CHAPITRE VI La Vie privée au XVIII' siècle
Soulierfrançais du XVIII* siècle (Musée de Cluny).
Gostome de dame sous la régence ; d'après
Costume d'homme sous la régence ; d'a-
__ ^ Costume d'homme au début du règne de
un dessin dé Watteau (1684-172 D.'gravé à l'eau- I-oa»s XVI ;emprunté à la gravure de Moreau près'ûn dessin de Watteau (ieSi-r/ai), gravé
forte par Thomassin fils (1688-1740). 'e Je"»® (1741-1814), représentant le serment ^ l'eau-forle par Thomassin fils (1688-1740).
de Louis XVI & son sacre.
Boite à poudre du règne do Louis XVI (Collection Franck).
Tabatière en or avec portrait do Louis XVI (Musée du Louvre).
Lorgnon ; règne de Louis XVI (Collection Franck).
Le costume.
Dame en négligé; portrait do Madame Lcnoir, exposrf au Salon do 1743 par, Chardin (IG09-1779) ci gravi'' en taillc- Uoaco par Suruguo (1716-1772) en 1747.
Robe à panier vers 173) ; portrait do madame Adélaïde de Franco, point par iNaMior (lf»^;)-17C^î), aujourd'hui au Mus(5e du Louvre.
Dame vers 17So ; portrait de Madame Louise-KIisabeth do Franco par Madame (îuyard (Musdo do
Costume de femme en ITKg {Cabinet ihs Modt's).
Coatumes d'homme, de femmes et d'enfants en 1776; d'après un dessin de Moreau le Jeune (1741-1814), gravé en taille-douce par C. Giitlenberg.
Pouf à l'Asiatique vers 1780 (Esnault et Uapilly).
Le costume. — Au xviii® siècle comme au xvii*, le costume masculin se compose Aw justaucorps ou habit, de la resfc^ de la culotte
et des bas; mais, au cours du siècle, il s'allonjfe, se rétrécit et se simplifie.
La veste devient notre gilet^ c'està-dire un vêtement de dessous sans manches ; sous le règne de Louis XVI apparaît le j)antalon considérée à l'origine comme
Coiffure au Quèsaco (IT»o) (Esnault et Rapillv).
•> Hérisson couvert d'une calèche retroussée »; coiffure d'en- , r !• /. T P
viron 1780 (Ksnauit et Rapiiiyj. unelenuc négligée. Lcstemmes por
LA VIE PRIVÉE AU XVIIl» SIÈCLE
Le costume et la toilette.
do
cages
Montre avec sa châtelaine; r«^gno «le I^uis XVI (Colloolion Franck).
tèront sous la régence la robe longue, peu ajustée, à plis flottants; puis, vint la mode des paniers, sortes dont quelques-unes atteignaient jusqu'à près de 4 mètres de tour.
Cette mode fit fureur dans toutes les classes de la société jusqu'à la findurègnedeLouisXV; à cette date, le panier ne fut plus employé que pour la robe de cour.
Le costume féminin redevint alors plus simple et sa tendance fut de se rapprocher dans les façons de la coupe des vêtements masculins.
Pendant tout le siècle, hommes et femmes furent chaussés de souliers découverts, dont les talons pour les chaus-
« Distribution de paniers de toutes modes ville de Paris en 1735 » : d'après itno gravure en dos Kslampes de la Bibliolliùquo nationale.
par ma mie Margot aux environs de la
taillc-douco anonyme conservée au département
Carnet de bal du
rc^gne do Louis XVI (Collection Franck).
à la fin du siècle, on recommença à porter les cheveux au naturel.
La coiffure fémininejusqu'au milieu du siècle fat basse; mais, avec le règne de
sures féminines étaienl
fortsélevés.Commecoif
fiires, les hommes portèrent la perruque, petite,
avec les cheveux^ ramassés le plus souvent dans
une petite bourse, liée d'un gros nœud de ruban ;
«' La petite toilette; d'apn^s un dessin de Morcau le Jeune (1741-1814), gravé en taille-douce par P. -A. Martini {Monuments du costume français).
Louis XVI, les cheveux se relèvent, sont redressés fort haut à Taide de coussins et d'épingles et servent de supports à toutes sortes d'objets inattendus.
