tous CCS personnages sont reprorliiits d'après le manuscrit grec n" i'i'ô conservé k la Bibliotliêqne nationale. Ce manuscrit, écrit et enluminé au XIV» siècle, contient un commontairc en grec sur le livre de Job.
Noble byzantin au xiv" siècle.
volets qui retombent de bas en haut; le pignon est percé d'une fenêtre circulaire quelquefois décorée d'une rosace ; enfin la maison est flanquée d'un appentis dont le toit, également couvert en tuiles, est porté par de petites colonnes reposant sur une haute balustrade. Parfois, les miniatures nous montrent de véritables châteaux forts semblables à ceux de l'Occident; une enceinte crénelée, munie de tours carrées et de oonstructions de bois faisant saillie sur la muraille comme des hourds, entoure des habitations groupées autour d'une chapelle. Les demeures des paysans sont des cabanes rectangulaires ou circulaires couvertes de toits de tuiles ou de chaume. Le mobilier est simple; ce sont des sièges en bois en forme de trône, sur lesquels on installe des coussins, des lits bas portés sur quatre pieds, des tables, autour desquelles les convives s'asseyent sur de petits tabourets à trois pieds. L'usage des assiettes et des fourchettes continue à être inconnu.
Édifices byzantins au XIV© et au XVe siècle
Maison byzantine au
XIV" siècle; d'après une miniature du manuscrit grec n» 13o conservé à la Bibliothèque nationale.
Les Sept Tours, fragment des remparts byzantins de Constantinople.
La tour de Galata à Constantinople, faisant partie de l'enceinto élevée par les Génois au xai" siècle, autour de Galata, leur quartier (d'après une photographie).
Maison byzantine du xiv" ou du xv siècle à Mistra (Grèce); dans les trous que l'on voit sur les murs, s'accrochaient les poutres supportant l'auvent que l'on voit figuré sur la miniature ci-dessus (d'après une photographie).
Habitations de paysans byzantins au xiv siècle ; d'après une miniature du manuscrit grec n° 135 conservé à la Bibliothèque nationale.
Toutes les vues de Coiislantinople insérées dans ce chapitre ont été dessinées d'après des pbotograpliies communiquées par M. A. Joubin , ancien membre de l'école d'Athènes.
Cathédrale d'Athènes, l'un des plus remarquables spécimens de l'architecture byzantine au xiv" siècle. Les dimensions de cet édifice ne sont guère supérieures à celles qu'on donnait aux chapelles en Occident au xiv siècle (Gailhabaud).
Constantinople — Constantinople restait, malgré sa décadence, la plus grande et la plus belle des villes de l'Orient. Elle étonnait encore les voyageurs occi dentaux qui la visitèrent au début du xv** siècle, par le nombre et la beauté de ses monuments. L'Espagnol Clavijo y compte plus de 3,000 églises; il y admire l'étendue des monastères installés au milieu de jardins et de vergers, si grands qu'on aurait pu y asseoir ime grande ville. Mais il y signale aussi un grand nombre d'édifices, palais, maisons, couvents et églises qui tombaient en ruines. Des «champs, des jardins ou des prés, séparaient les
La Tour de marbre, tiagment do-» remparts bj'zaniins de Constantinople.
différents quar tiers ; ce qui faisait dire à un voyageur français de ce temps : « Est cette cité-ci faite par villages et y a beaucoup plus de vide que de plein. »
Les peuples de la péninsule des Balkans. — Byzance, en disparaissant , laissait derrière elle une œuvre grande ; ses missionnaires avaient porté la civilisation byzantine aux peuples barbares, ses voisins. Bulgares, Serbes, Roumains, Russes lui avaient emprunté en grande partie sa religion, sa culture littéraire, ses usages et son art. Les monuments figurés qui nous restent en trop petit nombre des peuples de la péninsule dçs Balkans sont nettement mar-
Ëglise de la Pèribleptos du xiv ou du xv" siècle à Mistra (Grèce).
LES BYZANTINS, LES RUSSES ET LES TURCS AU MOYEN AGE
L'art byzantin au XIV« et au XV® siècle.
