CHAPITRE XV
L'Art en Italie au XIV« et au XV« siècle.
L'art italien au XIV^ et au XV siècle. — L'art italien traverse au xiv^ et au xv^ siècle deux périodes différentes de son histoire.
Auxiv siècle, les traditions du moyen âge sont encore suivies par un grand nombre d'artistes; mais déjà quelques grands précurseurs, comme le peintre Giolto ou le sculpteur Giovanni Pisano, se séparent de leurs devanciers et ouvrent la voie où s'engageront les artistes du xv* siècle. Dès le début de ce siècle commence une première Renaissance dont le centre principal est Florence.
Les protecteurs des beaux-arts en Italie. — En aucune contrée de l'Europe, l'art ne rencontra de conditions plus favorables qu'en Italie : un peuple, qui, même aux époques les plus sombres de son histoire, conserva le goût de la cultui-e intellectuelle ; des cités enrichies par le commerce et l'industrie qui rivalisaient à qui d'entre elles aurait les plus beaux monuments et qui faisaient de la construction des édifices destinés à les orner une affaire
Le prophète Âbacuc, statue de Donatello (1386-1466), dans l'église d'Or San Michèle, à Florence.
d'État; des princes ecclésiastiques ou laïques préoccupés d'assurer le souvenir de leur nom par la protection qu'ils accordaient aux beaux-arts. Parmi ces ardents amis des arts, il faut signaler les papes du xv* siècle qui entreprirent la reconstruction de Rome et du palais pontifical, les rois de Naples, les princes angevins du xiv* siècle aussi bien que leurs successeurs du siècle suivant, Alphonse le Magnanime et Ferdinand, les Malatesta à Rimini, ardents champions du retour à l'étude de l'antiquité, Frédéric de Montefeltro à Urbin, les princes de la maison d'Esté à Ferrare, les Gonzague à Mantoue ; enfin à Florence, les Strozzi, les Pitti, les Ruccellai, et les plus grands de tous, les trois Médicis, Cosme, Pierre et Laurent. Le rôle de ces Mécènes fut de réunir d'importantes collections d'objets d'art pour la plupart antiques, véritables musées que leurs possesseurs ouvraient généreusement aux artistes, de se faire élever des palais, de commander aux
Les artistes.
Sculpteurs à leur établi. Bas-relief de Nanni di Banco, mort on 1420 (église d'Or San Michèle, à Florence)
peintres ou aux sculpteurs de nombreux ouvrages. En outre, la plupart entretinrent avec les grands artistes de leur temps d'amicales relations.
Les artistes. — Les artistes furent très nombreux ; ils se recrutaient dans toutes les classes de la société; l'estime dont ils jouissaient explique la présence parmi eux de fils de nobles et de ricbes bourgeois ; la majorité d'entre eux cependant était composée de fils d'artisans. L'artiste entrait presque enfant dans l'atelier d'un maître et y poursuivait le plus longtemps qu'il pouvait son apprentissage; beaucoup des grands maîtres du xiv* siècle se formèrent dans l'atelier d'orfèvres qui passaient pour les meilleurs maîtres, parce que la complexité de leur métier les forçait à connaître et pratiquer un peu tous les arts. •
L'architecture au XIV" siècle. — L'architecture italienne du XIV* siècle est l'architecture gothique modifiée conformément au goûtitalien. Introduit dans la péninsule au début du xiii" siècle, par des moines français^ le style gothique demeura pur tarit que les architectes qui remployèrent furent des religieux ; mais, quand il fut adopté par les architectes laïques, ceux-ci lui firent subir d'importantes mo-
Peintres en bâtiment et orfèvres
à la fin du xv siècle; d'après une estampe (Mûntz).