Pendant tout le siècle, et quelle que fût la forme de la coiffure pour les hommes comme pour les femmes, la tète fut poudrée de blanc; en outre les femmes se mettaient sur le visage du rouge et des mouches. Comme chapeau, les hommes eurent le tricorne qu'ils portaient sous le bras; puis, quelques années avant la Révolution , quelquesuns adoptèrent le chapeau rond de feuire à larges bords. Les femmes n'eurent d'abord que des mantilles ou d'élégants bonnets; puis, quand la mode des vastes coiffures fut tombée, elles portèrent des toques de
Applique (Musée du Garde-Meuble).
velours à panaches de plumes ou des chapeaux à larges bords, ornés de Heurs ou de rubans. La toilette était fort longue; l'usage se répandit parmi les gens du bon ton de faire suivre la toilette intime d'une seconde toilette, à laquelle assistaient les familiers de la maison.
La parure. — Le costume se complétai! avec
Flambeau (Palais de Fontainebleau).
un grand nombre de petits objets ; hommes et femmes se chargeaient volontiers les doigts de bagues; Ton avait toujours sur soi ou entre les mains toutes sortes de boîtes, à mouches, à parfum, pour le fard, pour le tabac, des étuis, des lorgnettes de poche, des flacons de sel ou de senteurs. Ces bibelots étaient d'or, d'argent,
LA VIE PRIVÉE AU XVIll« SIÈCLE
L'ameublement.
Grand fauteuil provenant du boudoir do Maric-Antoinetto (Palais de Fontainebleau
Commode ayant appartenu à Marie-Antoinette ; œuvre de Riesener (Musée du Louvre).
Petit fauteuil provenant du boudoir de Marie-Antoinette (Palais de Fontainebleau).
Secrétaire attribué à Ocbeu (Collection Klotz).
d'écaillcs, d'ébène, enri- Appiique (Musée du Garde- chis de pierrcs précicusGs,
de camées, d'émaux, de portraits ou de scènes peintes en miniature.
Jusqu'à la fin du siècle, il fut d'usage de porter deux montres, Tune en argent, l'autre en or, qui pendaient sur le vêtement. Les femmes tenaient à la main l'éventail ou Tombrelle; le parapluie fut alors inventé. Les hommes remplacèrent l'épée par la canne que les femmes h la fin du règne de Louis XVI avaient également adoptée.
Lustre (Musée de Versailles).
Guéridon (Musée de Versailles).
Les habitations. — 11 faut distinguer au xviu'' siècle deux types d'habitations, au moins à Paris ; les maisons de location à plusieurs étages et les hôtels particuliers. On construisit alors un grand nombre d'habitations dont quelques-unes avaient jusqu'à sept étages. « Dans ces maisons, écrit Mercier, l'opulent habite le rez-de-chaussée, le riche est au-dessus, la pauvreté est au quatrième étage,
iafl.*-c»
Bouilloire avec lampo à alcool ; rcgno de Louis XVI (Collection Chabricrc- Arles).
Boite à thô; rêgno do Louis XVI (Collection Chabrière-Arlùs).
^^^fy-
La table
Table parée: servante; vase à rafraîcliir le vin, etc. : d'après un dessin de J.-B. Oudry ( lOSG-nSo) , grave en taille-douce par J. Ouvrier (Fables de La Fontaine).
La CirisiNimiiM ^Éii^H
Êcuelle à bouillon ; règne do Louis XV (Collection Lulz).
Verseuse; règne de Louis XVI (Collection Chabrièro Arles).
Soupière en argent, œuvre de Germain (1726- 1791), faisant partie de la collection d'Haussonvillo.
Cuisine en 17G0; d'après une gravure on taille-douce do Gravelot {Almanack utile et aijréable de la loterie de T École royale militaire pour l'année 1700).
Coq en faïence do Marseille; pièce do table (Musdo do Cluny).
et rindigent sous les tuiles (lu grenier entr'ouvert. Ces maisons ont en général sur la rue une porte cochère, dont le fonctionnement est confié à un personnage qui apparaît alors dans rhistoire de nos mœurs, le portier. Les habitations privées se caractérisent par la recherche constante d'un plus grand conforlnble;
les pièces sont mieux distribuées ; la circulation est plus Plateau do la soupière exécutée par Germain * (Collection d'Haussonvillo).
aisée ; les
chambres se spécialisent; un appartement comporte désormais salle à manger, salon de compagnie pour recevoir les hôtes, cabinet de travail, chambre à coucher avec alcôve où est souvent disposé le lit. Enfin à partir du milieu du siècle,
LA VIE PRIVÉE AU XVIll'^ SIÈCLE
Les divertissements.