Une ville byzantine au moyen âge; vue générale dos ruines de Mistra (Morée). Cette ville, bâtie iiou loiu dos ruines do Sparte, l'ut la capitale des souverains grecs de la Moréo orientale. Elle resta en la possession des princes do la maison des Cantacuzône, puis de celle dos Paléologue, jusqu"en 1460, époque oii les Turcs s'en emparèrent. Les Vénitiens la leur enlevèrent en 1464.
qués du caractère byzantin. Le costume des princes et des princesses est celui des empereurs et des impératrices. L'architecture des monuments de la péninsule est celle des édifices élevés par les architectes grecs, mélangée quelquefois d'influences occidentales.
On y retrouve les principaux traits de la construction byzantine , l'usage de la coupole élevée sur un tambour dans l'architecture religieuse, l'emploi des tours carrées
Monnaie en cuivre Monnaie en cuivre de "^ archltec -
d'Alexis III, Comnène Manuel UI , Comnène ture militaire
(1350-1390), empereur de (1390-1412), empereur de , , , . ,
Trébizonde (Cabinet des Trébizondc (Cabinet des la UCCOratlOn dCS
médailles). médailles).
Ces trois dessins, ainsi que les vues de l'église et de la maison byzantine de Mistra (V. page llfi), ont été faits d'après des photographies communiquées par M. Millet, ancien membre de l'école d'Athènes, à qui j'adresse ici mes plus vifs remerciements. * Ti~...«-»"»;^«
Le Christ bénissant, sculpture byzantine du XIV ou du XV" siècle, encastré dans les murs do l'église de la Peribleptos à Mistra.
Peinture de 1422 au monastère du mont Athos, représentant un ange abordant saint Pacome.
A. Parmentier.
Les Byzantins au XIV^ et au XV^ siècle.
Vaisseau byzantin au xiv« siècle.
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Lit byzantia au xiv siècle.
Femme byzantine tissant à un métier (xiv° siècle).
Page (réduite) d'un manuscrit grec n° 1224 conservé à la Bibliothèque nationale, écrit au XIV" siècle; les premières lignes de l'ouvrage sont disposées en croix.
églises
à l'aide de grandes figures hiératiques se détachant sur un fonds d'or le long des piliers ou sur la surface des murs. La prédominance de la civilisalion byzantine se maintint en face de la civilisation latine, même dans les contrées où s'établirent des princes d'Occident. A Athènes, au xiv" siècle, sous la domination fastueuse des ducs d'origine française, les nouveaux.édifices religieux sont construits dans le plus pur style byzantin . A Ch y pre , la puissante maison des Lusignan ne parvient
point à réunir en un seul peuple les Grecs et les Latins.
Civilisation primitive des peuples russes. — Chez les peuples russes, la civilisation byzantine se combina avec d'antiques éléments indigènes. Les fouilles faites en ce siècle par les archéo-
Ëglise byzantine de Sainte-Sophie, à Trèbizonde,
construite de 1349 à 1350 (Texier).
Repas byzantin au xiv» siècle; cette miniature ainsi que les trois autres reproduites sur cette page sont empruntées au manuscrit grec n" 135 conservé à la Bibliothèque nationale (V. page 116).
MèdaUle de Jean II Paléologue
(1425-1448), avant-dernier empereur de Constantinople , œuvre de Pisanello conservée au Cabinet des médailles.
logues russes dans les tertres ou koiirganes, où les premières populations de la Russie ensevelissaient leurs morts, ont fourni quelques renseignements sur le costume, la parure et l'armement de ces peuples primitifs.
L'on a retrouvé dans ces tombeaux, sur les squelettes d'hommes et de femmes, encore couverts de quelques débi'is de tissus de laine, desbijoux en grand nombre, en or, en argent et en bronze.
Les tombeaux d'hommes ont fourni des armes, pointes de flèche en pierre, en bronze ou en cognées, harpons, etc.
fer, lances, haches, D'autre part, les historiens byzantins nous apprennent que les Slaves combattaient nus jusqu'à la ceinture, avec des piques, des arcs, des lassos, et s'abritaient derrière de grands pavois. Beaucoup de ces populations étaient sédentaires
LES BYZANTINS, LES RUSSES ET LES TURCS AU MOYEN AGE
Peuples chrétiens de la péninsule des Balkans au XI V« et au XV« siècle.