Tombeau de FraFilippo Lippi {14127-1469), dans la cathédrale de Spolète.
difications. Les grandes cathédrales de Sienne, d'Orviéto ou de Bologne, édifiées dans ce style, ne ressemblent guère à nos églises de France. Ce sont des monuments fort longs, fort larges mais peu élevés; souvent ils ne sont point couverts par des voûtes, mais par des charpentes ou des plafonds. Aussi les arcs-boutants et les contreforts, devenus inutiles, disparurent-ils rapidement; le cintre remplaça presque partout l'ogive; enfin les façades, plus hautes que la nef qu'elles précédaient, ne firent point corps avec le monument et leurs grandes divisions servirent seulement de cadres aux mosaïques ou aux sculptures qui les ornaient.
Les palais communaux et les habitations privées ne sont pas non plus comparables aux élégants hôtels qu'on élevait alors en France ; avec leurs hautes tours, les palais de Florence et de Sienne se présentent encore à l'extérieur comme des forteresses du moyen âge.
L'architecture au XV" siècle; Brunellesco. — Le style gothique cessa de plaire aux Italiens vers le milieu du XV* siècle, sauf à Milan et à Venise. Milan poursuivit pendant tout le XV* siècle la construction de sa cathédrale, le plus vaste monument gothique
L'ART EN ITALIE AU XIV« ET AU XV« SIÈCLE
L'architecture au XI V^ et au XV^ siècle.
La cathédrale de Florence, commencée par Arnolfo di Cambio (1232-1315) en 1296 ; le campanile est l'œuvre de Giotto ; la nef fut reconstruite par différents artistes florentins pendant la seconde moitié du XIV siècle ; la coupole est due à Brunellesco ; elle fut élevée de 1425 à 1461 ; la façade a été construite de nos jours dans le style de l'édiflce.
Fragment de la porte de Crémone, œuvre de la Le Vieux Palais à Florence, terminé en 1298, œuvre seconde moitié du xv" siècle d' Arnolfo di Cambio, mort en 1315. (Musée du Louvre).
Intérieur de la cathédrale de Milan
commencée en 1386.
L'architecture au XIV* et au XV* siècle.
La cour du Bargello à Florence, ancien palais du podestat, construite partie en 1233, partie de 1333 à 1345.
La Ca d'Oro à Venise. Cette maison, du xiv* siècle, était autrefois dorée : d'où son nom de Maison d'or.
Façade de la cathédrale d'Orvièto,
construite de 1316 à 1330 par Lorenzo Maitani de Sienne.
Chapiteau d'angle du xiv* siècle au palais ducal de Venise, représentant le Jugement de Salomon.
Porte délia Carta au palais des Doges à Venise, construite à la fin du xv siècle par les Buon.
de l'Italie ; Venise demeura lidèle également à ce style jusqu'au xvi* siècle, élevant sur le bord de ses canaux ces palais aux façades ornées de galeries dont les colonnettes supportent d'élégantes dentelures de pierre .
L'initiateur de cette révolution dans le goût italien fut l'architecte florentin Brunellesco. Pénétré d'admiration pour les monuments de l'antiquité romaine et de l'antiquité chrétienne, il construisit à Florence des églises qui, par leurs dispositions générales, se rapprochent des basiliques primitives ; il
Chapiteau du xiv* siècle au palais ducal de Venise.
rechercha par- dessus tout la symétrie, la régularité et la clarté, et par dégoût de l'exubérance du gothique de son siècle, tomba parfois dans la froideur ; il remit en honneur les ordres d'architecture et les modes d'ornementation en usage chez les Romains. Il se montra plus original en créant le type du palais florentin du xv" siècle, énorme masse quadrangulaire percée de peu d'ouvertures au dehors, entourant au dedans une cour ornée de portiques. Ses continuatenrs furent Michelozzo et Àlberti.
L'ART EN ITALIE AU XIV ET AU XV» SIÈCLE
L'architecture au XV^ siècle, Brunellesco (1377-1 1466
Intérieur de lëglise San Spirito à Florence, construite sur les plans de Brunellesco après sa mort.
Façade de l'église Santa Maria Novella à Florence, construite sur les plans d'Alberti (1404-1472).
Portique de la chapelle des Pazzi
à Florence, œuvre de Brunellesco.
Intérieur de l'église San Lorenzo
à Florence, commencée par Brunellesco.