Le bal parô; fin du r^gne do Louis XV ; d'après un dessin do A. do Sainl-Auhin (1736-1807), gravé en laillc-douoe par Duclos (1742-1745).
La chasse sous le règno do Louis XVI; d'après un dessin de Morcau lo .Jeune (1741-1814), gravé en laille-doucc par Le Mire en 1778.
on aménage boudoir, cabinet (le toilette, salle de bains et garde-robes à Tanglaise. Alors aussi sont imaginées les persiennes extérieures, les jalousies mobiles.
Les intérieurs. — L'a-
Album historique. — IV.
Courses sous le règne de Louis XVI; d'après nn dessin de Morcau (1741-1814), gravé en laillo-douce par H. Giittcnberg.
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Table du graud mailrc datée do 1723; rendez-vous do rliasso dans la forèl de Fontainebleau.
ménagement des chambres se modifie; le sol est parqueté et couvert d'un tapis; tanlot les parois de la chambre sont entièrement recouvertes de fines boiseries peintes en blanc et or , tantôt le lambris s'arrête î\
Les divertissements.
Le Jen de l'oie; d'après un tableau point par Chardin (1699-1779) en 1743, gravé en taille-douce par Surugue en 1745.
peu près au tiers de la hauteur et le reste du mur est tendu de damas le plus souvent cramoisi ; au-dessus des portes sont encastrées de petites peintures ; une corniche à gorge très creuse contourne la pièce et relie les murs au plafond de plâtre souvent orné de peintures. Les cheminées deviennent moins vastes et sont surmontées de glaces : la tablette porte d'abord des pièces de faïence, puis des candélabres, une pendule et dos bustes de célébrité en bronze ou en plâtre doré. Le mobilier devient beaucoup plus considérable qu'aux époques précédentes ; le xviu® siècle imagine un grand nombre de sièges do repos, fauteuils, bergères, chaises à bras, chaises longues, sofa, canapé, lits de repos, etc.; les lits, décorés de tentures accrochéosàun ciel, furent le plus souvent disposes en lits de milieu. Parmi les '^'^•,^'^J:^.
Poupée ; règne do Louis XV (Musëe Carnav
La foire Saint- Germain dans la seconde moitié du XVIII* siècle; d'après un dessin de J.-B. OudrjYlBSS- 1755), pour TillustratioD des Fables de La Fontaine, gravé en taille-douce par P. Aveline (1710-1760).
meubles les plus caractéristiques du siècle, il faut citer Tarmoire, la commode et le secrétaire. Sur les meubles on place des groupes en biscuit de Sèvres, en porcelaine de Saxe, des chinoiseries, des cassolettes, etc.; enlin Ton trouve en grand nombre dans les pièces écrans et paravents.
Les fenêtres avec leur réseau de petites vitrer blanches, sont munies de stores intérieurs. L'éclairage aiei). se fait à Taide de bougies de cire disposées dans des flambeaux souvent de bronze, posés sur les meubles, des bras de lumière accrochés aux murs, des lustres de bronze ou do cristal, des lanternes à monture métallique suspendues au plafond.
A la fin du siècle , le pharmacien Quinquet inventa les premières lampes à huile. Le chautfage se faisait au bois, la houille n'étant encore employée que dans quelques indus-
Soldat de plomb
de 1789 (Collection Dablin).
Les divertissements.
Le cabaret de RampoDneau : d'après une gravure en taille-douce anonyme (Bibliothèque nationale: dcparlcment des Kstainpos).
tries, telles que les forges. Les poôles de faïence étaient fort usités.
L'alimentation. — Les usages de la table se perfectionnent : la table est couverte d'une nappe ; chaque convive , même chez les petites gens, a son assiette, sa fourchette, sa cuiller, son verre ou son gobelet. Mais, chez les gens de condition, « chaque convive a son valet, écrit le Russe von Vizine, qui se tient derrière sa chaise... ; vous choisissez de Tœil le plat qui vous plaît et vous dites à votre valet de vous le servir. On ne met pas non plus les vins devant les assiettes des convives ; quand on a soif, on
Le Carnaval des rues de Paris : peinture do gravée en taille-douce par
Jeaural (1699-178«), exposée au Salon de f 757 Le Vasseur (1734-1816).