Ces miniatures, empruntées à un évangéliairo bulgare du xiv siècle, représentent : celle de gauche, un prince et des princesses bulgares; celle de droite, un czar bulgare, sa femme, son rils et sa fille. Les circonférences dont les têtes sont entourées sont des nimbes (Schlumberger).
Église du couvent de Stadenica (Serbie) construite au xiii° siècle (Kanitz;.
Château de Manassia (Soihic), construit au xiv" siècle (Kanitz).
Intérieur de l'église du couvent de Manassia (Serbie), construite au xiv» siècle (Kanitz).
et se groupaient au bord des cours d'eau, dans des enceintes formées d'une levée de terre, surmontées de palissades de pieux ou de haies d'osier.
Les Varègues ; le Christianisme — Deux influences, l'une guerrière, l'autre pacifique, modifièrent la civilisation primitive des Russes. Au ix* siècle, arrivèrent les Varègues, guerriers d'origine probablement Scandinave, qui répandirent parmi ces peuples l'usage de l'équipement normand, le casque de fer pointu,
le vêtement de guerre fait d'un Église de Kunea dArgyisch (Roumanie),
construite dans le premier quart du xvi« siècle tissu de mailles de fer, le long (d'après une photographie communiquée par bouclier. Au X" siècle, les Russes ^^-^^-é'-sco, professeur au lycée de Bucarest).
se convertirent au christianisme grec. Le clergé manière que les nôtres; mais elles ornent leurs russe adopta le costume, les édifices et les robes de fourrures depuis les pieds jusqu'aux cérémonies propres au culte byzantin. genoux. Les hommes portent des manteaux
Le costume ; rhabitation ; l'alimentation. — L'influence de la civilisation byzantine semble, chez les peuples russes, s'être exercée plutôt sur les lettres et les arts que sur les usagées de la vie privée. Le costume, l'habitation, l'alimentation n'ont rien de byzantin. Pour le costume, les voyageurs occidentaux, qui visitèrent les villes russes avant le XV* siècle, lui trouvent même des ressemblances avec celui des peuples chrétiens latins. « Les femmes russes, dit Guillaume de Rubrouck, qui parcourut la Russie méridionale vers le milieu du xiii® siècle, se coiffent de la même
Les Russes au Moyen Age.
Ornement de tête.
Collier orné de pendeloques en pattes d'oie.
Fragment de ceinture.
Kourgane ou tertre funéraire, analogue aux tumuli gaulois, auprès d'Alesandropol dans le cercle d'Iékatèrinoslav (Schiemann).
Ces bijoux proviennent de fouilles faites dans les -^
Kourganes de la nécropole de Livdia, et appar- Bague faite d'une Boucle
tiennent à une population d'origine inconnue; ils bande de métal d'oreille.
paraissent dater du x' ou du xi' siècle (lastrébof). tournée en spirale.
Broche ornée (le pendeloques en pattes d'oie.
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Église de l'intercession de la Sainte Vierge à Pokrof, petite ville de la Russie centrale, construite en U6o par André Bogolubski (Viollct-Le-Duc).
Abside de l'église de Sainte-Sophie, à Novgorod, construite au xi« siècle; d'après une lithographie conservée au Cabinet des estampes.
Sculpture de la frise de lëglise de Saint- Dimitri à Vladimir, ouvrage du xi"= siècle, de style byzantin, mêlé d'influences orientales qui se marquent surtout parl'emploi dansla décoration des animaux affrontés (Viollet-Le-Duc).
Monnaie en argent de Vassili Dmitrievitch (1389-1425).
Monnaie en argent sans nom de prince, du temps d'Ivan III.
Ci's nioimaios sont conservées au Caliinct des médailles
Costumes russes du xi" siècle; d'après __^ ^
Bonnets des archevêques de Novgorod (xv« siècle), une miniature dun manuscrit russe de 1073, Reliquaire daté de 1486, conservé dans la
conservés dans la sacristie de Sainte-Sophie à Nov- représentant Sviatoslaf (964-972) et sa famille cathédrale de l'Assomption au Kremlin (Anti-
gorod (Schiemann). (Schiemann). quités de l'empire de Russie).