Façade de la chapelle des Pazzi à Florence,
construite par Brunellesco.
Chapiteau du portique de la chapelle des Pazzi.
Chapiteau terminant un pilastre du tombeau de Pietro da Neceto, secrétaire du
pape Nicolas V, œuvre de Malteo Civitali dans l'église San Martino à Lucques.
Chapiteau du portique de la chapelle des Pazzi.
La sculpture au XIV' et au XV siècle. — C'est à Pise que commença, à la fin du xiii* siècle, avec Nicolo Pisano , le renouv-ellement de la sculpture italienne. Celui-ci, s'inspirant des modèles que lui fournissaient les sarcophages antiques conservés à Pise, sut grouper avec plus d'habileté que ses prédécesseurs les personnages de ses bas-reliefs et donna à leurs traits plus de
noblesse. Son fils Giovanni se distingua par une puissance dramatique dont les bas-reliefs de la chaire de Pistoia offrent le plus saisissant exemple . Les sculpteurs florentins du xv^ siècle achevèrent l'œuvre commencée par leurs devanciers de l'école de Pise; ils durent à l'étude la plus atten.tive de la nature les qualités qui les mirent au premier rang, aussi bien dans leurs sculptures
L'architecture au XV^ siècle; Alberti (1404-1472).
Façade de San Francesco à Rimini, connu sous le nom de Temple des Malatesta, construite vers 144T siir les plans d'Alberti (1401-1472).
Cour du palais ducal à Urbin, construite de 1468 à 1 182 par Luciano da Laurana.
Façade de l'église San Zaccaria, à Venise, œuvre de la fin du xv« siècle.
Le palais Ruccellai à Florence, construit de 1446 à 1451 environ par Alberti (1404-14'72).
on marbre que dans leurs œuvres en bronze, matière qu'ils affectionnèrent. Le premier par la date et par l'ampleur de son génie fut Donatello ; celui-ci, prenant toujours ses modèles parmi ses contemporains, trouva pour représenter les prophètes de l'Ancien Testament de vivantes et imposantes figures; exprima dans ses danseurs de la chaire de Prato la vivacité des E^ttitudcs de l'enfance ; imagina dans le haut-relief de l'Annonciation et dans sa Sainte-Cécile les plus charmants profils de femme qui se puissent
Plan de San Lorenzo à Florence.
Façade de la prison à Brescia, construite dans la seconde moitié du xv" siècle.
rêver ; sut représenter dans son David l'élégante silhouette de l'adolescent, et dans le monument de Gattamelata , retrouva pour la première fois la fierté des statues équestres de l'antiquité. Ghiberti avec un génie moins vaste montra cependant dans les deux portes du baptistère de Florence une imagination féconde et un souci constant de l'élégance et de la noblesse des figures. Luca délia Robbia, dans ses terres cuites, apporta à la représentation de la Vierge et des saints un profond sentiment
L'ART EN ITALIE AU XIV« ET AU XV SIÈCLE
La sculpture au XIII« et au XIV« siècle.
La Nativité, bas-relief en marbre do la chaire de la cathédrale de Pise, achevée en 1260 par Nicole Pisano (1206-1280).
Le massacre des Innocents, bas-relief en marbre de la chaire de Pistoie, par Giovanni Pisano (1230-1320).
La Logique. Le travail des mëtaax. La céramique.
Ces trois bas-reliefs en marbre, œuvre de Giotto, fout partie de la décoration sculpturale du campanile de la cathédrale de Florence.
Chaire du baptistère de Pise en marbre, œuvre de Nicolo Pisano (1204-1280).
religieux. Après ces maîtres, que de
La Vierge, marbre de Giovanni Pisano conservé dans la cathédrale d'Arezzo.
lajuolo, à qui l'on doi
Album historique. — II.
tombeau de Sixte IV; Verrochio, dont le talent
noms il faudrait encore citer : les Pol- '^S^^^^S^Sf Verrochio, dont le talent
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31 1 le merveilleux marbre à léglise dur San Michèle, à Florence. SC montra plClU d élcgancer