Calô vers 1760; d'après une gravure à Icau-forle de G. de Saint-Aubin.
envoie son valet en prendre à Toffice. » La vaisselle d'argent est peu à peu remplacée par celle de porcelaine ; on décore les tables de surtouts également en porcelaine ou en fleurs artificielles. L'heure des repas varie suivant les classes de la société ; les ouvriers dînent à 9 heures du matin ; les collèges et les provinces à midi ; on soupe à 11 heures 1/2.
L'alimentation est plus délicate et plus raffinée qu'aux siècles précédents ; aux aliments usités antérieurement, le xviii® siècle ajouta la dinde, les huîtres, la pomme de terre, les oranges, les glaces, le punch. Le café, le thé et le chocolatsont d'un usage
Les routes.
Pont sur le canal do Picardie; règno do Louis XVI. Bac sur lo Rhône entre Valence et Saint-Pcray.
Ces doux gravures sont extraites du Voyage Pittoresque en France.
général ainsi que le café au lait. Suivant Mercier, les trois quarts de la population parisienne se nourrissaient à dîner de la soupe et du bouilli ; le soir, de bœuf à la mode, d'une tourte ou d'un morceau de petit-salé, qu'on remplaçait le dimanche par un gigot ou une éclanche de mouton ; les Parisiens ne mangeaient presque jamais de poisson, rarement de légumes « parce que raccommodage en est toujours cher » ; mais, suivant Young, le repas était toujours accompagné de dessert.
Les divertissements.
— Avec le xviii** siècle apparaissent le jeu d'oie, le loto et la lanterne magique. L'habitude s'établit pour les hommes de toutes conditions d'aller passer quelques momonls au café, et parmi les nombreux cafés de Paris, il y en a désormais d'appropriés à toutes les classes de la société. Les gens du peuple se réunissent toujours au cabaret le dimanche et y dansent de bon cœur. La passion de la danse est d'ailleurs commune à tous les Français; les grands bals mondains ont lieu pendant le carnaval. L'une des nouveautés du siècle, c'est la création de lieux de plaisir permanents, tels que les redoutes, le
Route et coche dans lo second quart du xviii» siùcle; d'après un dessin de J.-B. Oudry (i68G-n5J), grave eu laille-doucc par Gaillard {Fables de La Fontaine).
Le carabas; voilure qui taisait le trajet do Paris à Versaill Iragnient d'une ^Tavuro en taille-douce de Higaud.
WauX'Hall, le Colisée.
Dans ce dernier endroit, on donnait « des symphonies monotones, des danses misérables ou puériles ; des joutes sur une eau sale et bourbeuse ; des feux d'artifice sans variété » (Mercier). Ces établissements, ainsi que les distractions que l'on trouvait en si grand nombre au Palais-Royal, achevèrent la ruine de la foire Saint-Germain et de la foire Saint-Laurent. Enfin, pendant la seconde moitié du siècle se répandit en France, à l'imitation de l'Angleterre, la passion des courses de chevaux.
Les transports. — Les roules, encore médiocres au début du siècle, furent considérablement améliorées dans la seconde moitié du xvni* siècle ; elles étaient formées de chaussées pavées avec bas cotés plantés d'arbres. Les transports devinrent plus faciles; la diligence de Lyon faisait le trajet entre cette ville et Paris en cinq jours en été et six en hiver. Les types de voitures deviennent plus nombreux à la lin du siècle ; on construit des voitures légères, montées sur de hautes roues, imitées des voitures anglaises. L'usage de la chaise à porteurs ne se maintint plus guère que dans les
Les transports
L'entrée dans la chaiso à poricurs; d'après uuc gravure en lailledouci» dOzanne (1728-1811).
Carrosse d'apparat (Musée do Cluuy).
La poste & Vienne :.,d'après une eau-forlo de Brund ; cxlruilo dos « Cris de Vienne » publicW on 1775,
Bureau de poste vers la lin du règne de Louis XV ; d'après une prnvure anonyme conservée au Muséo Garnavalel.
Traîneau (Musée de Clun^;.
Chaise à porteurs, rè-nc do rilCS dc VcrsaiUcS ct (Ic Louis XV (Musée du Votsaillcs). «,,^l^..^^ ^„: 'Ul^^ ^rlILw.
quelques paisibles Villes de pi'ovince. Sur nos rivièi'es, on rencontrait le coche d'eau, bateau lent et incommode.
Chaise à porteurs; règne dc Louis XV (Musée dc Versailles .
Les cérémonies de famille. — La sensibilité du xv!!!** siècle nous a valu quelques renseignements sur les céi'émonies de famille. Mei'cier
La Famille, le deuil et les cérémonies funéraires.