LES BYZANTINS, LES RUSSES ET LES TURCS AU MOYEN AGE
Les Russes au Moyen Age
Lettres russes, dont l'une présente un costume, empruntées à des manuscrits russes du xiv" siècle (de Boutovsky).
Cérémonie religieuse à Novgorod. Cette miniature ainsi que les « Nobles russes » et le « Combat de cavalerie » sont empruntés à un manuscrit dont la date ne peut être déterminée avec précision, mais dont la composition se place entre le xii' et le XIV" siècle (Antiquités de l'Empire de Russie).
Costumes russes dans des lettres ornées empruntées à un manuscrit du XIV' siècle (de Boutovsky).
Guerrier et Cavaliers russes au x» siècle, d'après un manuscrit slavon des légendes des Saints Boris et Gleb (Schlumberger).
Nobles russes au Moyen Age.
comme les Allemands, mais ils ont sur la tête des capuchons de feutre, droits et à long-ue pointe. » Les habitations, le plus souvent construites en bois, comprenaient un rez-de-chaussée, un étage où se tenaient les maîtres de la maison, et un étage de greniers surmonté de belvédères, muni d'un balcon. L'alimentation se composait de viande de bœuf, de porc ou de mouton, de volaille, de -poisson, de gibier. Les boissons en usage étaient l'hydromel et le vin, « qui fait la joie des Russes. » Déjà la pièce principale du mobilier, d'ailleurs très simple, était le poêle.
Les villes. — Les villes étaient nombreuses ; mais à cause de l'immensité du pays, elles se trouvaient à de grandes distances les unes des
Groupe de cavaliers russes
au Moj'en Age.
Casque d'un grand duc de Russie (Schlumberger).
autres, séparées par des plaines boisées, souvent marécageuses, qu'en hiver les Russes parcouraient en siècles^ c'est-àdire en traîneaux; et le voyageur français, Guilbert de Lannoie, qui traversa ces contrées au début du xv^ siècle, se plaint d'être forcé de voyager quelquefois quatre jours et quatre nuits « sans trouver ville ni maison ». Au rapport du même voyageur, ces villes étaient à peu près toutes construites de la même manière ; leurs maisons en bois étaient enfermées, dans de « méchants murs faits de claies et de terre », reliant entre elles des tours en pierre. Un château, construit lui-même souvent en bois, dominait la cité.
Kiev; Novgorod; Moscou. — Les plus cé-
Édifices russes au Moyen Age.
Chemin de ronde des remparts du Kremlin (d'après une photographie).
Tour des remparts du Kremlin; à droite l'église des Saints- Archanges d'après une photographie.
^aM
' — --- iiimiiiiiii ML.
Quais de la Mosko^va et église du Saint- Sauveur
(d'après une photographie).
lèbres d'entre ces villes, étaient Kiev , la mère des villes russes, la ville sainte, grâce aux quatre cents églises qu'elle possédait déjà au temps de laroslaf ; Novgorod , la grande ville de commerce, oii négociants allemands et gothlandais avaient leurs quartiers séparés, protégés par une enceinte de madriers; enlin, Moscou, la ville princiére. Formée d'abord d'un groupe d'habitations, au milieu de la forêt qui bordait les rives de la Moskova, elle s'agrandit rapidement quand les grands-ducs de Sousdalie v eurent établi leur résidence.
Intérieur de la cathédrale de l'Assomption construite do 1 i7o à 1479 par Fioraventi, architecte italien; au fond, l'iconostase, galerie qui sépare le chœur du reste de l'église. C'est dans cet édifice qu'a lieu le couronnement des tsars (d'après une photographie).
La cathédrale de Kiev (xi' siècle); le clocher date de la Renaissance (d'après une photographie communiquée par M. Berthoud).
Le Kremlin. — Ils y habitèrent un château, le Kremlin, et y édifièrent, en grand nombre, des palais et des églises. Ivan Kalita entoura ces constructions d'une enceinte palissadée en chêne, qui fut, en 1367, reconstruite en pierre; mais le véritable fondateur du Kremlin fut Ivan III. Sous ce prince, « les cathédrales, les églises, les palais du souverain, les portes de la ville, les remparts, les bastions, les tours avec passages couverts, tout fut reconstruit avec l'aide d'architectes italiens et, en moins de vingt ans, l'extérieur du
LES BYZANTINS, LES RUSSES ET LES TURCS AU MOYEN AGE
Les Turcs au XIV^ et au XV« siècle
Costume musulman
d'après le manuscrit français n» 264G conservé à la Ribliothèqiie nationale.
Fragment d'une miniature du manuscrit français n° 2046 (Chroniques de Kroissart) de la seconde moitié du xv" siècle, conservé à la Bibliothèque nationale, représentant les supplices Costume musulman infligés aux nobles chrétiens après la défaite de Nicopoli en 1396. On peut voir d'après cette d'après le manuscrit franminiaturc comment les peuples d'Occident se représentaient les Turcs à la Un du xv» siècle, çais n» 2646 conservé à
la Bibliothèque nationale.
Guerriers turcs; d'après un dessin de Cavalerie turque en marche d'après
l'époque du règne do Frédéric 111 (t4;0- un dessin sur bois d'Erhard Renvich
1493), conservé au Musée germanique de inséré dans la relation du voyage de Brey-
NiireiTiberg; c'est la plus ancienne représen- denbach à Jérusalem, imprimée à Mayoïice
talion des Turcs que l'on connaisse (Jager). en 1486 (Hertzberg).
Janissaire à la tin du xv siècle, d'après un dessin de Gentile Bel- Uni (1426-1507).
Canon turc de la fin du x\' siècle conservé à Paris, au Musée d'artillerie.
Femme turque à la fin du xv» siècle, d'après un dessin de Gonlile Bellini (1426-1507).
Casque turc du
xv« siècle conservé à Paris au Musée d'artillerie.
Portrait de Mahomet n
(1451-1481), conservé au Cabinet des médailles.
Kremlin changea entièrement » (Zabiéline). Alors furent reconstruites les cathédrales de l'Assomption, des Saints-Archanges et de l'Annonciation, et le palais, à côté duquel les
Revers de la médaille de Mahomet II. Cotte médaille est due à Constanzo, artiste italien, dont ou ne connaît aucune autre œuvre.
Casque turc ayant appartenu à Bajazet II (1481-1512), conservé ék Paris au Musée d'artillerie.
Combat de cavaliers turcs,
d'après une gravure sur bois de la relation du siège de Rhodes, par Guillaume Caoursin, imprimée à Ulm en 1496 Hertzberg).
architectes italiens d'Ivan III édifièrent, à partir de 1498, le « Palais Anguleux », qui fut achevé seulement en 1508. Pour avoir une vue nette du Kremlin à la fin du xv" siècle, il
Édifices turcs au XIV^ et au XV« siècle; Brousse.
Intérieur de la grande Mosquée à Brousse comniencée parAmurath I" (1300-1369), continuée par Bajazct I'" (1389-1402), achevée par Mahomet I" (U13-U2I) ; fd"après la restauration de M. Parvillée.)
Sarcophage du sultan Mahomet I" (1413-1421 conservé dans son tombeau à Brousse (Parvillée).
Tombeau restauré du sultan Mahomet I" (1413-1421) à Brousse (Parvillée).
faut joindre aux églises et aux palais du souverain, les demeures des hauts dignitaires et les habitations des prélats et des moines, groupées en des rues étroites et tortueuses, entrecoupées de places et de jardins.
Le palais des tsars.
— Le palais se composait de trois parties :
d'abord les appartements privés, comprenant la chambre à coucher, la
salle de la croix ou l'oratoire, un cabinet de travail, une vaste antichambre, sorte de salle de réception. Des couloirs réunissaient les appartements privés à une salle de bains. Un second groupe de bâtiments était constitué par les salles destinées aux assemblées solennelles. Enfin, auprès de ces constructions, s'élevaient les logements des gens de service, les bâtisses affectées à des usages particuliers, palais des écuries, des céréales, des cuisines, de la boulangerie, etc.
La vie des tsars. — C'est là que les tsars demeurèrent, à partir du xiv' siècle, entourés de leurs boïars, avec lesquels, à l'origine, ils vivaient familièrement. Ce furent, en général, des princes fort belliqueux ; ils allaient volontiers guerroyer contre leurs voisins, à la tète de leurs boïars armés de lances d'acier, de sabres, de haches,
Fenêtre do la grande mosquée à Brousse, travail du \iv' ou du xv« siècle (Parvillée).
le casque en tête, le corps enveloppé de la cotte de mailles. L'armée, précédée de tambours et de trompettes, se serrait autour de l'étendard sur lequel brillait l'image du Sauveur dans un nimbe d'or; et quelquefois, comme les armées byzantines, elle marchait au combat précédée de prêtres « qui chantaient »
des hymnes en l'honneur de la croix sainte et le cantique de la sainte mère de Dieu.
Ils se distrayaient de la guerre par la chasse. « Quelquefois, au milieu des plus épaisses forêts, racontait à ses fils le grand-duc Vladimir Monomaque (1113-1125), j'attrapais moi-même des chevaux sauvages et je les attachais ensemble de mes propres mains. Que de fois je fus renversé par les buffles, frappé du bois des cerfs, foulé aux pieds par les élans! »
L'art russe. — Ces tsars belliqueux et chasseurs furent aussi grands amis des lettres et des arts. Los chroniqueurs nous les montrent occupés à créer des écoles et à rassembler des livres. Ces princes appelèrent des artistes grecs qui construisirent ces églises étranges oii l'imitation des monuments byzantins se mêle à la tradition orientale, peut-être même à des influences venues de l'Inde; ils firent décorer ces édifices de peintures et de mosaïques; ils donnèrent l'ordre de
LES BYZANTINS, LES RUSSES ET LES TURCS AU MOYEN AGE
Édifices turcs au XI V^ et au XV« siècle ; Gonstantinople.
Monnaie de Mahomet II (1431-1481) conservée au Cabinet des médailles.
Mosquée de Bajazet II à Gonstantinople, élevée en 1498 (d'après une photographie
La Mosquée verte à Nicëe,
construite par Khayr-Eddin pacha, grand vizir de Amurat I" (1 366-1389).
mort en 1386 (Texier).
rédiger et d'enluminer ces manuscrits dignes de rivaliser avec ceux d'Occident.
Les Turcs. — Un intéressant document du début du xv® siècle nous fait bien connaître les Turcs quelques années avant la prise de Gonstantinople. C'est le récit du voyage d'un gentilhomme français , Bertrandon de la Broquière, chambellan du duc de Bourgogne , Philippe le Bon. De Jérusalem, où il était allé en pèlerinage en 1437, il revint en Europe par l'Asie Mineure. Il représente les Turcs , comme « d'assez belles gens, moyens et de moyenne
lOlCe, et portant tous Tympan de faïence du xiv« siècle, à la grande Mosquée de Brousse (Parvillce).
Le palais de faïence à Gonstantinople, l'un des premiers monuments élevés par les Turcs dans cette ville, après qu'ils en eurent fait la conquête; il est aujourd'hui transformé en musée d'antiquités (d'après une
^ p M. A. Joubin , ancien
d'Alhèr
grandes barbes ». Ce sont des hommes diligents, se levant toujours matin, couchant facilement sur la dure, contents d'un peu de pain mal cuit, de chair crue séchée au soleil, de lait caillé, de fromage, de miel, de raisin, de fruits et d'herbes. Ils sont vêtus de deux ou trois robes passées l'une sur l'autre et tombant jusqu'aux pieds : ils portent sous ces robes des braies et des bottes qui leur montent jusqu'aux genoux. Sur la tête, ils ont des bonnets de forme variée.
Les femmes sont également vêtues de longues robes ; elles se couvrent le visage à l'aide d'un voile.
Les Chrétiens en Orient; Rhodes.
Rhodes au XV' siècle, d'après un dessin sur bois d'Erhard Renwich, inséré dans le récit du voyage eu Terre Sainte do Breydenbach de 1482 à 1484 ; Ehrard Renwich, originaire d'Utrecht, accompagna Breydenbach dans ce voyage : le dessin a donc été l'ait d'après nature. La relation du voyage fut imprimée à Mayence en 1486 chez Schëffer (Hertzberg).
Le costume militaire. — Les Turcs ne portent point d'armure complète comme les chevaliers d'Occident; ils ont seulement de petites cuirasses, des gardebras et des casques, l'arc , le carquois , l'épée et un petit bouclier « dont ils se couvrent très bien à cheval, en tirant de l'arc ». Ils ont des selles fort riches, de larges étriers et de courtes étrivières.
Brousse . — La ville de Brousse, qui était encore à ce moment la capitale des Turcs, intéressa fort Bertrandon. C'eçt « bien bonne ville et bien marchande, et est la meilleure ville que le Turc aie ». Les quartiers sont séparés
par des jardins; aussi la ville est-elle comme « faite par villages » . Il admira fort les tombeaux des sultans; les hôpitaux « où on donne souvent du pain, de la chair et du vin à ceux qui le veulent prendre pour Dieu »; les bazars, « où
Épisodes du siège de Rhodes en 1480, d'après une édition de la relation du sièfe de Rhodes, par Guillaume Caoursin, imprimée à Ulm en 1490 (HertzbergJ. La voile d'un des navires porte la croix des chevaliers do Rhodes.
Pierre tombale d'un chevalier de Malte du xv" siècle, dont le nom est inconnu, conservée au Musée de Cluny. Il porte sur son vêtement la croix pattée, signe distinctif des chevaliers de Rhodes.
l'on trouve à vendre draps de soie de toute sorte, riches pierreries et très grande quantité de perles et à bon compte, et toiles de coton, et du savon blanc qui est là une très grande mar chandise. » Il y vit vendre également des chrétiens, « hommes et femmes, dans une salle moult haute, qui est une chose piteuse à voir. »
Les sultans; une réception à Andrinople. — C'est en Europe, à Andrinople, que Bertrandon vit le sultan, qui était alors Amurat II. Il assista à une réception faite dans cette ville à un ambassadeur du duc de Milan. Vingt ou trente esclaves armés de bâtons gardaient la porte du palais ; lorsque l'ambassadeur et son cortège arrivèrent, on les fit asseoir au milieu d'un grand concours de monde auprès de cette porte. Bientôt le sultan arriva, vêtu d'une robe de satin cramoisi,
LES BYZANTINS, LES RUSSES ET LES TURCS AU MOYEN AGE
Pierre d'Aubusson ento\ir(5 des dignitaires do l'ordre, fait mettre en état de défense les fortifications de Rhodes; on aperçoit, au fond, l'entrée du port défendue par deux grosses tours que relie une chaîne de fer.
Le siège de Rhodes en 1480.
par - dessus laquelle était passée une robe d'une étoffe de satin vert à figures, fourrée de martre zibeline. Il se plaça auprès de la porte, sur un siège couvert de velours, élevé au-dessus du sol par trois ou quatre marches, « et là s'en ala asseoir à leur guise, qui est telle que celle des couturiers qui se assient quand ils cousent. » Les pachas prirent leur place, laissant entre eux et le sultan un vaste espace vide. On introduisit
Pierre d.'Aubusson(14iù-lou:j), exhorte les chevaliers chrétiens à résister courageusement à l'assaut.
d'abord un seigneur de Bosnie « venu devers le Turc pour lui faire obéissance »; puis vingt gentilshommes vala ques, qui servaientd'otages, et enfin l'ambassadeurduducde Milan.
Le sultan et l'ambassadeur échangèrent quelques mots par l'intermédiaire d'un interprète juif; après quoi, l'ambassadeur se retira en marchant à reculons. Le sultan, qui s'était levé , se rassit ; « chacun se rassit en terre, » et l'on servit un repas.
Devant le souverain, on étendit une toile de soie , sur laquelle on plaça une pièce de cuir vermeil, et l'on apporta deux grands plats dorés couverts
Attaque de la tour Saint-Nicolas par les Turcs. A gauche, Rhodos avec ses remparts couronnés do l'étendard des chevaliers de Rhodes; ses maisons en terrasse; au premier plan, la tour Saint-Nicolas; do l'autre côté do la baie, l'arinéo et le cam|) des Turcs.
Un repas turc à la fin du XV" siècle ; lo personnage frappé d'un coup de poignard est Achmct Bassic, conseiller infidèle de Djom, frère ot rival du sultan Bajazet II.
Ces miniatures sont reproduites d'après le manuscrit latin n" 6067 de la Bibliothèque nationale, précieux ouvrage enrichi de 50 miniatures d'un très remarquable travail ; il contient une relation du siège de Rhodes en 1480 rédigée par Guillaume Gaoursin, vice-chancelier de l'ordre des chevaliers de Rhodes (1430-1501) et paraît avoir été écrit et enluminé très peu de temps après le siège de la ville.
Monuments chrétiens de Rhodes (avant le tremblement de terre de 1851).
Le prieuré de France, construction du xv» siècle (Rottiers).
de viande ; puis on servit aux assistants à raison d'une écuelle pour quatre du mouton et du riz, « sans point de pain ne que boire. » Mais il y avait au bout de la cour un buffet où chacun put aller se rafraîchir.
Pendant le repas, qui fut très court, des musiciens et des chanteurs se firent entendre.
Le cérémonial ottoman. — Sous les successeurs d'Amurat le cérémonial se compliqua.
Les sultans s'entourèrent d'un nombreux personnel; une hiérarchie minutieuse fut établie entre les membres de la cour, depuis les vizirs, qui se distinguèrent par le port d'un vêtement de velours à boutons et à lisérés d'or, jusqu'aux pages. Parmi les usages qui s'établirent alors à la cour, il y en avait qui étaient destinés à garantir la sécurité du sultan : le grand sommelier avait charge de faire préparer les sucreries, confitures et sorbets, de goûter le premier à tous les mets et de s'assurer qu'ils n'étaient point empoisonnés. D'autres usages avaient pour but d'isoler le sultan de ses sujets et de rehausser ainsi sa majesté : « Ce n'est pas ma volonté que personne mange avec ma majesté impériale, porte une ordonnance de Mahomet II ; mes illustres ancêtres avaient autrefois admis leurs vizirs à leur table : cette coutume, je l'ai abolie. «
La rue des Chevaliers. Toutes les constructions qui bordent la rue, aujourd'hui fort délabrées, remontent au xiv" et au xV siècle (Rottiers^.
La Châtellenie, construction du xv siècle (Rottiers).
Rhodes. — Lorsque les sultans se furent emparés de Constantinople, ils durent encore ravir aux chrétiens les îles de l'Archipel ; Rhodes fut celle qui leur opposa la plus longue résistance. Les chevaliers de Saint -Jean -de -Jérusalem l'avaient enlevée en 1310 aux empereurs byzan tins ; ils y établirent le siège de leur ordre, et prirent alors le nom de chevaliers de Rhodes. Les grands maîtres firent de la ville et de l'île une place forte tout occidentale, l'ornèrent d'admirables monuments. Derrière de fortes murailles flanquées de robustes tours, dont la plus célèbre était la tour Saint-Nicolas , construite aux frais du duc de Bourgogne Philippe le Bon, ils édifièrent de nombreuses églises, des couvents, un palais magnifique et de luxueuses habitations pour les membres de l'ordre ; ils garnirent de châteaux forts tous les points de l'île propres à la défense. Les chevaliers évacuèrent Rhodes en 1522, quand ils durent capituler devant Soliman ; les monuments de l'île restèrent seuls pour témoigner de la grandeur de l'ordre; mais, hélas! l'incurie des Turcs et de fréquents tremblements de terre ont causé la mine de la plus grande partie de ces beaux édifices.
Chaire française; ouvrage du XV' siècle.
Horloge allemande de la fin du
XV" siècle.
Chaire française aux armes de France; ouvrage du règne de Louis XII.